Eruption sonique...

Publié le par cynic63

Une nouvelle catégorie sur ce blog. A intervalles plus ou moins réguliers, je demanderai à des amis, à des connaissances faites aussi sur des blogs, de venir s'exprimer, de parler roman noir, musique ou cinéma.
Pour la première, j'ai demandé à mon ami Patrick "Tad" Foulhoux ( à gauche sur la photo)de se livrer à un petit jeu de questions-réponses. Pas de roman noir, ni de sélections discographiques à écouter d'urgence ici.
Patrick est, certes, un amateur de notre genre préféré mais il est surtout connu pour de nombreuses activités dans le milieu du rock indépendant en France; à commencer par ses occupations de journaliste au sein des rédactions de Rocksound ou Rolling Stones.
Ceci étant, le bonhomme, connu autant pour son sérieux que pour son sens de la franche rigolade un brin potache (voir photo plus bas...), a un nouveau projet; ambitieux, certes, mais terriblement engageant. Il a donc accepté de nous le présenter...

Cynic63: Patrick, présente nous rapidement ton projet? (raison sociale, but général, personnes impliquées, etc....)

On monte un label rock pour mettre un terme à cette stupide définition qui prétend que Clermont est la “Liverpool française”.
On s’associe avec Manu Siachoua (à droite sur la photo) sous l’injonction de Fabrice Borie qui nous a intimés de profiter d’un dispositif d’aide à la création d’entreprise culturelle mis en place par la Région et qu’il en avait marre de m’entendre me plaindre de ne pas avoir de boulot puisque le métier de journaliste est en voie de disparition. Et aussi parce que nous avions stoppé le festival des Volcaniques de Mars pour des raisons politiques et non pas financières étonnamment.
La Région met en place ce dispositif parce qu’elle s’aperçoit qu’on parle beaucoup des artistes du coin, mais qu’il y a peu de structures d’accompagnement. Dès qu’ils deviennent un peu gros, les groupes se tournent vers Paris pour trouver des “interlocuteurs professionnels”. Et comme nous sommes en pleine crise économique, la Région s’inquiète aussi d’un éventuel exode vers les grands centres périphériques (Lyon, Montpellier, Toulouse, Bordeaux, Paris) pour chercher du travail. Elle met en place ce dispositif pour garder les gens en Auvergne avec, en arrière-pensée légitime, l’idée que ces entreprises créeront de l’emploi à terme. Louable intention.
Manu a une formation de musicien (Conservatoire), il peut aborder l’aspect purement technique avec les groupes. Pour un aspect plus terre à terre, il est relativement à l’aise avec les chiffres et la partie administrative.
Manu restera musicien en parallèle de notre activité, il abandonnera à terme son statut d’intermittent du spectacle pour se consacrer au label.
En ce qui me concerne, j’amène mon carnet d’adresses.
C’est ce que nous appelons notre “valeur ajoutée” commune pour séduire nos différents interlocuteurs.
Nous avons tous les deux des goûts musicaux assez proches et je dirais même complémentaires. Bien entendu, pour signer un groupe, il faut qu’il nous plaise à tous les deux. C’est un label rock (dans le vrai sens du terme, fini la musique UMP insipide et consensuelle) qui devrait s’appeler Splash Records. La structure juridique sera sous forme de société, vraisemblablement une SCOP, qui débutera courant juin. L’infographiste clermontois bien connu Gérald Jay travaille en ce moment même à nous créer un logo.

Cynic63: Un label en pleine crise du disque. Pourquoi? Qu'est-ce qui te fait penser que ça peut fonctionner?

C’est justement parce que ce n’est pas le moment qu’on lance ce projet à contre-courant pour se faire remarquer. L’industrie musicale est complètement hors sujet en ce moment, ne sachant plus vraiment comment sauver son bizness. Il se trouve que les major compagnies ressortent le nez de leurs bureaux pour prospecter ailleurs, ce qu’on ne leur sert plus sur un plateau depuis quelques années et il se pourrait fort que nous en profitions. Si l’industrie du disque ne fonctionne plus, c’est juste qu’elle ne fait aucun effort artistique, qu’elle se contente de copier ce qui fonctionne et que sa pratique tarifaire est proprement prohibitive en période de crise.
On part du postulat que nous allons produire de la bonne musique à pas cher et que les bons disques trouvent toujours leur public.
A terme, pour prospérer, nous allons procéder comme des majors, nous allons pratiquer le “360 °”, que je surnomme ironiquement le “gang bang d’artiste”. C’est-à-dire qu’on va prendre en charge tout ce qui tourne autour de l’artiste : production de disques et de concerts, édition, agence artistique, merchandising, etc. Le disque ne fonctionnant plus, le truc à la mode, c’est l’édition. C’est ce qui rapporte le plus.
Le travail de l’éditeur consiste à placer des “syncros”, c’est à dire des morceaux sur de l’image : publicités, cinéma ou sur n’importe quel support diffusant de la musique. On peut tout envisager.
Aujourd’hui, les grosses structures sont beaucoup plus focalisées sur l’édition que sur le disque en lui-même. Ce qui compte, c’est de décrocher une pub et des concerts où là, tout le monde gagne de l’argent. Par contre, le disque, la période n’est pas très propice. On en convient.

Cynic63: Comment pensez-vous vous faire une place dans cette "industrie"? Grâce à quoi pensez-vous fidéliser votre public?

