Rencontre avec Leonardo Padura

Publié le par cynic63

Le troisième invité de cette catégorie est une invitée...
Aujourd'hui c'est donc Mariana qui s'y colle.
Elle vous présente non pas un livre mais une rencontre: c
elle qui a eu lieu la semaine dernière avec l'écriviain cubain, Leonardo Padura.
Un bien beau moment qu'elle a donc décidé de vous faire partager.
Merci donc à elle pour ce texte qui retranscrit bien l'ambiance qui s'est dégagé de ces deux heures!!!

La Librairie (14, rue Pascal à Clermont-Ferrand) a invité l'auteur Leonardo Padura Fuentes, mercredi 14 octobre 2009 pour une rencontre autour de son œuvre.

 

Léonardo Padura Fuentes, journaliste et écrivain Cubain né en 1955. Il est l'auteur de 4 romans noirs et d'une tétralogie intitulée Les quatre saisons.

Invité par La Librairie, un établissement qui porte très bien son nom, cette rencontre à laquelle j'ai participé m'a transportée à La Havane, sa ville natale et de résidence.

Je ne connaissais pas Padura , c'était l'occasion d'en savoir plus...

Ce rendez-vous commence par une introduction de son œuvre par Dominique, la libraire où elle balaye son œuvre. Non seulement elle nous livre un florilège de son écriture mais aussi les références littéraires dont Padura s'inspire. Journaliste à la Gazeta de Cuba, il est le témoin de la réalité de la vie cubaine et ne déroge pas à l'idée que l'on se fait des témoins et acteurs de la vie cubaine : un homme cultivé, passionnant et chaleureux.

Fin de la présentation, somme toute un peu longue, j'avais l'impression qu'elle avait tout dit. Padura prend alors la parole et nous explique, non pas son œuvre, mais les difficultés que l'industrie de l'édition essuie à Cuba. D'emblée, on est plongé au cœur de la vie sur place, il ne parle pas de lui spécifiquement mais de son pays. Il nous brosse un portait de la population et de ses difficultés, une situation assez dure à entendre pour nous Européens où les livres s'achètent à coups de clic sur Internet...Au delà d'une censure dont on peut deviner l'ampleur durant les heures les plus sombres du régime castriste, les principaux freins sont essentiellement d'ordre économiques, industriels et sociaux. Économiques car le niveau de vie des Cubains est très bas, il cite en exemple le salaire d'un médecin qui ne dépasse pas 40 euros par mois. Industriels, les structures de production de papier sont presque inexistantes : l'île manque de papier pour publier des livres. C'est l'exemple le plus marquant, je n'avais pas idée qu'à Cuba, destination de tourisme pour riches en mal de soleil, on ne produisait pas de assez de papier pour publier des livres....Enfin, facteurs sociaux : beaucoup d'écrivains ont immigré vers d'autres horizons plus « rentables », d'autres pour des raisons climatiques. Cuba se vide de ses acteurs dynamiques en termes de vie culturelle.

Padura nous fait part également de la situation des réseaux de distribution des livres. Un livre publié à La Havane n'est pas distribué à Santiago. Encore une fois, on a peine à imaginer que cela puisse être possible alors que les deux villes ne sont qu'à 700 km à vol d'oiseau l'une de l'autre !

Pendant cette rencontre, une part importante a été consacrée aux conditions désastreuses pour exercer son métier d'écrivain mais on a senti un homme combatif et d'une richesse intérieure qui le rend attachant. La dernière partie a pris une tournure plus littéraire où il nous explique les influences que les auteurs romantiques ont eu sur lui, et lève aussi le doute sur l'auteur parnassien José-Maria de Hérédia dont on pensait qu'il faisait partie d'une de ses sources d'inspiration, en réalité, il s'agit du poète cubain non pas de son cousin français.


Un agréable moment passé avec Padura, on a pu mettre un visage sur un nom, l'histoire d'un homme sur une œuvre, des clés sur des livres...

Merci à La Librairie pour cet événement.
Mariana 
ps: Je n'ai rien à ajouter....cynic63 

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Boris 01/02/2010 17:32


Padura est l'un des meilleurs journalistes et écrivains cubains depuis deux décennies. Il n'écrit pas sur la crise de Cuba pour vendre des livres, mais parce qu'il est profondément touché par cette
situation. Il est un être humain admirable.


Le vent sombre 23/10/2009 23:10


@ Mariana,

Justement, Padura insiste pas mal sur le fait qu'il n'y a pas de censure à Cuba (maintenant on le croit ou non) et on peut trouver sur l'internet quelques entrevues où il le dit. Quand on connait
l'histoire castriste, on sait qu'il a existé d'autres moyens pour gêner les écrivains (je ne parle pas des journalistes pour qui c'est beaucoup moins évident. D'ailleurs, Padura dit qu'il y a une
obligation pour les écrivains de témoigner là où les journalistes ne le peuvent pas). On en voit de très bons exemples dans l'excellent + Électre à la Havane +, le troisième tome des aventures de
Mario Conde.

Ce qui est intéressant, c'est cette histoire du rapport de l'écrivain à l'autorité et au pouvoir qui était déjà problématique chez de Hérédia et qui oblige finalement les auteurs qui veulent dire
ce qu'ils pensent à travailler leur langue et leurs textes pour braver ce pouvoir. Cela donne des livres – dans le cas de Padura – profondément métaphoriques et à plusieurs niveaux.


Mariana 22/10/2009 07:03


Contente de voir que ce compte-rendu vous plait. Merci à Vent Sombre pour ces précisions. Concernant la censure à laquelle je fais allusion, je parle de celle instaurée dans le pays pas de Padura
en tant qu'auteur.


alain 21/10/2009 22:14


Merci pour ce compte rendu. J'adore Padura..


Le vent sombre 20/10/2009 20:36


Merci pour ce compte-rendu.

S'agissant de la censure, on sait que Padura dit n'avoir jamais été censuré parce qu'il le fait de lui-même. Et ceci n'est pas lié entièrement au régime castriste puisque le José Maria de Heredia
dont vous parlez à la fin de votre billet et qui vivait il y a un siècle et demi de là, rencontrait les mêmes difficultés avec le pouvoir de l'époque. Padura le retrace très bien dans un roman qui
n'est pas du cycle de Conde mais dont je vous conseille également la lecture : Le Palmier et l'Étoile (La novela de mi vida) paru chez Métalié, son éditeur français.

Toute la qualité de l'écriture de Padura est dans ces contraintes d'écriture qu'il réussit à transgresser d'une voix chaleureuse et exubérante.