Nuit de l'Alligator: Pas calmé???

Publié le par cynic63

Quatrième édition des Nuits de l'Alligator, festival original car se déroulant dans plusieurs villes de France et proposant des affiches des plus intéressantes à l'occasion.
La Coopérative de Mai a accueilli une nouvelle fois la manifestation et, le moins que l'on puisse, c'est que si la soirée fut plus courte que lors de précédentes éditions, elle en a constitué certainement la meilleure depuis sa création.
Arrivé un peu en retard pour la prestation de War on Drugs, je ne me prononcerai pas sur un groupe qui, selon les échos recueillis, n'a pas su faire l'unanimité.
Par contre, quelle ne fut pas la sonique et divine surprise de découvrir les deux autres protagonistes qui s'emparèrent de la scène de la coopé...
Dans le genre duo teigneux, crasseux et hargneux, Les Black Diamond Heavies évoluent dans la catégorie supérieure.
Les deux américains réussissent à faire sonner l'ensemble de leur set comme un véritable prêche sonique et bluesy avec une rare maîtrise. Si le chanteur-claviériste mérite bien son nom de Reverend James leg, le batteur Van Campbell n'est pas en reste et sait apporter plus qu'un soutien aux imprécations lancées par la voix d'outre-tombe de son compère.
Le son du Fender Rhodes rappelle à la fois les Doors mais aussi les accents gospel que l'on peut parfois entendre s'éléver des temples du Sud des Etats-Unis.
Revendiquant un héritage qui va de Robert Johnson au MC5, en passant par Muddy Waters, R.L Burnside ou autres Stooges, Les duettistes ont délivré un set rageur et tribal nous rappelant au passage que payer un tribut aux illustres et grands anciens ne signifiait pas les copier bêtement, sagement et de manière scolaire.
Un fort sentiment de possession s'est alors emparé d'une salle pleine comme un oeuf et qui s'est vite retrouvée unaniment tout acquise à la cause de la musique du Delta dans ce qu'elle peut encore nous fournir de meilleur, dans sa forme heavy du moins. Car, références revendiquées obligent, le son des Black Diamond Heavies lorgne fortement vers la décennie qui a su, en partie en tous cas, se montrer créative en la matière: des amplis à lampe surchauffés, des effets (la wha wha sur le fender rhodes...), des effluves d'orgue hammond. Bref, que du bon.

Au vu des réactions enthousiastes glanées ça et là à l'issue de la prestation des Southerners, on se dit qu'on a assisté à un des shows des plus éprouvants mais aussi des plus revigorants de cette saison...

Pour clôre une soirée qui,déjà, avait atteint des sommets, encore fallait-il que le groupe à qui incombait cette tâche se montre à la hauteur. N'ayant, à l'instar de nombreux autres, aucun doute sur la capacité de Jim Jones Revue à "faire le travail", je fus conforter dans mon impression  dès les premières mesures de la performance de nos cinq sujets de Sa Gracieuse Majesté. Déjà anciens dans le grand cirque rock and rollien par leurs participations à d'excellents combos, les British ont montré professionnalisme et fraîcheur tout au long d'un set très référencé et enthousiaste. Ici, on a retrouvé la rage des fifties mêlée à la furie du garage punk des sixties: Little Richard a rencontré les Sonics, si on peut se permettre une image réductrice. Le jeu de piano très boogie-woogie, les guitares incisives et efficaces, la voix criarde mais toujours juste constituent un peu la marque de fabrique de ce quintet qui a récemment eu l'honneur du live de la semaine de Canal Plus. Accents gospel, encore une fois, mais vitesse supérieure en terme de tempo pour les Anglais qui n'ont jamais faibli au cours de leur prestation.
Même impression de "faire du neuf avec du vieux", de ne pas réciter stupidement des gammes nécessaires mais pas suffisantes pour s'imposer comme un groupe qui compte, les membres de The Jim Jones Revue font partie de ceux qui ont compris l'essence du rock and roll. Le public, de 16 à 60 ans (ça fait plaisir), en reprenait encore une bonne dans la face mais n'entendait pas qu'on le laisse respirer en en redemandant toujours et encore.
Pas prétentieux pour deux sous, les Britanniques se prêtaient gentiment et de bonne grâce à des discussions d'après-concert en compagnie de ceux qui bien inspirés avaient assisté à l'événement de l'année.
Jusqu'au prochain. A moins que la barre n'ait été placée trop haut ce 21 février au soir...

