Lewis ou la mise en bière

Publié le par cynic63

Robert Lewis est un jeune auteur gallois qui, à moins de 30 ans, nous livre un second roman choc. Après Un dernier train pour Llanelly, on retrouve son héros Robin Llewellyn dans ce Swansea Terminal, titre à double sens s'il en est.

L'auteur ainsi que certains critiques citant volontiers Ellroy et même Beckett comme influences, on se dit que l'ensemble ne peut être entièrement mauvais.

Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'on a affaire à un personnage qui serait un peu le fruit d'une liaison inavouable entre Bukowski et Chandler: Détective privé et sans domicile, porté sur la bouteille et excessivement trash, forte tête mais se laissant tabasser et humilier sans ciller, Robin Llewellyn est bien plus négatif que Jack Taylor, son cousin celte créé par Ken Bruen. Comparaison n'est pas raison, certes, mais ceux qui connaissent le détective de Galway doivent déjà s'imaginer le pire....Et à juste titre.

Notre privé SDF n'a qu'une idée en tête: trouver les moyens, financier et pratique, de s'enfoncer dans un voyage au bout de l'alcool. De retour à Swansea après des années d'errance dans d'autres lieux du Royaume-Uni, accompagné par Scotty, un jeune junky écossais, il passe ses nuits sur les plages du port gallois, le plus souvent complètement défoncé à l'alcool. On visite avec lui les différents pubs de la ville et on découvre, au cours de pages qui, si elle ne manque pas de talent ont parfois tendance à en rajouter, que notre homme fait preuve d'un professionnalisme bien plus affirmé quand il s'agit de s'alcooliser que lorsqu'il se voit confier une « mission ».

Persuadé qu'il lui serait facile d'exploiter la naïveté de son improbable cliente Rebecca Blethyn, femme obèse, prenant ses rêves pour la réalité, et ayant eu la très mauvaise idée de l'embaucher pour retrouver son "fiancé",  Llewellyn fait, une nouvelle fois dans sa vie, fausse route. La très corpulente Rebecca a deux frères des moins recommandables, Tomos et James, qui frayent avec la petite mafia locale et paraissent bien influents dans le milieu. Notre « héros » en sera donc quitte: il devra rendre l'argent extorquée à l'amoureuse éconduite et accepter de travailler pour les frères Rapetou gallois.

Exploité jusqu'à l'humiliation par James qui lui impose de dormir à même le sol d'un entrepôt sordide afin de garder le stock, bien évidemment hors taxe, de son lucratif business ou méthodiquement tabassé par Tomos ou un des sbires de la fratrie, Robin, alors que bien peu dans le roman ne pouvait le laisser entrevoir, rumine sa revanche...Il faut dire qu'il n'a pas grand chose à perdre car le crabe le dévore.

C'est effectivement là que ce Swansea Terminal reprend un souffle, contrairement à Robin le perdant au sens strict, qui s'était délité au fil de trop longs passages bien souvent superflus.

Le looser réagit et se montre un peu plus à son avantage; tâche aisée tant on avait affaire à un clochard qui n'avait rien de céleste. Tout comme les autres personnages qui ont tout des "petits malfrats" ou des "petites frappes minables" car le roman nous paraît aussi, dans sa grande majorité, très second degré.

L'ouvrage est construit en plusieurs grandes parties, quatre au total, et je dois avouer que rarement un tel découpage ne m'a paru aussi justifié. En effet, si on comprend aisément les raisons narratives qui l'expliquent, on saisit, également, qu'il correspond à des changements de rythme dans l'écriture.

Plutôt dubitatif en ce qui concerne les deux premières parties, j'ai ressenti un net regain d'intérêt à la lecture des dernières. L'ensemble est plus enlevé et, si le noir ne pâlit pas, on se sent moins abasourdi par tant de déchéance suicidaire.

Si ce roman vaut la peine qu'on s'y accroche, si le héros fait preuve, mais à de trop rares occasions, d'humanité, lors de très belles pages il est vrai, à l'égard de Scotty ou d'un jeune homme dont on apprendra qu'il est son fils, si certaines descriptions du port de Swansea autrefois florissant mais réduit à une presque friche industrielle revêtent un très grand intérêt, si les pages sur l'état du système de santé britannique nous font frémir, il faut quand même faire preuve d'une très grande patience et passer outre certains délayages qu'on a jugés trop abondants. Un talent dont on attend un peu plus d'efficacité dans l'écriture, pour faire court.

Robert Lewis est jeune et on espère vraiment que ces défauts, selon nous, disparaîtront avec le temps et qu'on prendra un peu plus de plaisir à replonger dans la prose d'un auteur à qui, pour l'instant en tous cas, on accordera le bénéfice du doute.

 

Swansea terminal de Robert Lewis (trad. de Patricia Barbe-Girault), L'esprit des péninsules,382 pages

ps: avec le recul, je réalise que j'ai un peu chargé...Les dernières 100 pages sont EXCELLENTES mais il faut quand même ramer un peu pour y arriver...

Publié dans défi 5 continents

Commenter cet article

jeanjean 13/02/2009 15:59

entre Bukowski & Chandler, déjà ça me parle ! ;-)
ton billet est plutôt mitigé, mais j'ferai un p'tit détour, rien que pour ça ! @+

cynic63 13/02/2009 16:05


comme je te disais; rien que pour les 100 dernières pages, ça vaut le coup de s'accrocher. Mais, c'est vrai que j'ai surtout orienté le billet sur le début. Peut-être que je trouve qu'il s'est
embringué dans un truc long dans la première partie. En gros: j'ai eu l'impression que ça tournait un peu en rond et que Lewis, avec le talent qu'il a, devrait pouvoir faire beaucoup mieux.