Brumeux Tavernier

Publié le par cynic63

De Bertrand Tavernier, outre la place de choix qu'il occupe au sein des cinéastes, on connaît  son goût pour le cinéma américain (dont un ouvrage 50 ans de cinéma américain, coécrit avec Jean-Pierre Coursodon) et son attirance pour le roman noir du même pays (Coup de Torchon adapté de 1275 âmes de Jim Thompson).
Comme notre réalisateur a du goût, il s'empare de James Lee Burke pour sa première oeuvre tournée outre-atlantique.
Un décor de premier choix -la Louisiane et ses bayoux-, un casting impeccable - à commencer par l'excellent Tommy Lee Jones-, un scénario tiré d'un des meilleurs polars de Burke - Dans la brume électrique avec les morts confédérés, Tavernier avait tous les atouts pour fignoler un magnifique film tout en y apposant sa patte bien personnelle. Tous les atouts donc pour un résultat plus que décevant. Malheureusement.

Dave Robicheaux (Tommy Lee Jones) est sur la piste d'un serial killer qui tue de jeunes prostituées. Les meurtres sont perpétrés sauvagement et les flics louisianais ne disposent que de très peu d'indices; aucun pour être plus clair.
Par un après-midi morne, Robicheaux arrête le célèbre acteur Elrod Syes (Peter Sarsgaard) qui joue au chauffard, complètement défoncé au volant de son bolide, dans les rues de la petite ville de New Iberia. Dave apprend, à l'occasion de cette interpellation, par la bouche de la star hollywoodienne que cette dernière a aperçu un squelette remonté à la surface d'un marais où l'équipe de tournage travaille à un film sur la guerre de Sécession.
Le policier fait donc un bond en arrière dans son propre passé puisque, adolescent, il avait été le témoin impuissant du meurtre d'un jeune noir près des lieux où les restes ont été découverts.
Les choses se compliquent lorsque le héros vient à savoir qu'un mafieux notoire, Julie Balbony (John Goodman) a investi dans la production du film dont Syes est la vedette et qu'en plus, il a été lié aux prostituées assassinées....

Je n'irai pas plus loin dans le développement de l'histoire car il ne s'agit pas ici d'en dévoiler les ressorts mais de parler du film en tant que tel, dans ce qu'il a de formel, de son langage cinématographique en quelque sorte.
Tavernier sait filmer. C'est un fait avéré et il se montre plus qu'inspiré quand il s'agit de capter la lumière se dégageant des paysages de Louisiane ou encore les émotions émanant des visages des acteurs.
Il sait également diriger ses comédiens qui semblent lui renvoyer ce qu'il attend. Ce n'est donc pas sur le jeu des acteurs que le film ne convaint pas car, à commencer par Jones, chacun d'entre eux proposent des compositions justes.
Mais, malheureusement encore une fois, le film n'est sauvé que par ces rares points; les négatifs étant bien plus nombreux.
Commençons.

Certains voient dans cette Brume électrique un film certes lent mais dont le rythme se justifie par le propos comme par le décor où il se déroule. Pour ma part, j'y verrais plutôt des longueurs et, au contraire, un manque de rythme qui nuit hautement au spectateur qui se retrouve comme anesthésié par ce qu'il voit se dérouler sous ses yeux. De là à dire qu'on risque l'endormissement...
En revanche, paradoxalement, Tavernier ne fait qu'effleurer certains thèmes de son film comme, par exemple, la personnalité de Robicheaux, ses obsessions comme ses rapports avec sa femme. Sans attendre que le film ne verse dans la psychanalyse sur pellicule, on aurait aimé voir les personnages "vivre" un peu plus devant la caméra du réalisateur français, ne serait-ce que pour ressentir quelque chose pour eux. Du bon ou du mauvais mais quelque chose.
De même que l'utilisation des voix off n'apporte pas grand chose, les apparitions mystérieuses du vieux général confédéré paraissent plus se justifier par le désir d'ancrer certains aspects du film dans le genre fantastique que par la volonté d'apporter véritablement quelque chose à l'histoire, de la servir dans sa narration comme dans son propos. J'ai eu un peu l'impression que tout cela était à la limite "gratuit"...
Enfin, et ce n'est pas le moindre défaut relevé, on ne sait plus trop quelle est la véritable intrigue, de quoi on nous parle ici. On se perd dans des enchaînements de séquence qui m'ont semblé hétérogènes. A la fin, on se demande de quoi parle VRAIMENT le film qu'on a été voir.
Reste, encore une fois, des paysages envoûtant, des gueules d'acteurs, une bande son de bon goût.
Suffisant pour faire un bon film?

