Grandissime Massimo

Publié le par cynic63

Après le véritable choc qu' avait été la lecture de l'Immense obscurité de la mort ( Vengeance à l'italienne ), on ne pouvait pas en rester là avec Massimo Carlotto. Ainsi, on avait décidé de se rendre compte au plus vite si on avait eu la main chanceuse en découvrant le roman d'un écrivain qui n'avait pas réussi à produire un autre ouvrage au moins à moitié aussi bien ou si on avait lu ce qui ne constituait qu'un des éléments d'une oeuvre de premier plan. La deuxième hypothèse s'est trouvée confirmée...

Dans Arrivederci Amore, on suit le parcours de Giorgio Pellegrini, militant d'extrême gauche des années de plomb, qui a dû fuir l'Italie suite à un attentat ayant causé la mort d'un veilleur de nuit. Ayant rejoint les guérilleros d'un pays d'Amérique latine, notre homme en a vite assez: il profite donc de circonstances favorables pour fausser compagnie à ses frères d'armes et se réfugie au Costa Rica, pays où il entend bien profiter de la belle vie. Et, en premier lieu, des femmes, du plaisir qu'elles peuvent lui procurer, physique comme matériel. C'est ainsi qu'il se retrouve dans les bras d'Elsa, italienne immigrée et propriétaire d'un hôtel en bord de plage.
L'ex-révolutionnaire, désormais barman et gigolo, se construit en quelques années une nouvelle vie, faite de faux-semblants, de tromperies, de coucheries jusqu'au jour où il est surpris par Elsa dans les bras d'une autre. Qu'à cela ne tienne: chassé par sa "bienfaitrice", Giogio usurpe l'identité d'un client de l'hôtel et s'envole vers Paris, ville qu'il connaît bien et où d'autres réfugiés italiens qu'il a fréquentés se trouvent. Réactivant son ancien réseau de connaissance, le héros du roman a une idée en tête: il veut retourner en Italie mais, avec la condamnation qui pèse sur lui et risquant la perpétuité, il échafaude un plan diabolique bâti autour d'un chantage à la dénonciation si les "camarades" ne trouvent pas une solution pour lui. Au pied du mur, les réfugiés proposent alors un marché à Pellegrini: un camarade déjà emprisonné endossera le crime du veilleur de nuit et, ainsi, Giorgio n'écopera que d'une peine minimale. Se rendant aux autorités italiennes, ce dernier est interrogé par Anedda, un flic violent et cynique, qui lui fait clairement comprendre que personne n'est dupe et quelqu'un a accepté de payer pour lui. Il faudra donc collaborer, balancer quelques noms. Pas de cas de conscience pour Pellegrini qui se moque complètement de trahir, dénoncer, manipuler si cela peut lui garantir confort, tranquillité et possibilité de vivre sereinement une fois sorti de prison.

Sa peine purgée, mais à la recherche d'une réhabilitation qui lui permettrait d'être vraiment un homme neuf, Giorgio se fait embaucher dans une boîte louche de Milan, perçoit un petit pourcentage sur les "services" des filles de l'endroit jusqu'au jour où le patron s'en aperçoit et lui donne une leçon de loyauté... Seulement, notre homme possède une sacrée carte dans son jeu: il sait que son employeur est fortement impliqué dans le trafic de drogue. Il propose donc à Anedda de coincer le tenancier, un autre gros bonnet de la came et, surtout, de garder l'argent pour eux. S'avérant être un véritable ripoux, le flic accepte.
La collaboration entre ces deux beaux salopards ne s'arrêtera pas là: lorsque Giorgio se voit soumettre un coup qui pourrait être celui de sa vie, il fait encore appel au policier peu scrupuleux qui se montre plus qu'intéressé, surtout quand l'ex-révolutionnaire lui précise qu'ils se débarrasseront des complices. Histoire de partager le butin en deux parts uniques....
Carlotto décrit alors l'organisation du casse avec minutie et le piège que les deux associés de fortune tendent à tous ceux qui, de près ou de loin, y sont impliqués. Le tout avec une distance et une froideur qui paralysent le lecteur, spécialement quand les choses commencent à vraiment devenir sanglantes.

De même, l'auteur transalpin se montre à son avantage dans la dernière partie du roman où on suit un Giorgio en quête de respectabilité lors de l'acquisition d'une vieille auberge qu'il veut transformer en restaurant pour notables, conseillé qu'il est par un drôle de juriste, arriviste, opportuniste et peu regardant sur les moyens légaux.
En outre, on comprend avec ces pages que la barrière entre truands et "gens bien" est plus que ténue, que la corruption est une des choses les mieux partagées mais aussi que les actes répréhensibles ne passent pas tous sous les lames de la justice. L'important étant d'être du bon côté de la ligne...En apparence du moins.
De plus, Carlotto ne nous ménage pas dans ce roman excessivement noir: c'est littéralement l'itinéraire d'un enfant pourri qu'il nous invite à suivre; le chemin d'un homme qui ne recule devant rien, qui utilise tout ce qu'il peut, moyens comme individus, sans se soucier des conséquences de ses actes pour les autres.
Un héros bien affreux, qui ne se pose pas de questions "inutiles", qui élimine tous ceux qui pourraient l'empêcher de se racheter (enfin, de la façon qu'il le conçoit), qui se sert de son succès auprès des femmes comme d'une arme tranchante. Un type qui, et on en a rapidement conscience, a toujours été ainsi: amoral.

Pour terminer, la force de l'écriture réside en ce que l'on vit tout ce parcours de l'intérieur; Giorgio étant le narrateur de sa propre histoire. Si Carlotto laisse vivre son personnage, ne le manipule pas, on ne peut pas dire que cela nous fait éprouver de l'empathie pour lui. Au contraire, on le méprise encore plus par cette narration qui, à aucun moment, ne nous prend à partie, n'insiste, ne nous montre avec ostentation que les "méchants sont les méchants".
Magistral.

Arrivederci amore, de Massimo Carlotto, (trad. Laurent Lombard), Métailié, 169 pages

ps: ce roman vient de sortir en poche en Points Roman Noir

Publié dans Noir italien

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alain 15/04/2009 11:07

oui, Marco Videtta..

alain 13/04/2009 15:35

Et bien moi, je n'ai lu que Padana City..

cynic63 15/04/2009 09:33


Celui-là, je ne le connais pas. Serait-ce le dernier roman écrit à quatre mains avec un autre auteur italien????


Marie 10/04/2009 13:19

Même si apriori je ne suis pas très friande de ce genre de roman, j'adore la façon dont tu en parles! Tes critiques/articles sont toujours très agréables à lire!

cynic63 10/04/2009 17:18


Merci beaucoup, c'est gentil....De Carlotto, je te conseille quand même "L'immense obscurité de la mort" et "rien, plus rien au monde" (60 pages de pure bombe). Autrement, "Ténébreuses", si tu
aimes les romans psychologiques, de Karin Alvtegen. J'en parlerai bientôt...