Ripoux à Chicago

Publié le par cynic63

Deuxième roman traduit et édité chez Actes Sud, Entorses au règlement de Theresa Schwegel nous plonge au sein de la corporation des flics de Chicago, tout comme dans son premier roman Une flic dans le pétrin.

Une corporation aux us et coutumes des plus étranges, en particulier pour ses bleus.
Ray Weiss, tout jeune flic de 23 ans, fait ses armes au sein de la police. A l'image de Jed Pagorski, son ami de toujours, devenu policier également, Ray doit subir une épreuve, un rite d'initiation dont le but est non seulement de l'accueillir parmi les « purs et durs » mais aussi de tester sa fiabilité par rapport à ce qu'il faut bien appeler une sorte de « caste » particulière.

Pour ce faire, Jack Fiore, flic expérimenté aux méthodes expéditives et aux jugements bien souvent hâtifs, va trouver le défi à relever pour le nouveau et l'encadrer lors de son accomplissement: une bijouterie à braquer.
Peu sûr de lui, Ray va, non sans rechigner il est vrai, s'acquitter de l'épreuve, car il n'a guère le choix: il veut être un des leurs, on lui mènerait une vie infernale s'il reculait et, surtout, il n'aurait pas fini d'entendre qu'il est un fils à papa, ayant obtenu une place dans la police uniquement car Don, le papa en question, en est un des éléments les plus brillants...
Cependant, les choses ne vont pas tout à fait se passer comme prévu: Si Weiss défonce bien la vitrine de la bijouterie, détruit l'un des présentoirs et empoche les bagues s'y trouvant -il faut bien que cela fasse « vrai »-, Fiore et le bleu découvrent, au moment de repartir, le cadavre d'un homme allongé dans la boutique. Quelqu'un est venu avant eux et a assassiné Ipolitas, le défunt bijoutier.
Bien mal à l'aise pour justifier leur présence sur les lieux, l'aîné prend alors une décision lourde de conséquences: ils vont s'arranger avec le rapport afin de ne pas être inquiétés et, ainsi, brouiller les pistes.
La très séduisante Sloane Pearson, de la brigade criminelle, dépêchée sur les lieux va tout simplement faire son travail: essayer de découvrir mobile et coupable.
Ray, sensible au charme de l'enquêtrice, décide, à l'insu de ses propres camarades, de lui prêter main-forte, quitte à se retrouver entre le marteau et l'enclume...
Parallèlement, Fiore va, lui, faire en sorte de trouver un coupable idéal: un compatriote d'Ipolitas, c'est-à-dire un Lituanien comme lui.
Weiss est alors entraîné dans une sorte de tourbillon, tentant par tous les moyens d'en sortir la tête haute,,,

 

Theresa Schwegel a composé ici un roman qui tient d'abord du roman de procédure mais encore du roman psychologique. Néanmoins, il ne nous semble pas que cela soit l'essentiel. En effet, on a plutôt affaire à un roman d'apprentissage où le personnage principal, soucieux de se trouver en tant qu'individu comme de prouver aux autres qu'il est quelqu'un de « fiable », est au prise avec les vicissitudes de sa jeune existence. Pour faire court, Ray est un être en construction, tiraillé entre deux choix incompatibles: fidélité à la « corporation » ou sens du devoir.
De même, comme en écho, sa relation avec Leah, une ex-petite amie qui parfois l'insupporte, est plus qu'équivoque: il ne sait pas s'il veut renouer avec elle mais se montre des plus odieux lorsqu'elle lui présente celui qui a pris sa place.
En outre, l'auteur nous entraîne dans un Chicago populaire où l'on découvre le quotidien des flics de la rue, les communautés polonaise ou lituanienne de la ville mais aussi les junkies et les filles paumées qui la peuplent.
On pourrait reprocher à l'auteur étatsunienne de trop nombreuses digressions comme, par exemple, lorsque Ray tend un piège à celui qui le harcèle à son domicile ou , encore, des changements de rythme fréquents dans son récit.
Même si on peut penser que ces passages nous éloignent de l'intrigue, ils ont cependant une fonction claire si on envisage ce roman non pas comme un polar procédural mais plutôt comme une « éducation sentimentale (et morale) » d'un jeune flic qui entend ne pas devenir un ripoux et suivre le chemin tracé par un père qu'il ne comprend d'ailleurs pas si bien que cela.

Enfin, Theresa Schwegel travaillant aussi pour le cinéma, c'est certainement la raison pour laquelle son écriture lorgne vers le septième art, notamment par une narration au présent et une faculté à nous faire visualiser parfaitement les scènes ou les décors.
En tous cas, dans le premier et le dernier chapitre, elle utilise le même procédé: le split screen qui nous montre différents lieux au même moment; vieux procédé cinématographique qui divise l'écran en plusieurs parties ou cadres,

Une belle manière d'ouvrir et de clore un roman agréable et intéressant.

 

Entorses au règlement (Probable cause, 2006) de Thérésa Schwegel (trad. Thierry Pitel), Actes Sud (2009), 349 pages

Publié dans Noir étasunien

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Les habitant de l'avenue 11/11/2009 00:06


merci pour votre post . Il est vraiment complet et je suis entièrement d'accord avec vous ! j'ai beaucoup aimé ce roman ainsi que "Une flic dans le pétrin" du même auteur.


cynic63 11/11/2009 08:53


De rien...Et merci pour le passage sur mon blog. Le "vous" est superflu.Je préfère le "tu". A bientôt ici ou sur ton blog