Lundi 28 décembre 2009 1 28 /12 /Déc /2009 18:35
Je déménage.
Non pas que la plateforme ne me convienne pas mais je me lance sur wordpress.
A partir du premier janvier, il faudra se rendre ici:
Noirsdesseins.wordpress(link)
Pensez à mettre vos liens à jour.
Les premiers papiers en ligne sur la nouvelle version du blog seront:
Gianni Pirozzi le quartier de la fabrique
Serge Quadruppani Colchiques dans les près
 
Et également un avis sur le Tout le monde descend!, recueil de nouvelles de la Noiraude et la Fureur du Noir
Par cynic63
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Mercredi 23 décembre 2009 3 23 /12 /Déc /2009 12:44
Bon, ben, ça y est.
C'est le retour des faux sentiments, des promesses jamais tenues, du massacre des oies et autres réjouissances...
Le bal des faux-culs est ouvert.
Ceci dit, même si on est des vieux athées indécrottables, on ne profite pas moins de cette période pour festoyer un peu avec ceux qu'on néglige parfois trop le reste de l'année.
Allez, je vais faire ma béat avec les lecteurs du blog et je vous souhaite un joyeux ce-que-vous-voulez.
Je me speede car j'ai des papiers à écrire, des conneries à régler et d'autres annonces à faire.
Mais la semaine prochaine....pere_noel.jpg 
Par cynic63 - Publié dans : coups de coeur/coups de gueule
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Mercredi 16 décembre 2009 3 16 /12 /Déc /2009 18:02
Megan Abbott n'est pas une nouvelle venue mais Absente est son premier roman traduit en français et, donc, publié chez nous.
thesongisyou.jpgA l'image du Dahlia noir d'Ellroy, la native de Detroit s'est inspirée d'un fait divers touchant au Hollywood de l'époque des studios. Mais, nous arrêterons là la comparaison.
Gil Hopkins, le personnage principal, est un être ambitieux, volage et arriviste. Il est désormais un attaché de presse important et surtout très en vue. Quelques années lui ont suffi pour approcher le nirvana hollywoodien et il ne compte pas s'en tenir là.
Le passé le rattrape cependant en la personne d'Iolene qui demande à le voir à son bureau. Cette dernière, starlette de couleur, a côtoyé Gil à une époque pas si lointaine. Surtout, deux ans auparavant, en 1949, alors que celui-ci n'était encore qu'un reporter à Cinestar et qu'il arpentait les rues et les bars de la capitale du rêve, traquant faveurs et potins relatifs aux stars, ils s'étaient retrouvés à l'occasion d'une petite sortie nocturne, façon délire éthylique et autres substances moins recommandables.
Or, cette sortie fut la dernière de Jean Spangler, autre starlette amie d'Iolene, qui s'était volatilisée corps et biens et qui, à ce jour, n'a toujours pas refait surface. Seul son sac à main contenant un message énigmatique (voir photo) avait été retrouvé à l'époque.
Gil, individu malin et prêt à taire les ragots pouvant mettre à mal les grandes vedettes, avait caché une grande partie de la vérité aux flics quant au déroulement de l'ultime soirée de Jean. A commencer par le fait que cette dernière avait certainement suivi deux stars aux déviances sexuelles avérées.  
Bien entendu, Hop n'a pas oublié. Il peut même très bien se remémorer de nombreux détails, même s'il ne sait pas ce qui est arrivé à la disparue.
Seulement, il se demande bien ce que cette Iolene attend de lui et, surtout, pourquoi elle réapparaît et lui rappelle cette sombre histoire deux ans après. 
Il va alors, d'abord par curiosité, puis par un sens des valeurs dont il s'estimait dépourvu, s'évertuait à retisser les liens, à remonter aux sources ou à en découvrir d'autres...


