Le loup revient...

Publié le par cynic63

Autant le dire de suite: j'attends toujours avec impatience le dernier Staalesen.
Ici, Gaïa nous propose, en plus de l'ouvrage, un cd comportant des titres de jazz, très anecdotiques, et une interview en français de l'auteur norvégien
Son héros récurrent, Varg Veum, ressemble à un Philip Marlowe qui aurait des tendances Nestor Burma (le vrai, celui des livres, pas de la série télé) .
Aux prises avec des difficultés tant financières que personnelles, Veum est un homme attachant. A cet égard, l'oeuvre de Staalesen nous montre, puisque la série a débuté il y a plus de 30 ans, un personnage qui traverse les étapes de sa vie avec plus ou moins de bonheur. Comme on parle de noir ici, on comprendra que c'est surtout "le moins" qui prévaut.
Doué d'esprit pratique, il ne manque pas non plus de psychologie (il a été un travailleur social qui s'occupait essentiellement de jeunes drogués "dans une vie antérieure").
Bref, un héros de polar comme on peut les aimer, terriblement humain, lucide sur la vie comme sur lui-même.
Dans Fleurs amères, on retrouve Varg Veum tel qu'on le connaît donc mais à un moment de sa vie qui semble constituer un tournant: après une cure de désintoxication, il a délaissé son aquavit pour se consacrer à l'eau minérale. Qu'à cela ne tienne: Veum est toujours aussi tenace, réactif, cynique parfois, plein d'esprit souvent.
La kinésithérapeute qui l'a soigné lui propose un boulot somme toute facile: celui de veiller sur la villa d'un riche couple de connaissances. Cependant, lorsque la jeune femme lui fait visiter les lieux, ils découvrent un cadavre au fond de la piscine de la demeure. Comme tout s'enchaîne souvent de manière apocalyptique pour le héros de Staalesen, la "bienfaitrice" de celui-ci devient introuvable dans la foulée.
Peu d'indices sont donc à la disposition de la police mais il s'avère que Lisbeth, la kiné, et l'homme retrouvé mort se connaissaient.
L'affaire prend alors un tour encore plus opaque: Le mort avait été mêlé à la disparition d'une fillette des années plus tôt; fillette qui n'avait jamais été retrouvée.
Existerait-il un lien entre les deux affaires? Pure coïncidence?
On goûte alors à nouveau à des pages que l'on apprécie chez l'auteur norvégien: celles où l'on suit les spéculations, les supputations de son privé tout comme ces nouvelles pistes qui convergent vers un point que l'on ne soupçonnait guère.
Petit à petit, le roman progresse et les éléments de l'intrigue semblent finir par constituer un  véritable puzzle que le héros doit assembler, parfois au risque de dépasser la ligne blanche que les policiers, qui ne l'apprécient que modérément, semblent mettre un point d'honneur à tracer tout au long de sa route.
Comme rien n'est hasard chez l'écrivain, les personnages ont tous un lien entre eux, certes plus ou moins ténu,  et le fait divers n'est que l'épiphénomène de quelque chose à forte dimension sociale: ici, les problèmes de l'environnement et les luttes des écologistes au début des années 90 (le roman datant exactement de 1991).
 
Si Staalesen peut être considéré, selon moi, comme un écrivain régionaliste, ce n'est, fort heureusement, pas au sens où on l'entend chez nous : pas de relents "terroir d'autrefois qui valait mieux que cette vie moderne" dans ses romans, même si la nostalgie y tient une certaine part. Simplement, Bergen, ville natale de l'écrivain, occupe toujours une place importante.
On retrouve dans Fleurs amères les grandes caractéristiques du "style Staalesen": descriptions minutieuses des paysages, analyse psychologique des personnages en fonction de leurs comportements (le fameux "behaviorisme" des glorieux Chandler et Hammett), non-dits qui minent des couples quand il ne s'agit pas de secrets de famille bien plus terribles, ancrage dans un milieu social déterminé (ici, la bourgeoisie industrielle).

Ce roman est caractéristique de la série des Varg Veum, tant dans sa construction que dans ses thématiques. On pourra, néanmoins, regretter un petit manque d'épaisseur du héros que l'on avait connu, certes, plus fragile mais inspirant plus d'empathie de notre part. De là à dire que l'eau y est pour quelque chose...

Fleurs amères, de Gunnar Staalesen (trad. Alexis Fouillet), Editions Gaïa, 364 pages

Publié dans Noir scandinave

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