La Veuve de Villa

Publié le par cynic63

Un peu de rire et de jubilation entre quelques papiers plus ou moins déprimants...
En effet, si le sujet et certaines scènes de L'escadron guillotine ne prêtent pas forcément à la franche rigolade, le traitement et le ton que leur réserve Arriaga les inscrivent bien dans l'humour.

Feliciano Velasco y Borbolla de la Fuente, grand bourgeois de la capitale diplômé en droit, au physique plus que quelconque, entend bien profiter, grâce à son génie technique, de la grande Révolution qui secoue le Mexique en ce début de 20ème siècle. Opportuniste, prétentieux, très misanthrope, notre homme se présente devant le grand héros qu'est Pancho Villa, au lendemain de sa victoire de Torreon, avec le but avoué de lui vendre un objet , certes copié sur les Français, mais qu'il a franchement amélioré: une guillotine redoutable, solide et inusable.
Devant le scepticisme du Général et de ses fidèles, Velasco propose donc une petite démonstration de sa machine infernale; le tout avec le concours de prisonniers réels qui auraient préféré finir d'une manière plus logique et naturelle. De douze balles dans la peau.
Suite à ces essais plus que concluants, le grand Pancho se montre séduit, épaté, emballé par la gouaille du bonimenteur et la qualité de son invention. Il décide donc d'adopter ce symbole de la Révolution en marche et de faire de Velasco et de ses deux inénarrables aides bourreaux les membres uniques d'un escadron bien spécial: l'escadron guillotine de Torréon.
Surprise, confusion puis impossibilité de refuser pour Velasco qui, persuadé que Villa n'était qu'un vulgaire barbare doublé d'un crétin congénital, espérait simplement une chose toute bête: vendre sa guillotine, empocher l'argent, en reconstruire d'autres, et ainsi faire fortune grâce à ses talents d'artisan très spécial....Surtout que tout en lui -éducation, convictions, moeurs - penche en faveur de Diaz, le dictateur que la Révolution a renversé. Méprisant cette armée de villistes, en qui il ne voit qu'un ramassis de bons à rien, Velasco va devoir "défendre des idéaux engendrés par la bêtise et contraires à la morale et la vertu". Surtout qu'il sera,désormais, LE bras armé de la justice de ce nouveau Mexique en construction...
Obligé lors d'une des premières scènes du roman d'exécuter un ancien camarade d'enfance qui, évidemment, le reconnaît, Velasco, dans un moment hilarant, réussit à ne pas être pris en défaut et s'acquitte de sa mission avec un brio exemplaire et impressionnant.
On suit alors le "villiste malgré lui" dans son irrésistible ascension jusqu'à ce qu'un "terrible" incident ne le renvoie à des tâches moins nobles, lui, ses assistants et la terrible machine: Aux cuisines afin de procéder à l'abattage des animaux...
Une mise à l'écart vécue comme une pénitence insupportable pour le génial inventeur qui sombre dans une profonde mélancolie jusqu'à ce qu'il tombe amoureux fou de Belem, un genre de pétroleuse révolutionnaire, indépendante, très libérée sexuellement, et qui, non seulement aime les soûleries, mais aussi la baston malgré un physique de déesse. Les histoires d'amour finissant mal, en général, celle-ci n'échappera pas à la règle...
Comme il était, néanmoins, écrit qu'un tel génie de la technique et de la modernité ne pouvant rester incompris trop longtemps, Velasco se voit offrir une nouvelle chance de briller. Chance qu'il ne laissera pas passer: il choisira d'inscrire son nom dans les livres d'Histoire pour que son souvenir se perpétue plutôt que de tenter de fuir afin de faire fortune.