Le lecteur, au gré des investigations de ce héros particulier, est plongé dans un monde d'illusions, où derrière les paillettes se dissimulent l'hypocrisie, la drogue, la violence et la perversion. Tout ceci n'est guère nouveau, certes, mais on peut dire qu'Abbott insiste, sans pour autant forcer son écriture, sur la duplicité de l'usine à rêve. Une usine broyant ou utilisant ceux qui voudraient bien en profiter en occupant une place, même petite, sur la chaîne. Quitte à se mettre en danger. Surtout quand on croise des stars tordues, mais aussi des membres de la pègre attirés par l'odeur de l'argent facile...
jean_spangler_purse-copie-3.jpgPlus encore que la résolution de ce que tous s'entendent à qualifier de "crime", le héros va s'atteler, tel un privé de la plus pure tradition "hard-boiled", à une tâche bien plus ardue: se connaître, faire craquer le vernis, aller au fond de lui même et tomber le masque. Du personnage cynique, méprisant, dépourvu de sentiments "gratuits", à commencer lorsque l'on en sait plus sur sa relation avec Midge, son ex-femme, Hopkins veut faire quelqu'un de bien. Tout simplement.
Nous n'irons pas jusqu'à parler de rédemption, tant le terme est connoté religieusement. Une quête, éventuellement, un rachat certainement.
Peut-être même que ce roman est un "roman de désapprentissage" tant Hopkins désapprend ici. Lui qui était passé maître dans l'art de la manipulation, de l'illusion, du mensonge, va rechercher la vérité jusqu'à l'obsession. Pour comprendre, pour savoir, pour toucher à l'essentiel. Sur Jean comme sur lui.

Tout chez Megan Abbott va tendre vers cela. Le style comme la construction du roman vont s'évertuer à traduire les sensations du personnage, à en révéler les impressions. La véritable "tempête sous un crâne" à laquelle il est soumis amène une confusion croissante. Entre le vrai et le faux. Entre la réalité et le rêve. Toujours sur le fil, souvent tout en retenue. Jusqu'à l'incroyable révélation finale.

Un roman exigeant, parfois ardue tant les monologues intérieurs occupent une place prépondérante, mais un roman qui mérite qu'on s'y arrête.
Et qui attend la suite pour confirmation d'un talent potentiel indéniable.

Absente (the song is you, 2007) de Megan Abbott (trad. Benjamin Legrand), Sonatine édition (2009), 272 pages

ps: sur le cas Jean Spangler, wikipédia propose un article (en anglais) relativement complet
 
Par cynic63 - Publié dans : Noir étasunien
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Lundi 14 décembre 2009 1 14 /12 /Déc /2009 12:16
Le vieux beau transalpin s'est fait agresser par un déséquilibré...
La presse de son pays, en grande majorité à sa botte, n'arrêterait pas de dénoncer ce terrible attentat, symbolisant une atteinte à la démocratie...
Etonnant que les dérapages verbaux du bonhomme, nombreux et vulgaires, n'aient pas suscité autant d'émotion de la part des mêmes médias.
Désolé mais je ne vais pas pleurer sur cet avatar de fascisme mou.
De là à  dire que c'est bien fait pour sa gueule...ben, j'ose.
italy-s-pm-berlusconi-attacked-in-downtown-milan 292 
Par cynic63 - Publié dans : coups de coeur/coups de gueule
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Jeudi 10 décembre 2009 4 10 /12 /Déc /2009 18:00
Deuxième volume de la trilogie consacrée à Frank Elder, De cendre et d'os emmène l'ex-inspecteur désormais retiré en ermite en Cornouailles à Londres.

