Brèves de courts (2)

Publié le par cynic63

Deux films marquants selon moi et qu'on retrouvera très certainement dans le palmarès

Vi der blev tilbage  (Nous qui sommes restés) du danois  Martin de Thurah (durée 25 min) est certainement l'un des films les plus accomplis de cette année. Dans une petite ville danoise, les adultes sont tous, les uns après les autres, victimes d'un mal incompréhensible: la peur et l'angoisse ont pris l'ascendant sur eux, ce qui a  pour conséquence de leur faire quitter leurs domiciles respectifs sans que nul ne sache pour où exactement. Bizarrement, seuls les enfants semblent préservés de cette maladie étrange. Adam et quelques uns de ses camarades essaient, tant bien que mal, de s'organiser, de continuer à vivre sans leurs parents. Aidés par leur instituteur, les enfants font de leur mieux jusqu'au jour où celui-ci se trouve aussi victime de l'épidémie et rejoint à son tour la forêt. Abandonnés, les jeunes vont continuer à s'accrocher, à tenir, à refuser de céder à la peur. Malheureusement, Ida, une amie proche d'Adam, va se retrouver également atteinte. Malgré la réticence de certains de ses camarades, Adam fera tout pour ramener Ida parmi eux. Film résolument optimiste par sa chute, Vi der blev tilbage touche par son esthétisme raffiné dénué de toute préciosité: on relevera, par exemple, l'excellent travail sur les lumières qui virent au gris au fur et à mesure que le mal s'étend. A noter les excellentes compositions des enfants, avec une mention spéciale pour la très jeune actrice qui interprète Ida. Un très beau film auquel on pourrait peut-être reprocher une certaine forme d'angélisme. Mais, vraiment, c'est histoire de dire un peu de mal...

Autre grand moment venu de Scandinavie,mais cette fois de Suède, le SENSATIONNEL Majken d' Andrea Östlund (durée 28 min) qui met en scène ce que l'on appelle des "panthères grises".

Dolly, agacée par les emballages plastique d'un magasin bio contacte le service client de ce dernier. Elle entame alors un dialogue avec Majken qui, étrangement, partage non seulement son opinion mais, en plus, met ses actes en conformité avec ses idées. Au cours d'échanges téléphoniques de plus en plus fréquents entre les deux femmes, on apprend que Majken a décidé de se "venger" (terme employée par celle-ci) d'un système qui leur a fait mal. Dolly se trouve alors entraînée dans des actions de "prélévements" dans de grands magasins à l'occasion desquelles on découvre qu'on a affaire à un véritable commando de plusieurs grands-mères en colère. On a beaucoup ri lors d'une fabuleuse action de ces "mamies activistes " au cours de laquelle elles nous donnent un petit cours accéléré de vol à l'étalage en toute tranquillité. Les dialogues sont à la fois intelligents et percutants. Et si, comme signalé plus haut, l'ensemble ne manque pas d'humour, on est ressorti littéralement glacé par ce film tant son dénouement est bouleversant. Là encore, on ne peut pourtant pas accuser le réalisateur d'avoir forcé ses effets. Bien au contraire. Si östlund filme souvent le visage marqué par les années de Dolly, ce n'est que pour faire ressortir des émotions réelles et, on serait tenté de dire, empreintes de toute leur profondeur, de toute leur humanité usée par des années de labeur. C'est fin, pertinent, filmé au rythme qui s'impose. Ce film a tous les atouts pour remporter, selon moi, la "palme d'or" clermontoise, à savoir le Grand Prix du Jury: un sujet, ou plutôt des sujets (la révolte des "séniors", leur place dans la société, la lutte contre le consumérisme,...), des acteurs, un texte, un langage cinématographique bien affirmé.

Je m'arrête là car je viens de voir ce film ce soir et il faut savoir savourer son plaisir et digérer une oeuvre qui mérite qu'on s'y arrête...

Publié dans Ecran noir

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