Haruki Murakami

Publié le par cynic63

Je dois l'avouer: je n'ai pas une connaissance très poussée de la littérature japonaise. Je me suis bien frotté à Mishima mais c'était il y a longtemps.
Du coup, j'ai décidé de m'y remettre mais avec des auteurs vivants.
Haruki Murakami est l'un des écrivains les plus connus au Japon. Je me suis donc attaqué à l'un de ses courts romans pour l'approcher, en quelque sorte.
Le thème en est simple et peu original.
Hajime ("commencement " en japonais), narrateur-personnage du roman, est né juste après la Seconde Guerre Mondiale. Il a une particularité dans la société nipponne de l'époque: Il est fils unique, ce qui constitue pratiquement une tare aux yeux des autres, adultes comme enfants. Cela va pourtant l'amener à établir une relation privilégiée avec Shimamoto-San, fille de son âge qui partage avec lui ce statut peu envié. Les deux enfants vont trouver dans l'autre une sorte de miroir, un négatif de sexe opposé. Ils traverseront ainsi leur scolarité primaire, liés de plus en plus l'un à l'autre. Séparés dès le Collège, il s'éloigneront et suivront des chemins différents. Comme tous les enfants qui se perdent de vue très jeunes.
A partir de ce moment, on suit Hajime dans sa construction d'adulte: du lycée à la vie professionnelle en passant par ses années d'universités. A ce stade, Murakami compose donc un roman d'apprentissage, dont l'intérêt n'est pas négligeable pour un lecteur occidental. On découvre une société en pleine mutation et un jeune homme japonais banal aux prises avec cette dernière.
Loin d'être exempt de tous défauts, son comportement avec certaines de ses petites amies étant loin de le grandir, Hajime n'a rien d'un "héros". Pourtant, on peut être touché par cette fragilité, cette inconsistance dont il fait souvent preuve.
A l'aube de la quarantaine, Hajime, malgré quelques compromissions, finit par avoir ce que, communément, on considère comme une clé dans l'existence: tout pour être heureux.
Il est marié à une femme qui l'aime, a des enfants, de l'argent, un travail qui lui plaît.
Cet équilibre tranquille va être ébranlé par un passé qui resurgit fortuitement: Shimamoto-San réapparaît dans sa vie. Dès lors, tout est remis en question, fragilisé, secoué. Les deux enfants qui s'étaient quittés retrouvent deux adultes matures. D'ambiguïtés en non-dits, ils se revoient à intervalles plus ou moins réguliers.
Murakami écrit alors, à coup sûr, les plus belles pages de ce roman. On perçoit les questionnements, les incertitudes du narrateur quant à la décision qu'il doit prendre. Incertitudes renforcées par les mystères entourant Shimamoto-San qui ne dit rien d'elle, ni de son passé, ni des raisons qui la poussent à s'absenter pendant des mois.
Hajime va-t-il prendre le risque de tout abandonner pour elle? De relier ce passé et ce présent?
La force de Murakami, ici, réside en ce qu'il a réussi à écrire autour d'un sujet apparemment éculé- l'amour idéal et éternel- sans tomber dans le pire piège qui lui était tendu: le roman à l'eau de rose pour adultes attardés. C'est un vrai roman sur le choix. Celui qui nous fait grandir tout en nous mettant en péril. Le seul choix possible.

Au sud de la frontière, à l'ouest du soleil d'Haruki Murakami (trad. Corinne Atlan), 10/18, 223 pages

Publié dans littérature japonaise

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Marie 25/03/2009 12:47

Je ne connais pratiquement pas (pas du tout en fait) la littérature japonaise. Ce bouquin semble intéressant en tout cas. Merci pour la découverte!

cynic63 25/03/2009 16:29


Je n'ai lu, pour l'instant, que celui-ci. Sur des tas de blogs, tu peux trouver des commentaires sur beaucoup de ses romans. Tu trouveras certainement ton bonheur avec Murakami


Marie 15/02/2009 19:58

Oui, au moins, il y en a pour tous les goûts...
Pour ma part, j'ai beaucoup aimé "Les amants du Spoutnik" et "La course au mouton sauvage".

Marie 14/02/2009 23:48

J'aime beaucoup les romans de H. Murakami, celui-là m'avait marquée en particulier.
(Par contre, j'ai commencé deux fois "La fin des temps" sans pouvoir le finir... et je me suis lassée de "Chroniques de l'oiseau à ressort").

cynic63 15/02/2009 10:00


Certaines m'ont recommandé "la fin des temps". C'est une écriture assez spéciale, il est vrai, et il semble que la "production" de Murakami soit assez inégale. En ce qui concerne "au sud", je
trouve que ça coule de source au niveau de l'écriture. Mais j'essaierai certainement autre chose de lui...


A_girl_from_earth 08/02/2009 23:25

En fan invétérée de Haruki Murakami, je ne peux que te recommander chaudement La fin des temps!

cynic63 09/02/2009 08:25


Merci pour le conseil. Je n'oublierai pas de regarder à l'occasion


Marianna 15/12/2008 09:26

Comme quoi rien n'est jamais acquis, rien n'est jamais définitif...