ashandboneLe roman s'ouvre sur une opération de grande envergure: les policiers de la capitale s'apprêtent à intervenir afin d'arrêter James Grant, un voyou de haut vol qu'ils n'ont jamais réussi à coincer. C'est la mobilisation générale, les grands moyens sont déployés, tout a été pensé, mesuré, évalué. Las, l'intervention tourne au massacre: un jeune inspecteur meurt et Maddy Birch, une ancienne collègue proche d'Elder, est à deux doigts de subir le même sort. Seule la promptitude de Mallory, le commissaire principal qui abat Grant au bon moment, la sauve.
Dans le même temps, Elder quitte provisoirement sa retraite et prend le chemin de Nottingham. Joanne, son ex-femme, a fait appel à lui car elle est inquiète: Katherine, leur fille de 17 ans, rentre régulièrement à l'aube, quand elle ne découche pas, s'est acoquinée avec des individus oisifs et peu recommandables et exclut de plus en plus sa mère de son existence. Accablé par le poids de ce qu'a subi Katherine et dont il endosse la responsabilité, Elder ne peut que tout faire pour sa fille.
Maddy, elle aussi, a du mal depuis l'opération qui aurait pu être sa dernière: elle commence à se demander si elle n'est pas suivie, si quelqu'un ne chercherait pas à lui nuire. Cédant tantôt à l'angoisse ou, a contrario, estimant que c'est le choc qui la rend paranoïaque, elle trouve un réconfort solide auprès de Vanessa, une collègue insouciante et enjouée, à qui elle se confie un peu.
Las, Maddy est retrouvée un jour sauvagement assassinée au pied d'un talus surplombant une voie ferrée depuis longtemps inutilisée.
Entendant la nouvelle, Elder fait appel à Framlingham: il veut prêter main forte à la police car, entre Maddy et lui, la relation était plus que bonne même si elle n'a jamais basculé dans l'intime.
D'abord réticente et peu emballée par la présence de cet ex-policier qui reprend temporairement du service, Karen Shields, la jeune divisionnaire de la Criminelle d'origine jamaïquaine, accepte finalement Elder. Un flic expérimenté, même en retraite, peut toujours apporter quelque chose dans une histoire où les pistes paraissent, a priori, bien peu nombreuses...

A l'image de ce début qui prend son temps pour établir la trame de l'histoire, De cendre et d'os est caractéristique des constructions narratives qu'imagine Harvey habituellement.
Les personnages sont présentés posément, sans heurts, sans esbroufe langagière mais avec patience et minutie.
Le lecteur, familier ou non de l'écrivain britannique, sait qu'il s'engage dans un roman où les histoires (et pas l'histoire) se croisent, se retrouvent, se séparent ou simplement suivent leur chemin propre. Et, en effet, si la résolution du meurtre de Maddy Birch constitue l'épine dorsale du livre, il est difficile d'en qualifier l'intrigue de "principale" tant d'autres ramifications font sens ici. A commencer par les épisodes projetant au premier plan Katherine, ses dérives et ses difficultés à renouer des relations avec un père qui l'aime infiniment. Mal, certes, mais infiniment quand même.
Ce talent d'architecte, de constructeur de récit qu'Harvey possède sans conteste se vérifie d'autant plus que l'on ne se perd jamais dans ce qui ne pourrait devenir, sous la plume d'un médiocre faiseur, qu'un enchevêtrement inextricable. Il faut plus que du simple travail ou de l'habileté pour faire tenir debout ce grand ensemble de circonstances, d'intrigues secondaires, criminelles ou plus personnelles, à l'image des affres affectifs des uns et des autres.

Non content de nous servir des histoires qui tiennent vraiment la route, Harvey nous présente de vrais personnages: des flics pourris, à Londres comme à Nottingham, aux petites gens simplement prises dans le marasme du quotidien morose d'une Angleterre bien terne sous sa plume, en passant par les femmes fragiles ou plus "décidées à ne pas s'en laisser compter", telle Maddy qui cumule les "tares" aux yeux de ses collègues de l'autre sexe -  femme, noire, indépendante et commissaire -, c'est toute une galerie de figures, positives ou négatives, qui prennent vie ici.
Des incarnations d'autant plus crédibles que l'auteur les laisse s'exprimer dans les dialogues, bien sûr, mais aussi en traduisant leurs pensées à l'aide de leurs propres mots. A cet égard, on n'a relevé aucune faute: le flic vulgaire et raciste utilise un langage "adaptée", la femme frustrée par un confort bourgeois qui l'étouffe également. Ou encore la femme flic obsédée par la quarantaine, traquant les moindres signes de vieillissement, y compris sur son visage, regarde le monde à travers le prisme de cette idée fixe.

