I don't like mondays*

Publié le par cynic63

Dan Turèll, écrivain danois célèbre dans son pays (un café branché de Copenhague porte son nom), était un peu un touche-à-tout de génie : poésie, romans noirs, "spoken word" en compagnie de groupes de l'underground danois font partie de ses travaux.
Ce Mortels lundis appartient à une série de 13 romans à caractère policiers mettant en scène un journaliste anonyme, le narrateur en fait, confronté à chaque fois à des crimes assez sanglants ou atroces. Bonne idée de la part des éditions de l'Aube de l'avoir ressorti cette année car on a découvert un auteur excellent et un roman qui l'est tout autant.

Copenhague, un lundi de janvier. Il fait froid et il pleut fortement sur la capitale danoise. Au terme d'une déambulation nocturne, le narrateur, journaliste dont on ne connaîtra jamais le nom, se retrouve dans un quartier qu'il connaissait bien puisqu'il y a grandi: Norrebro.
Interrompu dans ses rêveries par un cri de femme, il se précipite alors dans la direction de ce dernier mais ne peut que constater les dégâts: la jeune fille est morte étranglée. Réussissant à entrer immédiatement en relation avec la police malgré deux types qui entendent plutôt le délester de la modique somme qu'il a sur lui et en dépit d'un téléphone public hors-service (nous sommes en 1983: pas de portable), le héros de Turèll retrouve à cette occasion Ehlers, inspecteur qu'il connaît bien, qui rentre juste d'une intervention dans un squat qui lui a laissé une jolie blessure sur le visage.
Examinant le corps de la victime, flics et narrateur ne retrouvent aucune trace de ce qui permettrait de l'identifier: c'est grâce à des photos de la morte qu'ils y parviendront.
Monica Bonheur, la fille en question, était une jeune fille sans histoire, travaillant pour se payer des cours du soir, vivant chez ses parents en attendant de pouvoir louer un appartement avec son fiancé dont elle était enceinte. Les policiers sont donc sans le début de la moindre piste.
Otzen, le rédacteur en chef de La Dépêche de Copenhague, ancienne employeur du journaliste désormais free lance, compte bien faire exploser les ventes de son canard grâce aux relations liant son ex-employé à la police et à l'affaire proprement dites. Tout est bon pour vendre du papier.
L'émotion du pays devant ce crime horrible, et surtout gratuit, est grande mais de courte durée; l'affaire étant chassée rapidement de la Une par d'autres informations. Jusqu'à un autre lundi soir au cours duquel notre malchanceux plumitif se retrouve nez-à-nez avec une autre jeune fille assassinée, par strangulation, également...
Évidemment, on pense qu'il est question d'un serial killer qui agit dans le quartier. La police décide alors de couvrir les endroits stratégiques des lieux, avec discrétion et efficacité, car la peur s'empare de la capitale.
Manque de chance: le tueur remet ça. Encore un lundi soir....

Outre la description du travail minutieux, ingrat et compliqué de la police dont il rend compte parfaitement (l'épisode de la planque dans la gare est superbe), Turèll réussit à nous tenir dans son roman grâce à une écriture limpide, classique certes, mais au fort pouvoir évocateur. Une écriture simple mais travaillée et non dénuée d'un humour cynique ou sarcastique.
Le narrateur-héros porte sur le monde qui l'entoure - le quartier de son enfance en fait - un regard à la fois nostalgique, désabusé mais aussi pétri de tendresse. Un peu perdu dans sa vie, notamment dans ses rapports compliqués avec Gitte Bristol, une avocate qu'il a mise enceinte, il semble rechercher un peu de stabilité dans ses rapports avec Ehlers et, surtout, nous présente une ville à laquelle il est attaché mais qui est confrontée à des problèmes de plus en plus importants: violence nocturne, trafic en tous genres, règlements de comptes entre bandes organisées, problèmes sociaux de plus en plus visibles. Une ville, comme une société, en crise.
Le roman datant déjà d'il y a plus d'un demi-siècle, il est donc intéressant, à plus d'un titre, de s'y pencher: on voit alors que la course au scoop, lors des passages mettant en scène les journalistes, ne date pas d'aujourd'hui, de même que cette propension qu'ont certains médias à se poser en juges ou à faire monter la pression parmi la population en l'apeurant. A cet égard, le "choix" des victimes par l'auteur est loin d'être un hasard. Elles représentent les modèles, les archétypes de certaines tranches de la société de l'époque.
De même, on est touché par ces descriptions des quartiers populaires, par les portraits de ses habitants, par la monotonie d'un lieu renforcé par la pâle et courte lumière de janvier. Pas franchement euphorique mais terriblement évocateur.

Dans un style hérité des grands anciens, tel Chandler, Turèll a su se démarquer et tracer son propre chemin littéraire. C'est donc un roman et un auteur pétri de références mais surtout originaux qu'on a découverts ici. Une rencontre qui ne sera, à coup sûr, pas la seule et unique.

Mortels lundis de Dan Turèll (trad. Sophie Grimal et Frédéric Gervais), L'Aube, 216 pages

*Référence à un titre des Boomtown Rats, évoquant une jeune fille qui avait commis un massacre...

Publié dans Noir scandinave

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Marie 01/04/2009 18:02

Pour moi aussi! J'ai hâte, plus que 2 nuits pas-dormir! =) A bientôt!

Marie 30/03/2009 14:59

Sans problème! Enfin, pour la lecture, ce ne sera pas possible tout de suite, car étant en filière littéraire, j'ai déjà une très longue liste de bouquins à lire pour les cours!!! Mais je prends note, et je cours à la bibliothèque pendant les vacs! =)

cynic63 01/04/2009 17:28


Bon courage...et bonnes vacances quand elles arriveront. Pour moi, ce sera vendredi...


Marie 29/03/2009 22:22

Intéressant ton blog, j'y découvre des auteurs que je ne connais pas du tout!!!

cynic63 30/03/2009 08:48


Merci...Je te donnerai quelques "conseils" (modestement) prochainement. Mais, déjà, tu peux lire le Carlotto "L'immense obscurité de la mort"...


Ys 29/03/2009 21:34

Merci pour le lien ! C'est "Twin Peaks" ce truc, tous complètement barrés ! Il est très bon Bob, et les autres aussi d'ailleurs ; je ne les ai pas tous reconnus, mais c'est une sacrée galerie ! L'image est un peu pixelisée, dommage. Encore merci !

cynic63 29/03/2009 22:15


De rien...En effet, je ne pense pas qu'il soit possible d'avoir beaucoup mieux au niveau image. Mais, on ne sait jamais...J'avais vu le film au festival du court à Clermont où il avait obtenu le
prix de l'humour. Peut-être que ça sortira en DVD...Content que ça t'ait plu


Ys 28/03/2009 20:20

Ah, j'adore cette chanson ! Je connaissais la version Bob Geldorf et puis Ron Sexsmith l'a reprise, j'aime aussi beaucoup ! (même si elle fait référence à une effroyable tuerie...)

cynic63 29/03/2009 03:48


Alors je te conseille le court-métrage: "I amBob". tu peux le trover sur le net facilement