The beast in me

Publié le par cynic63

Johnny Cash est une véritable icône aux Etats-Unis qui a, sur le tard il est vrai, fait l'unanimité (ou presque) lorsque son audience a dépassé largement les rangs des amateurs de country et que le producteur Rick Rubin l'a fait signer sur son label pour des albums aujourd'hui considérés comme des chefs d'oeuvre; Cash y effectue quelques relectures de titres pourtant aux antipodes de son style lors de leur création. A tomber...
Le succès de Walk the line, film biographique qui lui fut consacré avec Joaquin Phoenix dans le rôle, fut l'occasion pour le grand public européen de découvrir ce Géant.

Intéressante façon de se pencher sur la vie de cette légende étatsunienne que la lecture d'une BD.

Quand on aura dit que l'objet a été réalisé par un Allemand, on  comprendra qu'on a des chances d'être loin de l'hagiographie béate et terriblement chauvine.

Découpé en trois grands chapitres, l'ouvrage reprend minutieusement la biographie de l'artiste de manière linéaire: On y évoque dans l'ordre ses origines modestes, son enfance paysanne dans un Sud victime de la Grande Dépression, le drame de la perte de son frère mais aussi ses premières tentatives sur la scène musicale, son succès grandissant. Rien n'est passé sous silence, surtout l'addiction destructrice de Cash aux amphétamines , l'implosion de son premier mariage, ses "aventures" avec la justice tout comme la rencontre avec June Carter qui deviendra plus tard sa muse, sa femme, son sauveur....
Car "The man in black" a eu une vie et possèdait un caractère bien éloignés des clichés habituels qui collent aux "countrymen". Il était plus proche des rockers, et ce dès ses débuts chez Sun Records en compagnie d'Elvis, de Jerry Lee Lewis ou de Carl Perkins, que des pensionnaires du Grand Ole Opry (véritable temple de la musique traditionnelle blanche des Etats-Unis). A cet égard, son passage dans cette vénérable institution fut bien plus rock and roll que prévu puisque le musicien explosa littéralement des projecteurs l'aveuglant un peu trop à son goût.
Si Cash adoptait des attitudes typiques des "white trash", ces petits blancs miséreux du Sud des U.S  bien souvent passablement réacs, il était aussi capable d'exprimer clairement et fortement des opinions pas toujours très bien perçues dans son pays comme, par exemple, son soutien aux minorités.
Personnalité torturée mais aussi joyeux glandeur à ses heures, l'Homme en Noir représente, à plus d'un titre, tout ce que l'Amérique peut produire de contradictions: l'ouverture d'esprit comme le nombrilisme, les comportements sympathiques comme les attitudes détestables.

Mais, revenons-en à l'ouvrage lui-même et à sa forme.
Le mode de narration choisi par Kleist est relativement astucieux car c'est Glen Sherley, détenu à Folsom et fan de Cash, qui prend celle-ci en charge. Cela explique que le dernier chapitre soit consacré à ce fameux concert de 1968 et que l'on passe directement aux enregistrements avec Rubin 25 ans plus tard.Ce parti pris trouve à nos yeux une justification réelle: on laisse Cash à un moment essentiel de sa carrière et de sa vie pour le retrouver en train de rédiger sa dernière contribution à la musique américaine - les albums évoqués plus haut.
Date clé, s'il en est une, ce concert de janvier 1968 devant une foule de prisonniers ne le fut pas simplement pour Johnny mais également pour Sherley qui lui avait fait parvenir une chanson que celui-ci interprétera pour clore sa performance.
Le noir et blanc ainsi que la ligne sèche de Kleist sied bien à l'histoire, à l'ambiance et au propos. Le dessinateur allemand a eu, en outre, l'excellente idée de représenter quelques uns des titres emblématiques de l'homme en noir; façon de lire et de voir « A boy named Sue »ou « Folsom prison Blues » bien à propos ici.

Une très agréable galerie -représentations pleine page de l'artiste- conclut de belle manière un ouvrage qui aurait pu, certes, être encore plus radical dans sa façon d'aborder le personnage mais qui semble, à nos yeux, avoir su en saisir la quintessence: "La Bête en Lui", comme il le chantait à la fin de sa vie.

Johnny Cash: Une vie (1932- 2003) de Reinhard Kleist (trad. Fabrice Ricker), Dargaud, 205 pages

ps: Jetez vraiment une oreille sur Cash... C'est loin d'être de la musique pour bushiste attardé.

 

 

Publié dans rock and roll

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Patrick Foulhoux 26/01/2009 08:26

Je rejoins Christophe, toute la série des "American" sont des sacrés fichus albums, des classiques rock.

alain 25/01/2009 21:40

Pas écouté depuis longtemps mais j'adore la voix, la musique..

cynic63 25/01/2009 21:46


Alors un petit conseil: écoute les derniers albums (tous nommés "American" I, II, III et IV). C'est à tomber....C'est chez American recordings (je crois) et produit par Rick Rubin. C'est le
testament musical de Cash