De cendre et d'os est aussi une occasion, pas un prétexte,  pour Harvey de sonder un peu la société de son pays et de poser, toujours avec retenue, un oeil lucide, vif voire tranchant sur elle. Un pays qui, cependant, vit, bouge à l'image de ces quartiers populaires de Londres où tout, à commencer par les odeurs de cuisine, rappelle que l'Angleterre de l'affreuse Agatha Christie n'existe plus, si tant est qu'elle ait un jour existé.
Certains jugeront que John Harvey est bien sage dans son écriture, à l'image d'un Elder qui peine à prendre les choses à bras le corps, entre autres dans ses relations avec les femmes de sa vie ou du moment. On objectera que c'est ainsi qu'il sait nous toucher et que, même si on place un David Peace parmi nos préférés de par sa fulgurance, sa crudité, sa scansion des phrases-chocs, on garde une place de choix pour un auteur, classique jusque dans les accélérations du récit qui annoncent la fin du roman, mais terriblement concis, touchant et décidément très humain. Tellement humain qu'on lui pardonne certaines redondances de ce roman.

De cendre et d'os (Ash and Bone, 2005) de John Harvey (trad. Jean-Paul Gratias), Rivages/Noir (2009), 460 pages 
Par cynic63 - Publié dans : Noir britannique
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Lundi 7 décembre 2009 1 07 /12 /Déc /2009 17:59
Soirée de légende hier soir à La Coopérative de Mai de Clermont-Ferrand.

En effet, les légendaires  Sonics étaient là pour une de leurs trois dates françaises...
Un événement pour tous les fans de garage, dont certains étaient venus de loin, qui se pinçaient encore à l'entrée en scène du quintet de Tacoma, Etat de Washington.
Pour tout dire, même dans nos délires les plus fous, on ne pensait pas avoir l'occasion de les écouter "live" et les voir "en chair et en os".
Mais qui sont donc les Sonics?
Tout simplement, la quintessence du garage sound des sixties, pas encore teinté de psychédélisme, les maîtres du chant à la limite, des amplis poussés à fond à une époque où les murs de marshall version heavy n'étaient même pas à l'état de gestation.
Inspirateurs des Stooges, repris par les Cramps, les Fuzztones ou encore les Lyres et, en réalité, par tous les rockeurs du monde qui s'essaient au garage, les Sonics correspondent  à ce qu'on appelle un groupe culte.
Culte par le nombre de standards composés par le combo. "Strychnine", "Boss hoss", "The witch", "Psycho" font partie des best of du genre et on n'en compte plus le nombre de versions.
Culte également par la brièveté de la carrière: à peine 5 ans d'existence, deux albums (dont un est des plus bricolés), la contribution des Sonics à l'histoire du rock fut à l'image de leur musique: une fulgurance.

On les attendait donc à la fois de pied ferme mais aussi avec les yeux du fan qui reçoit son cadeau de Noël trois semaines avant.
Evidemment, 40 ans après, il ne fallait pas s'attendre à une prestation pleine de furie et de saine violence.
Bien sûr, la voix de Gerry Roslie accuse les ans et ne peut plus monter dans les aigus comme elle le faisait en 1965.
Il coulait de source que les doigts de Larry Parypa auraient du mal à s'accrocher sur les chorus incisifs qui étaient une des marques de fabrique du groupe.
On va donc tout de suite régler son compte à la catégorie des déceptions:
Oui, il y a eu des "pains", des notes "plantées", des passages où on sentait que la soixantaine passée était bien là.
Certes, il y a eu des baisses de régime.