On va se battre pour être reconnu comme un label de qualité par le public et par les professionnels et on va axer notre communication là-dessus. On a, tous les deux, Manu et moi, un lourd passif, une vraie expérience et ne nous le cachons pas, une certaine réputation dans les réseaux professionnels, en France, voire au-delà, pour nous permettre de pousser certaines portes.
On va insister sur le fait que nous sommes installés à Clermont-Ferrand et qu’on peut faire des choses sans être à Paris sans tomber dans le régionalisme primaire.
Ce n’est pas nouveau, j’ai toujours refusé de m’installer à Paris en tant que journaliste et, que ce soient avec Spliff Records ou le festival des Volcaniques de Mars, on a prouvé qu’on pouvait faire des choses loin de Paris, et les faire bien.
Pour se faire une place, je ne te cache pas que nous allons user de nos réseaux et de nos connaissances.

On fidélisera notre public de deux façons. Il fut un temps où les gens achetaient tout ce qui sortait de Stax, Motown Sub Pop, In The Red, Crypt, Black & Noir, Spliff ou Epitaph. Le seul nom des labels était un gage de qualité. C’est dans cet esprit qu’on va officier. Fais-nous confiance, on n’est pas là pour fourguer de la daube lyophilisée. Pas de musique OGM chez nous, que de la musique de caractère et à forte identité. Pas de demi-mesure.
Et secondement, on va lancer un “club single” d’un nouveau genre, début 2010. Ça se présentera sous forme d’enveloppe avec, dedans, une carte où sera noté un code pour télécharger 2 chansons sur notre site Internet et des petites bricoles spéciales “single pack”, faites tout exprès, des autocollants, des badges, une affiche et un objet à l’image de l’artiste. Tout en collaborant avec des artistes, des graphistes, des plasticiens, des peintres, etc. Des locaux si possible, mais pas forcément. Nous allons essayer de développer une interactivité transculturelle et pluridisciplinaire.
Nous aurons bien entendu un gros distributeur pour la France – Benelux – Suisse, mais on réfléchit aussi à l’idée de collaborer avec l’Agence des Musiques Traditionnelles d’Auvergne.
Entendons-nous bien, pour eux, André Verchuren est à la musique traditionnelle ce que Johnny Halliday est au punk hardcore métal ! Les gens de l’AMTA fonctionnent dans le même esprit que nous. Ils ont maillé le territoire auvergnat pour diffuser leurs disques de façon très originale. Ils font du dépôt vente un peu partout, dans les petites épiceries de campagne du fin fond des Combrailles ou du Mézenc par exemple. On a très envie d’intégrer leur propre réseau d’autant qu’on se sent proche de leur esprit. Et en contrepartie, nous essaierons de leur faire bénéficier de notre réseau.
On est dans l’idée de travailler le rock différemment en collaborant avec des gens auxquels on ne se rapprocherait pas spontanément. Remettre de l’humain dans le bazar, ça ne fera de mal à personne.

Cynic63: Quels sont les premiers projets? Sans révéler de secrets, bien sûr...

Il n’y a presque aucun secret en ce qui concerne l’artistique. Première échéance, fin septembre, avec le premier album des Sinner Sinners qui devrait signer avec un gros éditeur d’ici là, les tractations sont en cours.
Puis, en novembre sont programmés le nouvel album des Espagnols de Tokyo Sex Destruction, le quatrième album des Vendéens de Gâtechien et le tout premier album des Clermontois de Stetson. Les trois ensemble pour marquer un gros coup.
Sont déjà dans les tuyaux d’autres disques surprenants ; le premier album d’un groupe clermontois mystérieux : Alpha Pilot, avec l’ex-chanteur de Man Made Monster et trois musiciens qui tiennent à garder l’anonymat pour l’instant.
Puis un groupe lyonnais de soul, les Buttshakers (à découvrir pour la fête de la Musique à Clermont sur la scène de la place de la Victoire), des licences étrangères stupéfiantes, le prochain album du Big Royal Kunamaka Orchestra, l’album des Clermontois de Bruxelles et plein de surprises. Le planning est déjà chargé pour les 3 ans à venir. Sans parler d’autres projets qui viendront se greffer au fur et à mesure pour développer notre activité (festival, lieu de vie rock…). On envisage déjà la création d’emplois dès la troisième année si tout se déroule selon nos prévisions.

 



Cynic63: Tribune libre: quelque chose à ajouter?

On aborde l’industrie musicale de façon un peu différente. D’habitude, les gens cherchent à se faire une place, nous, nous cherchons à la bousculer cette foutue industrie sclérosée, à s’y imposer, à redistribuer les cartes. C’est complètement mégalo et prétentieux je te l’accorde, mais c’est aussi une façon de se motiver et de se dire que l’heure des gens de terrain qui savent faire, est peut-être enfin venue ! Et tout ça, pour quelques Bountys de plus…

Myspace et site Internet à venir.

 

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Patrick+Foulhoux 23/05/2009 09:50

Hum, ça m'a l'air sympa ici, on n'aimerait pas que ça brûle…

Mariana 22/05/2009 13:31

on ne peut que soutenir un tel projet. C'est une belle façon de faire la nique aux englués du cerveau qui n'ont que pour valeur celle de leur porte-monnaie. Merci à cynic d'avoir relayé ce "think tank"...