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Patrick Foulhoux 24/02/2009 15:25

Note combien que je n'ai lâché aucun nom quant au sourire benêt.
Effectivement, j'ai bien eu quelques réticences (sus-citées… en tout bien tout honneur cela dit) quant à la prestation de Jim Jones Revue surtout après la branlée que venaient de nous administrer les coquins de Black Diamond Heavies, mais qu'importe (de grange avec la chouette clouée dessus), l'essentiel fût qu'on dérouillât, et pour dérouiller, on a dérouillé.
Ça nous a, à tous, fait sun bien fou, c'était grandiose. Il y a longtemps que je n'avais pas vu ça. Depuis Penthouse peut-être. Des Rosbifs salement teigneux ! C'est d'eux dont au sujet duquel je te parlais l'aut' fois. Je te ferais écouter quand tu repasses à la maison. Ça te mettra la quéquette tout dur à toi aussi.
Quelle bonne régalade. J'espère qu'on va pas attendre dix ans pour avoir la même…

Patrick Foulhoux 24/02/2009 14:58

Quand tu parles d'une "salle pleine comme un œuf", j'aurais tendance à renchérir en prétendant qu'il n'y avait pas que la salle, mais bon, ce serait de la médisance…
Hein Christophe ?
Même si je suis à 200 % d'accord avec ton compte-rendu, j'apporterais quelques nuances par souci d'objectivité.
Le premier album des Black Diamond Heavies était bien, le second est un des 10 meilleurs albums de 2008 et les gaillards l'ont largement démontré ! Leur set était juste ENORME !
Quant à Jim Jones Revue, on a tellement peu l'habitude de voir de vrais concerts de rock à Clermont, alias "la Liverpool française" (là, tout le monde est plié en deux…), que quand on en voit un, on perd la raison et c'est ce qui nous est arrivé samedi soir. On a pris un ouragan en pleine gueule ; on aura besoin de longs mois pour nous en remettre. Vraisemblablement jusqu'à leur prochaine venue. Même si de nombreux grincheux (j'ai des noms) faisaient la moue et ils n'avaient pas complètement tort et je vais expliquer pourquoi bande de galapiats, le concert des Jim Jones Revue était cataclysmique, voire ébouriffant…
Hein Christophe ?
Chez Jim Jones Revue, c'est le piano à la Little Richard qui porte tout et là, il était en retrait. Vilain sonorisateur. Le son de basse n'était pas adapté à ce genre de musique. Trop "moderne". Et surtout et c'est ce que beaucoup ont reproché au concert, le Jim Jones balance des "yeah yeah yeah" toutes les 10 secondes et ça en devient vite lassant. J'ai même entendu des esprits chagrin (genre des disquaires moulinois ronchons ce soir-là mais je nommerai personne) se plaindre du son brouillon… Et j'en passe.
Mais qu'importe, on a tellement peu l'habitude de voir un vrai concert de rock à Clermont-Ferrand, "la Liverpool française" (lol, mdr, ptdr) que quand il y en a un, on déguste, on en prend plein les feuilles et on affiche un sourire benêt comme un gars à catogan, santiags et veste noire de nos connaissances, un gars qui a vu de très près que la salle était pleine…
Hein Christophe ?

cynic63 24/02/2009 15:14


Vilain petit cafteur...Je ne vois pas à qui tu fais allusion à la fin de ton commentaire mais "sourire benêt", t'es gonflé...Quant à ceux qui sont dubitatifs et ben tant pis...C'est un peu le sport
local depuis quelques temps, souvent chez les expats bourbonnais en plus. Pas de réserve sur Jim Jones: les "yeah yeah", ça fait partie du trip fifties et on ne peut reprocher à la fois d'être
"trop moderne" et "trop classique". Remarque des réserves, j'en ai entendues des tonnes depuis la coopé: sur les White Stripes, sur les Zen Guerilla, sur les Gluecifer,etc...Et je pense que toi
aussi d'ailleurs. Il y a toujours des esprits chagrins...