Ceci dit, si on émet de nombreuses réserves du point de vue de la qualité technique, au sens musical du terme, sur la prestation de ce dimanche, on réalise - avec le recul lié à la nuit - qu'on a quand même assisté à une sacrée revue de rock and roll, où l'énergie déployée par la section rythmique ( un membre des autres légendaires Wailers à la batterie) a réussi en partie à palier aux approximations déjà relevées.
Une section rythmique dont la qualité de jeu mais aussi de voix du bassiste a été très convaincante dans l'ensemble. Et puis, parmi les trois membres originels restant, on saura gré à Rob Lind de nous avoir gratifié d'envolées de sax' dignes des premières heures. Il nous a bien montré qu'il avait encore du souffle dans tous les sens du terme.
En outre, que dire de notre satisfaction d'avoir enfin vu, alors que le groupe ne s'est reformé qu'il y a deux ans, ceux qui nous ont décomplexés dans les heures lointaines de notre adolescence et convaincus que l'énergie était essentielle au rock and roll et passait bien avant la dextérité technique?
Enfin, n'oublions pas que les Sonics, contrairement à d'autres grands anciens qui tournent encore, n'ont jamais construit une véritable carrière, tant ensemble que séparément, et qu'ils ont disparu du paysage musical majeur pendant pratiquement 40 ans.
Finalement, en y réfléchissant un peu plus, ils sont bien le chaînon manquant entre le Little Richard des 50's et le punk débridé des 70's.
" Three chords, two tracks and one hell of a band". Que dire de plus?
Si: Regardez les quelques rares vidéos du groupe sur le net
Par cynic63 - Publié dans : rock and roll - Communauté : Le Monde du Rock
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Samedi 5 décembre 2009 6 05 /12 /Déc /2009 09:47
Vous l'avez certainement remarqué: Ken Bruen fait partie de mes favoris. J'aime sa verve, sa fureur, sa plume acide, ses références au rock and roll...
Bref, je le place au sommet de mon Panthéon personnel, avec quelques autres évidemment...
Un sommet dont il ne descendra pas après la lecture de ce Dramaturge, quatrième volet des mésaventures de son privé atypique Jack Taylor.

Multidéfoncé dans les épisodes précédents ( Les non-dupes Eire), Jack s'est acheté une conduite: sobriété, lucidité et abstinence de drogue ou alcool. Il conserve une addiction aux cigarettes mais, même à ce niveau, il a diminué très fortement sa consommation.
Toujours locataire d'une chambre à l'hôtel Bailey, établissement vieillot mais dont la propriétaire, une charmante veille dame, se montre plus qu'adorable avec lui, Jack s'habitue à sa nouvelle vie. Toujours très lié à Cathy et Jack, ses seuls proches finalement, il lui arrive même de jouer les baby-sitters avec Serena May, leur fille trisomique de trois ans.
Un jour, Cathy lui demande un service: se rendre à Mountjoy, la prison de Dublin, afin de recontrer Stewart, l'ancien dealer de Jack, qui est tombé pour ses activités illégales.
D'abord réticent, Jack finit par accepter. Stewart veut faire appel à lui car sa soeur est morte. Un accident pour la police; un meurtre selon lui. La jeune fille a été retrouvée en bas d'un escalier, un livre de Synge, un auteur irlandais du XXème siècle, à ses côtés. Et c'est ce dernier détail qui pousse le dealer à penser que cette mort n'est pas accidentelle car elle détestait le dramaturge en question.
Pas vraiment convaincu par ce qu'il considère comme une fausse piste, Jack accepte cependant de mener quelques investigations. D'autant que Stewart paye bien. Il n'a donc rien à perdre, à part du temps dont il dispose, de toutes façons, à foison.
Parallèlement,  Taylor est rattrapé par son passé en la personne d'Ann Henderson, une des rares femmes qui a réellement compté pour lui. Mariée désormais à un flic violent, Ann semble malheureuse et alors qu'elle s'apprête à se confier plus ouvertement à Jack, son charmant mari fait comprendre avec délicatesse à ce dernier que tout ça ne le regarde pas. Notre privé de Galway en est quitte pour quelques jours d'hôpital et un genou démoli.
Remis de ses blessures, Jack regagne son "foyer" et entend une nouvelle surprenante, coincée entre les commentaires sur la récente guerre en Irak et les vicissitudes des compétitions de football:
"Une étudiante a fait une chute dans les escaliers et est décédée sur le coup" .
La brève résonne dans le cerveau désormais clair de Taylor qui fait alors appel à une vieille connaissance de la police afin qu'elle se renseigne et confirme ses doutes: N'aurait-on pas découvert un livre de Synge près du cadavre de l'infortunée jeune fille?