Dans la brume électrique (In the electric mist) de Bertrand Tavernier, (2008) France/Etats-Unis, 1h57

Publié dans Ecran noir

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Jean-Marc Laherrère 12/05/2009 09:34

Dans le débat VO/VF, pas d'hésitation VO. Je me souviens d'avoir vu, il y a fort longtemps, La balade de Narayama doublée. Voir cette vieille japonaise parler avec un accent parigot ... insupportable.
Pour ma part, j'ai beaucoup aimé le film. Outre les qualités que tu y vois, j'y ai vraiment trouvé l'ambiance du roman, et plus généralement, de tous les romans de la série Robicheaux.

cynic63 12/05/2009 10:24


Je vois qu'on est d'accord sur VO/VF et ça ne m'étonne guère. Par contre, je n'ai pas aimé le film (outre les quelques qualités que j'y ai vues, comme tu dis..). Mais c'est quand même Tavernier et
on peut attendre bien mieux de lui. Cependant, c'est très bien que tu aies aimé. L'unanimité dans un sens comme dans l'autre n'est pas constructive....


ERIC 08/05/2009 02:21

Au sujet de la VO - tant mieux que de nombreuses salles diffusent les films en anglais pour ceux qui peuvent comprendre - mais là où c'est nul c'est lorsqu'aucune salle parisienne ne propose la version VF pour ceux qui ne comprennent pas l'anglais et qui ont envie de regarder le film sans avoir le nez coller aux sous titres ... ...

Le problème est l'absence de choix .

cynic63 08/05/2009 07:41


Je suis d'accord en ce qui concerne ton argument sur le choix. Après pour le reste, je préfère toujours entendre la VO, y compris quand je ne comprends pas un mot de la langue. Si tu veux, pour
moi, regarder du Kurosawa ou du Fellini en français, ça me gêne vraiment. Dans les pays scandinaves, aux Pays-Bas ou en Belgique flamande, les gens ne se posent pas la question: les films sont
diffusés en VO et, question d'habitude, personne n'y trouve rien à redire. Par contre, je suis en effet surpris qu'à Paris, le dernier Tavernier ne passe pas en français....Etonnant


Marie 07/05/2009 20:46

J'ai vu la bande annonce qui me semblait intéressante et j'hésite à aller le voir... Ta critique mitigé ne m'aide pas beaucoup à trancher! =D

cynic63 08/05/2009 00:12


Peut-être qu'en regardant ce que d'autres en disent, tu pourras mieux trancher...


eric Perrot 07/05/2009 13:48

Bonjour ,

Dans aucune salle à Paris le film sort en version française , c'est lassant cette politique des salles parisiennes pour économiser la version doublée de nous imposer de lire des sous titres ... ... résultat un spectateur de moins pour le film .

cynic63 07/05/2009 17:01


Je suis plutôt un fervent partisan de la VO. Nous ne sommes donc pas d'accord sur ce point...


Jean-Marc Laherrère 07/05/2009 09:57

Je n'ai pas encore vu le film, mais le roman est, à mon avis, un des meilleurs de la série, ce qui n'est pas peu dire !

cynic63 07/05/2009 17:02


Je compte bien suivre ton conseil....