Boy A

Publié le par cynic63

 

Les amateurs du Noir et ceux, en particulier, qui avait lu l'excellent premier roman de Jonathan Trigell Jeux d'enfants, à propos duquel un papier avait été publié ici (Always the Sun ) attendaient la sortie très annoncée de son adaptation.

Curieux de constater de visu comment le réalisateur s'en était tiré pour rendre l'atmosphère particulière et le style résolument original de l'auteur britannique, c'est avec enthousiasme que je décidai d'aller voir le film. D'autant plus que ce dernier était précédé d'une excellente réputation ainsi que l'attestent les nombreux prix ou récompenses glanés ça et là, en France comme à l'étranger.

John Crowley, le réalisateur irlandais, a respecté l'essentiel de l'oeuvre de Trigell, tant dans l'esprit que dans la forme. En effet, c'est par petites touches, notamment grâce à une habile utilisation des flash-back que la lumière se fait sur ce jeune homme qui arrive à Manchester nanti d'une nouvelle identité ainsi que d'un passé reconstitué de toutes pièces. De ce point de vue, on n'insistera jamais assez sur la fidélité dont le film fait preuve à l'égard du roman.
S'ouvrant sur une scène au parloir de la prison, on découvre Terry, l'éducateur chargé de lesuivre, lors d' un dialogue émouvant avec Boy A, qui n'a pas encore choisi de nom pour sa nouvelle vie.

D'entrée, on est frappé par la manière dont Crowley filme les visages, les expressions qui s'en dégagent et on adhère au choix quant aux acteurs: Peter Mullan, acteur génial, notamment chez Ken Loach, et réalisateur de l'excellent  Magdalene Sisters, incarne un Terry à la fois rude, marqué par la vie et tout entier tourné vers la tâche qui lui incombe. Quant à Jack, puisque c'est ce nom que le jeune homme se choisit, c'est Andew Garfield qui lui prête ses traits fragiles, troublé qu'il est face à l'ampleur de ce qu'il lui reste à acquérir: une identité nouvelle et entière sans que personne ne soupçonne qui il est vraiment.

Car, là aussi, Crowley respecte les angoisses, les doutes, les hésitations liés à ce terrible secret qu'il faut préserver et dont Trigell avait rendu compte dans son roman: Jack doit faire comme si l'enfant criminel qu'il fut était désormais mort et que tous ses efforts devaient se tourner non seulement vers l'avenir mais aussi avaient pour but de le faire devenir réellement, au sens strict, quelqu'un d'autre. Pour cela, le jeune homme va avancer pas à pas, doucement, avec un manque d'assurance certain mais une bonne volonté sans faille. Il se construit donc à travers un emploi, des connaissances amicales ou amoureuses qu'il rencontre sur les lieux de ce même travail.
Le film prend ici le temps, ne force pas le rythme et le réalisateur adopte un langage cinématographique très réaliste et parfois proche de ce qu'on a appelé en France le cinéma-vérité. Evidemment, certains évoqueront, étant donné la nationalité du film, le style de Ken Loach et, si on peut éventuellement penser au cinéaste anglais, il nous semble que la comparaison ne sert pas forcément le film.
Si Crowley délivre un cinéma proche du réel, il ne cherche pas, comme son aîné, à accuser de manière explicite, à dénoncer avec véhémence, ni à pointer du doigt les responsabilités des uns et des autres qui ont décidé que le criminel enfant ne pourrait jamais accéder à la rédemption. Tout cela est plus finement suggéré ou amené et c'est par petites touches que le réalisateur nous dévoile la vérité. Toute la vérité. Sur Jack, son passé d'enfant délaissé, son manque de repères (par exemple, lors d'une scène dans un restaurant avec Terry où il se montre incapable de déchiffrer le menu), sans oublier l'horreur de son crime perpétré avec son camarade Phillip. Toute la vérité également sur Terry tellement dévoué à Jack qu'il en oublie de prendre soin de son fils qui traverse une grave crise. 
Sans pousser plus sur ce point l'analyse du film puisque déjà effectuée à propos du roman, on ne peut cependant pas manquer de souligner l'ironie dont est victime Jack lorsqu'il se retrouve, adulte, à nouveau à la Une des journaux pour avoir, cette fois-ci, sauvé une petite fille lors d'un accident de la circulation. Ironie, en effet, pour un garçon dont le but est de ne pas se faire remarquer, de ne rien montrer qui pourrait l'accuser ou le désigner comme étant celui qui, 12 ans après un crime horrible, mène une vie des plus normales.


Film sur la possibilité de se racheter, Boy A nous interroge sur ce qui peut amener un crime mais aussi sur la difficulté à devenir autre une fois la peine purgée tout comme sur la possibilité de se libérer du poids du passé. De ce point de vue, l'interprétation de Garfield est magistrale, exempte d'un pathos qui l'aurait décrédibilisée et on retiendra un jeu d'acteurs tout en retenue, y compris au niveau des rôles secondaires.

Bref, un film à voir pour se faire une idée d'une adaptation assez réussie. Même si on aurait aimé que certains chapitres du roman soient conservés et d'autres plus poussés, le réalisateur a effectué des choix néanmoins cohérents et justifiables.

Film à voir pour lui-même par sa thématique et le traitement qui lui a été réservé.

Boy A de John Crowley, Grande-Bretagne, 2008, 1 h 40.

PS: A l'occasion de la sortie du film, Jeux d'enfants est paru en édition de poche chez Folio Policier.

Publié dans Ecran noir

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alain 03/03/2009 18:31

Je note le conseil de lecture surtout..

cynic63 03/03/2009 18:49


Le film est tès bien aussi. Mais il est évident qu'il manque des choses par rapport au roman. En 1h40, il faut un peu "tailler". L'esprit est cependant conservé. En bref: ne louper, si possible,
aucun des deux!!!!