Ken Bruen, à travers une enquête dont l'argument l'inscrit dans la catégorie des "meurtres rituels", nous livre ici un excellent volume de la série "Jack Taylor".

Si on retrouve, au risque de se répéter, les principales caractéristiques de son écriture comme les références littéraires quasi permanentes, par exemple, on ne peut taxer l'Irlandais de faire du surplace ici.
En effet, les divers renvois à la littérature, à la musique (Bruen a souvent très bon goût d'ailleurs) ou même à l'actualité du monde ne servent pas de prétextes à un étalage de connaissances gratuites. L'ensemble s'inscrit bien dans l'intrigue et se montre à son service. Les évocations de la seconde guerre du Golfe ou du référendum sur le traité de Nice sont l'occasion pour Bruen, en outre, d'exercer sa causticité à l'endroit d'un monde moderne dont il met en exergue les tares et autres dérives.
Encore une fois, rien ne nous paraît gratuit dans ce roman. Les péripéties secondaires prennent tout leur sens tant elles permettent à l'auteur, ainsi qu' à son narrateur, d'appuyer là où cela fait mal comme lorsqu'il évoque la justice expéditive exercée par un groupe de miliciens entendant s'inscrire dans la grande tradition de révolte de leur pays.

De plus, on découvre avec  le Dramaturge un Jack Taylor que l'on savait capable de compassion, d'empathie mais qui n'y arrivait pas vraiment. S'il se montre toujours acerbe, tranchant ou même parfois intransigeant, il développe, ici, une très nette tendance à la magnanimité, y compris vis-à-vis de personnes qu'il déteste depuis longtemps, à commencer par sa mère par exemple.
Bruen accorde dans ce roman une très large part au passé. A celui de Jack qui se manifeste sous la forme de personnages croisés dans les précédents épisodes (sans que cela ne désoriente, à mon avis, le lecteur néophyte), comme Ann ou encore le père Malachy, véritable image du rigorisme catholique d'une Irlande qui a quand même, ne l'oublions jamais, enfermé des jeunes filles "dépravées" dans les couvents des Magdalenes...

Mais, et c'est essentiellement cet aspect qui nous a séduit, Bruen laisse vivre son "héros". Il le maltraite, certes, mais il lui donne sa chance. Comme le dit un personnage, "On est tous les deux diminués, mais on continue...on continue et on avance." Même si les vieux démons ne sont jamais loin, ne disparaissant jamais tout à fait, même s'ils surgissent au moment et dans des lieux où on ne les attend pas ou plus, Taylor continue, essaie, empoigne la vie non plus avec la folie destructrice qu'on lui connaissait mais avec la ferme volonté d'en faire quelque chose de bien. 