Arriaga a dû s'amuser à écrire ce petit conte cruel, certainement autant que nous à sa lecture. On rit - avouons-le: sans honte! - de toutes ces têtes qui tombent lors de scènes à la limite de l'humour absurde, se déroulant dans une ambiance de joyeux chantier plus ou moins organisé. Une écriture qui ne nous laisse reprendre notre sérieux que pour mieux nous asséner un nouvel épisode grotesque plus hilarant que le précédent. Comme si l'auteur s'amusait à nous surprendre par une surenchère de non-sens, de situations burlesques, de réactions imbéciles de ses personnages (et, en premier lieu, du principal).
Mais avec une ironie, un humour tellement décalé, rédigé dans une langue agréable, fleurie, imagée (appeler un personnage Macedonio Cabeza de Vaca...), vivante, que l'on peut dire qu'avec cet  Escadron guillotine, on tient un petit bijou de roman qui fait du bien.
Ainsi, on sourit aux réflexions de Velasco, aux différents portraits du Centaure du Nord (Pancho Villa) et d'autres personnages historiques mexicains, aux scènes à caractère épique, comme cette charge de Saltillo au cours de laquelle le juriste guillotineur doit prouver sa bravoure alors qu'il n'est qu'un couard prétentieux ou encore comme cet exercice de parade des gardes d'honneur dans leurs uniformes rutilants mais trop grands, aux libertés prises avec l'Histoire, telle cette improbable implication d'Ambrose Bierce.

Enfin, il y a quelque chose qui tend vers le roman picaresque dans le livre d'Arriaga, sauf que le héros étant de rang social supérieur, certaines caractéristiques du genre s'en trouvent bousculées.
Décidément, Arriaga ne respecte rien. Tant mieux pour nous!!!!

L'escadron guillotine de Guillermo Arriaga (trad. François Gaudry), Points Roman Noir,169 pages

Publié dans Noir latinos

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A_girl_from_earth 08/04/2009 21:59

Rire, jubilation... c'est ce qu'il me faut en ce moment! Connaissais pas... je me le note!

cynic63 09/04/2009 07:49


Tu peux y aller sans risque. Si tu aimes les romans jubilatoires, baroques, absurdes, les écritures fluides, ironiques, grinçantes, ce livre est pour toi. Un vrai remède à la morosité: aucune
chance d'en ressortir abattu!!!!


Marie 06/04/2009 21:00

Je prends bien note, d'autant plus qu'il s'agit d'Arriaga!!! =D

Marie 06/04/2009 20:48

Raaah, ça m'énerve les gars qui ont autant de talent! C'est pas justeuuuh! =) Enfin, Arriaga je lui pardonne, j'ai tellement aimé son film que je lui dois bien cela! =)

cynic63 06/04/2009 20:56


Je pense que tu peux lire cet "Escadron"....Ca met vraiment de bonne humeur...


TONTON CRISTOBAL 06/04/2009 18:51

Le 4 avril 2009 14:38, CHRISTOPHE DEL TEDESCO a écrit :

AYE !!!! AYE !!!!! CARAMBA ! QUE FELIZ ESTA ESCADRON ! Vraiment excellent je suis retourné l' espace d' un roman au pays de mon tonton (non pas Cristobal mais James le mexicain ). Il est vrai que j'ai bien pu m' imaginer le zocalo de Mexico devant la cathedrale, mais surtout (je ne sais pas ce que vaut le roman dans sa langue originale ) la traduction est assez plaisante à lire que dis -je à dévorer car trois soirées m'ont suffit pour lire l'escadron guillotine. j 'ai adoré , vraiment, et j' en redemande: si tu as d'autres écrits de cet accabit n'hesites pas. MUCHOS BESOS

cynic63 06/04/2009 18:58


Il y en a d'autres....Le monsieur fait aussi du cinéma...


Jean-Marc Laherrère 02/04/2009 09:23

Il est dans la pile, j'avais beaucoup aimé un doux parfum de mort. Il remonte d'un ou deux crans !

cynic63 02/04/2009 16:35


Rigolade assurée...Ce n'est pas tous les jours qu'on en a l'occasion en ce moment....