Le Staalesen nouveau est arrivé...

Publié le par cynic63

 

Avec une régularité bienvenue- un volume chaque automne- les excellentes éditions Gaïa publient une nouvelle aventure de Varg Veum, le héros récurrent imaginé par Gunnar Staalesen, tout en respectant la chronologie de la série ce qui explique que l'édition originale de Les chiens enterrés ne mordent pas date de 1993.

Et contrairement à certains crus qui apparaissent sur nos comptoirs dès novembre, la cuvée 93 est loin d'avoir un goût de piquette et est appelée à bien vieillir.

 

Varg Veum est sollicité par Mons Vassenden, cinquantenaire ruiné par sa passion pour le jeu, pour l'accompagner à Oslo afin qu'il s'acquitte de ses dettes auprès de Grorud Inkasso, société de crédits louche. Suite à leur rencontre avec Axel Hauger et Svein Grorud, les patrons de la compagnie, les deux hommes s'apprêtent à quitter les lieux lorsque le passé de Veum ressurgit sous les traits de Merete, amante d'une nuit à l'époque de leurs études dans les années soixante. Cette dernière n'a aucun souvenir de Varg mais celui-ci n'étant pas du genre à se tromper entend bien rafraîchir la mémoire de la belle tout comme découvrir ce qui se cache derrière une société dont il est persuadé qu'elle n'est qu'un paravent destiné à dissimuler des activités peu recommandables.
Aidé dans sa tâche par sa mémoire, son flair et surtout par Marit Johansen, la secrétaire intérimaire de Grorud Inkasso, Varg va mettre le doigt dans un engrenage infernal où les cadavres vont sérieusement commencer à s'entasser et les vieilles connaissances se rappeler à son souvenir. Pas toujours à ses bons d'ailleurs.
Le loup étant un animal tenace, il va traquer sans relâche tous les acteurs d'une histoire qui sent bon le scandale politique, le business pourri, l'extrême droite qui tire les ficelles d'un système qui s'effondre lentement mais sûrement.
Sans trop dévoiler les ressorts d'une intrigue qui va de surprises en rebondissements, Varg va mettre la main sur une photographie qui pourrait s'avérer être la clé d'une véritable affaire d'Etat, ce qui va se confirmer tant elle a semé de morts et de violence. Y compris parmi ceux qui y figurent...

 

Une bien belle construction que ces Chiens enterrés ne mordent pas. La mécanique narrative est précise comme une horloge, les actions s'enchaînent avec une logique implacable, chaque épisode apportant un peu plus de force au propos du Norvégien qui a pris un certain risque en faisant se rejoindre la petite et la grande Histoire.

Veum retrouve, à nos yeux, toute la force qu'il avait pu afficher dans les meilleurs épisodes de la série, à commencer par les Anges déchus, toujours notre petit préféré à ce jour.

Force mais aussi humanité, compassion, lucidité, doutes qui en font un héros pas si transparent que certains lecteurs ou critiques le suggèrent. Quand on aura dit qu'il tient une forme physique à toute épreuve (notre bonhomme va quand même courir le marathon d'Oslo, occasion pour Staalesen de nous asséner de bien belles pages) et qu'il s'adonne à nouveau à l'aquavit, avec juste ce qu'il faut de modération,  on ne peut qu'être séduit.

Et toujours ce goût particulier pour les vies brisées, les existences stoppées nettes dans leur élan ou mises en retrait à l'image de Marit qui attend des soirées entières que son amant se manifeste et trouve un moyen de délaisser sa vie de famille pour la rejoindre ou encore d'Aud, ancienne mannequin vedette qui a sombré dans la drogue et l'indifférence générale. On pourrait, d'ailleurs, s'intéresser un jour plus en détails sur la place que les femmes tiennent dans l'oeuvre du Bergenois...

Staalesen, grâce à une enquête qui dépasse de loin le simple fait divers, nous assène, cette fois-ci de manière très explicite, sa vision du naufrage du modèle scandinave. Un naufrage que personne, à commencer par les plus lucides, ne parvient à éviter, trop occupé à régler ses petits ou grands problèmes, ou tout simplement trop faible et inefficace pour s'attaquer de face au renflouage du navire.

L'auteur de Bergen se montre plus qu'à son avantage dans une enquête où, pour une fois, sa ville est absente. Ses descriptions toujours expressives, bien senties, nous montrent une capitale qui ne semble pas avoir les moyens de sa fonction ou encore celle d'une Suède voisine à la fois proche et éloignée.

On soulignera également que si Staalesen verse dans beaucoup de ses thèmes de prédilection, comme ceux cités plus haut ou encore son intérêt pour la langue de son pays, il n'oublie pas l'humour, à forte tendance burlesque comme dans cette scène où Varg, caché sous le lit, "assiste" aux ébats de Merete et de son mari.
Et puis, enfin, un Varg approchant la cinquantaine, apaisé par certains côtés, notamment dans ses relations amoureuses, mais toujours aussi révolté par les injustices, la décadence d'une bourgeoisie égoïste, qui ne s'occupe que de son plaisir (la scène du cabaret est éloquente) ou écrase sans hésiter tous ceux qui pourraient révéler ses secrets les moins avouables. Si les chiens enterrés ne mordent pas, ils sont capables, en douce, de s'entredévorer sans aucun scrupule.

Staalesen a retrouvé la forme, le style, la saine colère qui, à travers une écriture documentée qui prend son temps, tout en ménageant ses effets, ne peut que nous toucher.
A consommer sans aucune modération donc... 

 
Les chiens enterrés ne mordent pas (Begravde hunden bitter ikke, 1993) de Gunnar Staalesen (trad. Alexis Fouillet), Gaïa, 2009, 362 pages

Publié dans Noir scandinave

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Jean-Marc Laherrère 11/10/2009 22:09


Ouille, ça fait quelques volumes que je ne suis plus Staalesen, que j'aime pourtant beaucoup. Et sur ceux que j'ai lu, les anges déchus a aussi ma préférence.


cynic63 12/10/2009 08:19


On ne peut pas tout suivre, y compris quand il s'agit des auteurs qu'on aime. Ceci dit, ce volume est très bon. A l'occasion, jette un oeil dessus


Aurore 11/10/2009 16:09


Voilà un auteur que j'avais repéré en folio policier, je ne le connais pas encore mais là ça ne saurait tarder, je vais tâcher de mettre la main sur le 1er de la série (Le loup dans la bergerie si
je ne me trompe)


cynic63 11/10/2009 17:53


Oui, c'est celui-ci. 9 traduits à ce jour. N'hésite pas à faire un tour sur le site "le vent sombre". Philippe y reprend les 8 premiers dans l'ordre chronologique


Michel 10/10/2009 19:09


Entièrement d'accord, je viens de le terminer, reste à écrire mon commentaire


cynic63 10/10/2009 19:31


Difficile de parler de ce livre sans dévoiler le point important de l'intrigue qui s'inscrit dans l'histoire récente de la Suède...Staalesen enfonce le clou avec ce volume et c'est tant mieux


Le vent sombre 10/10/2009 16:13


Eh bien cela donne envie. Merci ! Vivement dans un an que le volume soit disponible dans ma médiathèque...


cynic63 10/10/2009 19:32


A moins que tu ne te le fasses offrir pour Noël qui arrive dans deux mois...Si tu as une place sur ta liste de cadeaux, n'hésite pas