Cependant, et malheureusement, alors que l'on a senti pratiquement à chaque page que l'on tendait vers le Mieux, c'est bien la première fois que Bruen a réussi à me déprimer, lui qui déclenchait chez moi une sorte de saine euphorie malgré le Noir total de ses écrits. Un paradoxe supplémentaire. Pas le moindre.
J'ai refermé ce Dramaturge avec la ferme intention de vérifier au plus vite si Taylor y arrivera enfin, malgré une chute des plus vertigineuses en guise de dénouement.
Mais ça, "Sin scéal eile" (C'est une autre histoire)...

Le Dramaturge (The dramatist, 2004) de Ken Bruen (trad. Pierre Bondil), Folio policier (2009), 278 pages.

 
Par cynic63 - Publié dans : Noir irlandais
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Jeudi 3 décembre 2009 4 03 /12 /Déc /2009 00:00
Cela fait un an pile aujourd'hui que j'ai lancé ce blog.
Merci à tous ceux qui m'ont rendu visite, qu'ils aient laissé des commentaires ou non.
En tous cas, un des buts a été atteint puisqu'il s'agissait de découvrir des auteurs, d'échanger des avis parfois contradictoires, de faire connaître (éventuellement)  mes goûts en matière de noir, mais aussi de musique (euh...de rock and roll) ou de films.
Au fur et à mesure, je me suis aperçu que des convergences de vue se faisaient très souvent jour sur de bien nombreux autres sujets que les principaux qu'on évoque ici...Tant mieux!!!
Des rencontres, virtuelles certes (mais qui ne le resteront certainement pas si les occasions se présentent), plus qu'enrichissantes ont eu lieu.
Comme je raisonne en termes d'années (ceux qui me connaissent savent pourquoi même si c'est plutôt septembre-juin d'habitude), la machine est donc relancée jusqu'au 3 décembre 2010. 
Et plus si affinités....

Première nouveauté:
le blog est visible sur facebook qui n'est, selon moi, qu'un outil et que je prends comme tel.
En attendant la composition d'une vraie page d'accueil, je vous joins cela:
 
Par cynic63
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Mercredi 2 décembre 2009 3 02 /12 /Déc /2009 16:59
Je suis assez mordu, question radio, de France Inter.
Lundi matin, je l'écoutais donc lorsque j'ai appris une nouvelle qui m'a fait littéralement bondir ou régurgiter mon premier café du jour. Je ne sais plus...
Aux Etats-Unis, ce grand pays de libertés qu'on admire (enfin moi, du moins) essentiellement pour avoir nu naître le roman noir et le rock and roll, on a toujours une solution à tout. C'est bien connu: le "Yes we can" d'Obama n'est nouveau que pour nous.
En plus, la chroniqueuse, dont j'ai oublié le nom, parlait d'un Etat que je connais, à savoir l'Ohio.
J'écoute donc plus attentivement, histoire de bien comprendre à quel problème l'administration de cet Etat du Nord du pays est confrontée...

Romell Broom, condamné à mort, n'a pu être exécuté le 15 septembre pour des raisons qui tiennent à la fois du médical, du juridique et de la technique.
En effet, alors que le supplicié était allongé sur la "table d'opération", il avait été impossible de trouver la moindre veine supportant  la pose des cathéters nécessaires à l'injection des différentes doses (3 au total) composant la procédure d'exécution. Après deux heures (...) d'efforts, de labeur, d'acharnement zélé, il a fallu se rendre à l'évidence: la main de la loi ne pouvait s'abattre sur Broom.
A ce stade d'abjection, cela suffirait mais non...
Les autorités ont décidé de "simplifier" le protocole. Histoire que l'intéressé et ses futurs compagnons d'infortune puissent subir la juste peine prévue par la loi...
On pourrait passer à une seule dose (la mortelle, évidemment) et injecter directement celle-ci en intra-musculaire.

Par delà le caractère ignoble, vulgaire de l'épisode Broom, on voit poindre toute l'horreur des tenants et des partisans de la peine capitale.
Victor Hugo disait il y a plus de 170 ans: "Le meurtre social se cache par honte".
Désormais, on n'en est plus là...

