Emmanuelle, en bref...

Publié le par cynic63

Je crois l'avoir déjà dit ici et je vais donc me répéter: j'aime les nouvelles.
C'est un genre qui ne pardonne pas la digression, qui exige la concision et le mot juste. Etre un bon nouvelliste est loin d'être donné à tous les écrivains et certains s'y cassent un peu les dents. Voire beaucoup.
Autre qualité de la nouvelle: elle permet une première approche d'un auteur, une prise de contact.
Ce qui a été le cas pour moi en ce qui concerne Emmanuelle Urien et son Court, noir, sans sucre

Un beau petit recueil composé de 13 nouvelles, de longueurs variables, écrites dans une langue tour à tour imagée, oralisée, sans effets superflus mais toujours talentueuse.
Treize nouvelles dont les thèmes sont divers mais qui ont en commun de parler de solitude, de deuil ou de désespoir. Le tout à travers des histoires singulières, des tranches de vie de personnages qui se trouvent à un tournant de leur existence quand ils n'en effectuent pas le bilan.

Sans trop en dire, ce qui serait très dommage, on peut toujours risquer une typologie des textes de ce Court, noir, sans sucre
Emmanuelle Urien aborde avec délicatesse, prudence, pudeur mais aussi réalisme la solitude de la femme.
De la femme violentée qui rêve d'un ailleurs avec un autre à la femme délaissée par son mari et qui sombre dans la folie, l'auteur (désolé, je ne feminise plus ce terme!!!)  nous donne à voir des figures en proie à la solitude car, et c'est bien là que ces personnages se retrouvent, toutes partagent le fait de se retrouver isolée. D'une manière ou d'une autre.
Solitude aussi que celle de cette SDF que personne ne remarque ou de cette mère et de son fils handicapé par une maladie neurologique incurable.
Mais, l'isolement affectif ou social ne se conjugue pas qu'au féminin et Emmanuelle Urien ne l'oublie pas ici quand elle évoque, par exemple, l'existence de l'immigré qui pourtant de par son métier est au contact du monde. Dans son métier seulement, comme nous le dévoile la chute de son texte...

La mort, son approche, le deuil impossible sont des thèmes que l'écrivain aborde également avec une grâce infinie, racontant ou décrivant dans une prose d'où le pathos est exclu, les trajectoires d'êtres humains brisés et qui ne trouvent plus la force de continuer, de poursuivre le chemin tant la perte des leurs a retiré à l'existence son goût, son sel et son piquant. Ce sont d'ailleurs bien souvent les plus courts des textes de ce recueil.

Et puis, l'auteur se révèle être une véritable nouvelliste dans l'art et la manière d'amener ses chutes qui nous surprennent, nous mettent mal à l'aise, nous secouent ou encore nous amusent. De ce point de vue, et ce seront les deux seuls textes que je citerai ici à titre d'exemples, Assistance technique et tristesse limitée qui, quoique très différents de par leur thématique ou leur ton, représentent des modèles de "récit à chute"...Je n'en dirai pas plus...

Emmanuelle Urien nous conte, toujours avec pertinence, les  fractures de la vie, les lambeaux à jamais déchirés de celle-ci. Le tout sans jamais essayer de nous faire pleurer (c'est même souvent le contraire) mais en provoquant chez son lecteur une saine empathie pour ses personnages, même si parfois on sent poindre une forme d'ironie.
Une écriture, comme des thèmes, se situant sur le fil mais qui parvient à rester en équilibre grâce à un talent indéniable.

Court, noir, sans sucre de Emmanuelle Urien, L'être minuscule (2005), 118 pages 

Publié dans Portes du Noir

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Restling 02/12/2009 22:33


Comme toi, j'aime les nouvelles et prendre contact avec un auteur de cette manière. Les thèmes bien que sombres ont l'air d'être bien traités... Je verrai si je le trouve à l'occasion.


cynic63 02/12/2009 22:50


Il y a d'autres recueils (au moins un qui a l'air très bien aussi). Bizarrement, beaucoup de blogueurs parlent d'elles mais peu de relais "presse officielle". Tiens, ça me rappelle pas mal
d'auteurs. Honnêtement, ça vaut la peine de lire cette auteur. Elle a un site bien alimentée de plus