Secret style

Publié le par cynic63

Un court roman par une dame que je connaissais pas dans le paysage du polar français; une quatrième de couverture élogieuse rédigée par Marc Villard: tout cela était bien engageant.
Anne Secret dans ces Villas rouges nous entraîne dans une fuite en avant qui prend, très vite, les allures d'une descente dans un Maelström dont on ne réchappe pas...

Kyra, la narratrice du roman, est une jeune femme en mal de vivre, touchée par une sorte d'indolence face à l'existence. Elle est tombée amoureuse d'Udo, un homme d'origine allemande plus âgé qu'elle.
Par amour pour lui et, même si elle ne connaît pas grand chose de cet amant malgré une relation qui s'est installée dans la durée, elle accepte de prêter main forte lors de l'évasion de Markus Fried, un activiste relativement dangereux.
Le plan imaginé par l'équipe est simple: coincer le fourgon cellulaire qui le ramène de l'audience de chez le juge.
Le rôle de Kyra se résume à couper la route du véhicule pénitentiaire sur une avenue parisienne et laisser faire les autres. Tâche dont elle s'acquitte parfaitement, sans s'occuper le moins du monde de ce qui se joue dans son dos.
Le coup réussit mais un CRS va y laisser la vie. Kyra, Udo ainsi qu'un autre comparse filent sans encombres vers Ault, petite ville triste de la Baie de Somme, histoire que les choses se tassent avant de jouer les fugitifs en Belgique.
Accueillis par Gillain, rentier héritier d'une vieille famille de la région et surtout ami d'enfance d'Udo, les désormais "recherchés par la police", vont se planquer. Et surtout attendre.
Kyra, dont on commence à comprendre que les tenants et les aboutissants de l'affaire lui échappent totalement, va espérer qu'Udo, à la suite d'une énième escapade, lui revienne et l'emporte enfin vers un lieu où l'amour pourra s'épanouir.
L'amoureuse transie passe alors des journées interminables à contempler les murs de sa cachette ou, plus rarement, à se promener le long des rues de cette petite station balnéaire qui apparaît monotone et sinistre au fur et à mesure que l'on s'enfonce dans l'hiver.
Las, Udo ne revient pas. Pire même, Andréa, le fameux complice, se fait arrêter à Douai et met, bien involontairement, la police sur les traces de la jeune femme....
Commence alors pour Kyra une cavale qui la ramènera vers Paris où elle tentera de retrouver quelques repères, à commencer par renouer avec une ancienne connaissance professionnelle, un enseignant.
D'errances tristes en angoisses insupportables de tomber entre les mains de la police, la jeune femme, de plus en plus désoeuvrée, va alors s'adresser à Serge, une des accointances d'Udo dans le milieu, qui lui proposera de convoyer des voitures volées à travers l'Europe.
Mais, même si elle s'en défend, Kyra n'a qu'une idée en tête: retrouver Udo malgré un silence assourdissant et les mois qui passent. Une obsession qui n'est que la manifestation d'une quête. Celle du sens...

Tout au long de ces moins de 200 pages, on se retouve happé dans une sorte de tourbillon dont on comprend qu'il n'est pas celui de la vie mais du vide.
Le lecteur, et ce, très rapidement, comprend que la jeune ex-professeur, qui a démissionné à peine arrivée dans le métier( "J'ai tout de suite pris mes élèves en grippe"  ou plus loin à un collègue qui lui demande si elle s'habitue au Lycée: "Absolument pas."),  s'est laissée convaincre, certes sans trop opposer de résistance à son amoureux, de passer de "l'autre côté" mais surtout saisit que, cela ou autre chose, peu lui importait.
Car, en effet, et c'est un sentiment qui s'amplifie quand on avance dans le récit, Kyra fait, court, se démène, s'agite, semble poussée par un instinct de vie immense, mais on se demande si cette frénésie de mouvement n'a pas d'autre but que le mouvement lui-même.
De là à dire que tout cela paraît gratuit...

Si on a apprécié le style sec d'Anne Secret dépourvu, notamment dans les nombreuses mais très courtes descriptions (Ah...Ostende!!!!), d'enjolivements, si on a aimé cette "écriture du comportement" (Marc Villard) qui ne s'embarrasse pas de superflu, si on se réjouit de cette littérature nerveuse, claquante comme autant de coups de fouet, on s'interroge sur la finalité de tout cela. On accordera, volontiers d'ailleurs, que c'est bien secondaire.
Mais, et c'est peut-être là une des limites du roman, devant des personnages à peine effleurés dont les motivations demeurent inconnues, leur Moi profond ignoré sauf quand, à l'approche du dénouement, les langues se délient à l'occasion de dialogues émouvants, on est un peu trop resté "en attente" d'un petit plus.
Ce n'est d'ailleurs, et tant mieux, pas le souci d'Anne Secret.
Par contre, on trouvera matière à échafauder des hypothèses de sens, à interroger le texte, à déchiffrer des personnages au mutisme qui n'a d'égal que leur part d'ombre ou de vacuité

Pour conclure, on peut rester partagé et surtout frustré comme je le suis, car il me semble vraiment qu'on tenait là quelque chose qui pouvait être une bombe, ou se montrer immensément enthousiaste comme d'autres.
Quoi qu'il en soit, un tel livre peut laisser un grand nombre de lecteurs indifférents. Au mieux. Leur tomber des mains. Au pire...

Les villas rouges d'Anne Secret, Seuil Roman Noir (2009), 189 pages

Ailleurs: l'avis de polars-cottet (link ) et chez la mer pour horizon (link)

ps: n'hésitez pas à me signaler d'autres avis. J'ajouterai les liens div style="margin-top: 10px; width: 150px;">
Villas rouges

Publié dans Noir français

Commenter cet article

alain 14/05/2009 20:49

Je comprends ce point de vue. Peut-être aussi une question de "moment de lecture". Je l'ai lu quasiment d'une traite. Ce n'est pas un livre à lire par morceaux. Merci pour le lien..

cynic63 14/05/2009 21:23


De rien pour le lien (j'essaie d'en mettre autant que possible). J'ai aimé le style, la forme du livre, mais je n'ai pas réussi à m'accrocher aux personnages. Pas ressenti grand chose, un peu comme
Kyra qui semble traverser l'existence comme par réflexe...Et pourtant, j'aime aussi les écrits "behavioristes" mais, là, quelque chose n'a pas pris. Je me repencherai cependant sur Anne Secret car
je pense que c'est une écrivain intéressante