Je vous renvoie à ceci: link 
Par cynic63 - Publié dans : coups de coeur/coups de gueule
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Mardi 1 décembre 2009 2 01 /12 /Déc /2009 18:40
Je crois l'avoir déjà dit ici et je vais donc me répéter: j'aime les nouvelles.
C'est un genre qui ne pardonne pas la digression, qui exige la concision et le mot juste. Etre un bon nouvelliste est loin d'être donné à tous les écrivains et certains s'y cassent un peu les dents. Voire beaucoup.
Autre qualité de la nouvelle: elle permet une première approche d'un auteur, une prise de contact.
Ce qui a été le cas pour moi en ce qui concerne Emmanuelle Urien et son Court, noir, sans sucre

Un beau petit recueil composé de 13 nouvelles, de longueurs variables, écrites dans une langue tour à tour imagée, oralisée, sans effets superflus mais toujours talentueuse.
Treize nouvelles dont les thèmes sont divers mais qui ont en commun de parler de solitude, de deuil ou de désespoir. Le tout à travers des histoires singulières, des tranches de vie de personnages qui se trouvent à un tournant de leur existence quand ils n'en effectuent pas le bilan.

Sans trop en dire, ce qui serait très dommage, on peut toujours risquer une typologie des textes de ce Court, noir, sans sucre
Emmanuelle Urien aborde avec délicatesse, prudence, pudeur mais aussi réalisme la solitude de la femme.
De la femme violentée qui rêve d'un ailleurs avec un autre à la femme délaissée par son mari et qui sombre dans la folie, l'auteur (désolé, je ne feminise plus ce terme!!!)  nous donne à voir des figures en proie à la solitude car, et c'est bien là que ces personnages se retrouvent, toutes partagent le fait de se retrouver isolée. D'une manière ou d'une autre.
Solitude aussi que celle de cette SDF que personne ne remarque ou de cette mère et de son fils handicapé par une maladie neurologique incurable.
Mais, l'isolement affectif ou social ne se conjugue pas qu'au féminin et Emmanuelle Urien ne l'oublie pas ici quand elle évoque, par exemple, l'existence de l'immigré qui pourtant de par son métier est au contact du monde. Dans son métier seulement, comme nous le dévoile la chute de son texte...

La mort, son approche, le deuil impossible sont des thèmes que l'écrivain aborde également avec une grâce infinie, racontant ou décrivant dans une prose d'où le pathos est exclu, les trajectoires d'êtres humains brisés et qui ne trouvent plus la force de continuer, de poursuivre le chemin tant la perte des leurs a retiré à l'existence son goût, son sel et son piquant. Ce sont d'ailleurs bien souvent les plus courts des textes de ce recueil.

Et puis, l'auteur se révèle être une véritable nouvelliste dans l'art et la manière d'amener ses chutes qui nous surprennent, nous mettent mal à l'aise, nous secouent ou encore nous amusent. De ce point de vue, et ce seront les deux seuls textes que je citerai ici à titre d'exemples, Assistance technique et tristesse limitée qui, quoique très différents de par leur thématique ou leur ton, représentent des modèles de "récit à chute"...Je n'en dirai pas plus...

Emmanuelle Urien nous conte, toujours avec pertinence, les  fractures de la vie, les lambeaux à jamais déchirés de celle-ci. Le tout sans jamais essayer de nous faire pleurer (c'est même souvent le contraire) mais en provoquant chez son lecteur une saine empathie pour ses personnages, même si parfois on sent poindre une forme d'ironie.
Une écriture, comme des thèmes, se situant sur le fil mais qui parvient à rester en équilibre grâce à un talent indéniable.

Court, noir, sans sucre de Emmanuelle Urien, L'être minuscule (2005), 118 pages 
Par cynic63 - Publié dans : Portes du Noir
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