Number 6 has gone...

Publié le par cynic63

 

Le décès de Patrick Mac Goohan nous amène à nous replonger dans The Prisoner, magnifique série télévisée des années 60, dans laquelle l'acteur s'était personnellement investi, y compris dans l'écriture.
Réputé acteur difficile, Mac Goohan avait atteint la notoriété en Grande Bretagne grâce à une interprétation, jugée magistrale à l'époque, du Brand d'Ibsen.

Le grand Orson Welles ne s'y trompe pas: il l'engage pour tenir un rôle dans son Moby Dick.

Jeune trentenaire, Mac Goohan se voit par la suite confier le rôle de John Drake dans une série d'espionnage classique mais de bonne facture, Danger Man (Destination danger en français).

Représentative de la qualité de la production télévisuelle de la Grande Bretagne des sixties dans la forme mais aussi typique du climat « Guerre Froide » de cette même période, la série va assurer une reconnaissance internationale à l'acteur d'origine irlandaise.

Ce dernier, homme entier et peu enclin aux concessions, impose ses conditions dans les contrats qu'il signe: pas de scènes trop sensuelles ou trop osées, pas d'arme à feu (du moins dans les premiers épisodes de Danger Man).

Bref: Mac Goohan fait ce qu'il veut comme il l'entend. Un caractère quoi...


Fatigué de son rôle d'espion de Sa Majesté, Mac Goohan va alors se lancer dans son « grand oeuvre » en 1967: The Prisoner.

Le générique de chacun des 17 épisodes nous montre un John Drake qui débarque dans le bureau de son chef pour lui flanquer sa démission, repartir au volant de sa Lotus, rentrer chez lui pour faire ses bagages et se faire au sens strict enfumer puis se réveiller au Village, lieu où il a été transporté inconscient.

Que veut-on de lui? Qu'attend-on de l'ex-espion?

Les fameuses voix-off de la fin du générique inscrivent déjà la série dans le mystère puisqu'on y évoque, pêle-mêle, le « numéro 1 », les informations qu'on attend que Drake, désormais désigné par « Numéro 6 », livre.
Et puis, bien sûr, le fameux cri appelé à devenir l'emblême de la série: « I'm not a number, I am a free man! ».

En pleine époque psychédélique et de prospérité économique, la série n'oublie pas de lorgner du côté des thèmes de la liberté, de la conscience humaine révoltée face à la pression d'une société résolument répressive malgré ses aspects démocratiques (on se souvient, entre autres, de l'épisode au cours duquel un simulacre d'élection est organisé pour désigner le nouveau "numéro 2"), d'un monde envahi par la publicité qui détruit toute velléité de libre choix, de l'artificialité des rapports humains et sociaux.

Pour ceux qui l'auraient vu trop jeunes, rappelez-vous l'angoisse lors des scènes où la fameuse bulle géante en forme de baudruche se lance à la poursuite de tous ceux – Numéro 6 en premier lieu- qui tentent de s'enfuir du Village.

Tout au long des épisodes de la série, Numéro 6 fera tout, en vain, pour échapper à sa "prison dorée".
Série bien trop complexe et subversive pour une diffusion large et massive, The Prisoner deviendra, à juste titre, une série culte au sens strict c'est-à-dire sujette à de nombreuses interprétations, polémiques ou analyses malgré un succès public très limité.

Le dernier épisode, attendu comme la résolution de l'intrigue, en déstabilisera plus d'un par sa véritable non-fin ou plutôt par les multiples sens lui ayant été attribué: Drake ne parvient pas à identifier, à la suite d'un combat épique, le Numéro 1 ou ,plus exactement, il voit son propre visage sous le masque arraché de celui-ci. Allégorie pure ? Volonté de troubler le spectateur?

Les réponses diverses sont légion et on ne saurait trop se montrer affirmatif.

Quoi qu'il en soit, on est enclin à penser que cette chute nous montre simplement que l'on est soi-même son propre prisonnier et qu'il n'est, de par ce fait, pas véritablement aisé de recouvrer la liberté.

On ajoutera que de nombreux travaux ont été consacrés à la série, y compris de type universitaire.

Suite à l'aventure du Prisonnier, Mac Goohan quittera l'Europe et s'installera à Los Angeles avec sa famille (Mac Goohan est resté marié 50 ans à la même femme). On se souvient, entre autres,  d'une très bonne composition de sa part dans un des fameux Columbo des 70's.

Travailleur et acteur exigeant, personnalité forte, Mac Goohan fait partie de ces comédiens qui, délibérément, ne pouvait pas devenir une « star » au sens « strass et paillettes » du terme. Mais simplement un artiste sûr de ses choix et éminemment attachant pour cela...



NB: On ne peut que vous conseiller de visionner à nouveau cette très belle série, réédité en DVD, car il s'agit véritablement d'un chef d'oeuvre

 

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sentinelle 18/05/2009 09:59

Et que dire du village ! Portmeirion, situé au nord ouest du Pays de Galles, fut créé par Sir Clough Williams-Ellis, un doux rêveur excentrique qui avait assez d'argent pour construire son rêve. Un personnage à part entière ce village :)

cynic63 18/05/2009 10:58


Je sais, je n'ai pas parlé mais il est vrai que Mac Goohan avait flashé pour ce "décor"...