Club de James...

Publié le par cynic63

Le Gallois Bill James a signé environ une vingtaine de romans dits "série Harpur et Iles", du nom des deux policiers qui en constituent les personnages centraux. Seulement, c'est avec un très grand décalage dans le temps que nous arrive ce Club puisqu'il est paru en 1991 en langue anglaise.
Dix-sept ans pour en lire sa traduction, c'est bien long et, malheureusement, le cas de James n'est pas unique puisque récemment j'évoquais le danois Dan Turrel ou même des auteurs plus "populaires" comme Gunnar Staalesen dont de nombreux romans ne sont publiés en français qu'une quinzaine, une vingtaine d'années, voire même plus, après leur sortie. Si quelqu'un a des informations ou un avis sur la question, je suis preneur...

Bref, parlons de ce premier roman du Gallois que je viens de lire.
Sarah Iles, la femme de l'adjoint au chef de la police, entretient une liaison avec Ian Aston, petit truand connu du milieu londonien. Ce dernier est acquitté à l'issue d'un procès où bon nombre de ses complices ramassent gros. Enceinte et pratiquement à terme, Sarah ne renonce cependant pas à son amour adultérin même si celui-ci la met d'autant plus en danger que tout le monde - y compris Desmond, son mari - sait ce qui l'unit à Aston...Quand on aura dit que les deux amants ne se cachent pas vraiment et se montrent en public, on mesurera l'ampleur de la chose.
Un jour, le bel amant est retrouvé assassiné sur un terrain vague. Les circonstances de sa mort sont évidemment étranges et horribles. Personne n'ose dire tout haut ce que chacun rumine intérieurement: le mari jaloux aurait peut-être réglé son compte au rival de manière définitive, d'autant que, tout adjoint qu'il est, Iles est un flic qui ne semble pas étouffer par les remords ni par les limites de la légalité...

De son côté, Ralph Ember, ancienne petite gloire la voyoucratie locale, tient désormais un pub et ses activités honnêtes semblent lui convenir. Il ne veut plus entendre parler de braquages, de casses, de vols ou de tout ce qui pourrait le renvoyer dans une ancienne vie à laquelle il a tourné le dos. Pour lui, c'en est terminé de l'existence de truand et il entend bien donner le meilleur à sa femme et à ses deux filles. Seulement, on ne choisit pas toujours sa clientèle et quand on a fait partie du milieu, il y a des chances pour que certains de ses membres fréquentent un établissement qui - on ne l'apprendra à personne - fait figure d'institution en Grand-Bretagne.

Oliver le Diplomate et Pete Chitty, deux caïds de la pègre, contacte Ember et lui font une proposition. Puisqu'Aston est mort et qu'il était partie prenante d'un coup de très grande envergure qui aura lieu très bientôt, pourquoi ne prendrait-il pas sa place? D'abord très réticent, Ember finit par se laisser convaincre quand on commence à lui parler honoraires, pactole et toutes les possibilités d'avenir que cela laisse entrevoir. Et puis, comme on ne sait pas qui a réglé son compte à l'amant de Sarah Iles, notre barman ne prend pas de risques: si, comme certains le prétendent, Oliver et Pete ont pu défoncer le crane du bellâtre, il ne faut pas trop les contrarier...
On va donc suivre l'organisation, les préparatifs, la mise en place, la réalisation d'un braquage qui doit permettre à chacun des membres d'une équipe très disparate de réaliser une très lucrative culbute... On n'en dira pas beaucoup plus sur ce point sauf que certains passages sont d'une ironie mordante, notamment quand James adopte le point-de-vue d'un Ember qui entend bien cacher sa trouille aux autres et nous fait part à de nombreuses occasions de réflexions d'une haute portée analytique....si on peut dire.

Mais, comme on est dans un roman se penchant aussi sur la police, on n'oubliera pas d'évoquer le travail des flics qui cherchent à percer le mystère entourant le meurtre d'un truand, certes, mais d'un citoyen quand même. De nombreuses scènes, de multiples péripéties sont centrées autour des "héros" de la série; à savoir: Colin Harpur et Desmond Iles. A cet égard, si les personnages de James sont loin d'être inintéressants, ce n'est certainement pas par la sympathie ou simplement l'empathie qu'ils inspirent. Iles passerait volontiers pour un flic réactionnaire, limite encarté à l'extrême-droite, serait le modèle même de l'individu méprisant, violent, imbus de sa personne, attaché aux apparences et aux convenances. Harpur, s'il est moins repoussant, ne nous paraît pas non plus être l'image du personnage pour lequel on serait enclin à éprouver des sentiments positifs. Pour faire court, s'il n'est pas un "ripoux", il garde le silence, se montre souvent servile, même si une petite aventure avec Sarah Iles ne serait pas pour lui déplaire car l'individu n'est pas très regardant sur les principes quand sa libido parle.
Quant aux personnages secondaires, si les truands font sourire plus qu'ils n'inquiètent (on a eu l'impression d'être dans de la parodie à la limite des vieilles séries noires françaises parfois), beaucoup d'autres m'ont laissé froid: Je n'ai éprouvé, par exemple, aucune peine, aucune compassion pour Sarah malgré la douleur qu'elle ressent tout au long du livre et les menaces de dépression post-natale qui pèsent sur elle. Désolé...

De plus, l'ensemble m'a souvent paru long, redondant, poussif. C'est très dommage car l'intrigue était plutôt bien amenée, le roman bien construit, les rebondissements pertinents. Je crois que j'ai eu du mal à me faire au style de James, même si le dernier tiers du roman est mieux "passé".
Enfin, si certains considèrent que l'une des forces du Gallois réside en la maîtrise des dialogues, pour ma part, je les ai trouvés souvent superflus, s'enchaînant un peu aux forceps. Si on peut aimer les écritures qui suggèrent plus qu'elles ne disent, on attend quand même de "savoir un peu où on nous emmène".
Et malheureusement, c'est un peu trop la question qui s'est posé à la lecture de ce Club.
On redonnera cependant une nouvelle chance à Bill James. En espérant que l'essai soit cette fois-ci accordé et transformé...

Club de Bill James (trad. Danièle Bondil), Rivages Noir, 370 pages

ps: les avis plus positifs de Jean-Jean sur ce livre (link) et de Jean-Marc, mais sur un autre roman (link)

Publié dans Noir britannique

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caroline 07/05/2009 00:42

Je me suis mal exprimée, je voulais dire que ton sentiment mitigé et bien argumenté, me semble éclairant. Il contrebalance les avis positifs, et au final ça rend curieux ce qui est un bon pas pour avoir envie de découvrir un auteur, et se faire une opinion.

cynic63 07/05/2009 17:02


Je pense que j'avais bien compris ce que tu voulais dire...


caroline 06/05/2009 19:23

Ah, je viens d'entendre parler de ce roman mais en bien, et ton point de vue m'intrigue, d'autant que cet auteur est généralement chaudement recommandé.
Si tu peux m'envoyer un mail, j'ai une question à te poser !

cynic63 06/05/2009 21:08


Je vais le faire...
Je n'ai pas voulu dire que James était mauvai; juste que je ne suis pas rentré dedans. D'ailleurs, lis ce que Jean Marc en pense...(cf le lien que j'ai mis)