No Fun...

Publié le par cynic63

La fin de 2008 et le début de 2009 ont été marqués par de nombreux décès.
Au rayon des romanciers, Crumley, Chesbro et Westlake ont levé les bottes. Des écrivains majeurs qui auront marqué le genre. Les hommages ayant été nombreux, je n'y reviendrai pas.

Chez les rockers, Ron Asheton s'en est allé. Discrètement.
Un type pétri de paradoxes, de contradictions mais un guitariste qui aura marqué, ne serait-ce qu'avec les albums des Stooges, de son empreinte le rock and roll.
Natif du Michigan, Ron et son frère Scott intègrent très jeunes le milieu du garage local. Plus enclin à se défoncer et à faire de nouvelles expériences qu'à assister aux cours, notre bonhomme effectue une sorte de voyage initiatique en compagnie du bassiste de son premier groupe, Dave Alexander. Direction: le swinging london du milieu des années soixante.
Là, c'est le choc: Ron voit les Who sur scène et, surtout, se retrouve totalement scotché par la terrible présence scénique d'un Pete Townshend également tout jeune mais terriblement mature dans son jeu de guitare. Même plus de quarante ans après, on comprend le sens profond des paroles de Ron qui déclara: "c'est là que j'ai compris ce que je voulais faire, coûte que coûte". Parce que, il faut bien l'avouer, les Who des mid-sixties, c'étaient un peu les vrais vilains du rock -peut-être même bien plus vilains que les déjà bien allumés Rolling Stones- sapés comme des nababs mods. Si on ajoute que les fins de concerts prenaient l'allure d'une destruction massive des instruments, on s'imagine la gueule d'Asheton...
De retour dans le Michigan, Asheton peaufine son style, son jeu. La rencontre avec Iggy Pop sera déterminante.
L'Iguane, alors batteur juvénile de 18 ans, ne s'y trompe pas: ce type étrange a bien quelque chose...
Il faudra cependant attendre un peu mais lorsque Pop veut monter un autre projet, il pense tout de suite aux frères Asheton et à Alexander: Les Stooges naissent et on est en 1967.
Premier disque mis en boîte en quelques jours de studio, quasiment composé et joué dans la foulée et pourtant que des tubes ou presque. On ouvre avec "1969", on poursuit avec "I wanna be your dog". Rien que pour ces deux titres, on se damnerait... Et que dire du "No fun" qui ouvre la deuxième face?
1970: L'ALBUM des Stooges sort. C'est bien sûr Fun House. Que dire qui n'ait jamais été écrit sur le disque qui annonce le punk sept ans auparavant, le grunge avec vingt ans d'avance? Rien. Plutôt si: que ceux qui ne possèdent pas ce disque fondamental ne viennent jamais me dire que ce sont des amoureux du rock bien musclé, voire du rock "tout court" ou alors, je ne leur parle plus jamais....
Musicalement, on retrouve les marques du style d'Asheton dans cet album: les sons de guitare distordus, les riffs ravageurs et hypnotiques mais aussi, essentiellement sur la face b, les plans de sax' limite "free jazz". Car, en effet, s'il était un vrai rocker, au sens de "sale type", Ron aimait par dessus tout les musiques qui expérimentaient. Paradoxal, peut-être, pour un type limité techniquement. Pas si sûr car, tout compte fait, les vrais amateurs de rock savent bien que la technique instrumentale n'est que secondaire et que l'essentiel c'est l'esprit ou le "mojo" comme disent les vieux bluesmen du delta.

Si on peut être plus qu'agacé par la fascination malsaine d'Asheton pour le decorum nazi (il n'hésitait pas à apparaître en uniforme SS sur scène dans les 70's), si on adhère de tout coeur à la radicalité politique de leurs contemporains du MC5, si on est plus enclin à vénérer les New York Dolls et leur pose délirante, on ne peut que reconnaître l'immense influence des Stooges des débuts sur des générations de groupes et accepter avec bonheur et plaisir leur héritage incommensurable.
On ne reviendra pas ici sur les périodes post-stoogiennes d'Asheton (malgré quelques remarquables traces scéniques ou vinyliques), ni sur la responsabilité d'Iggy dans l'éviction des "membres historiques" de"son" groupe (on ne règle pas de comptes aujourd'hui), pas plus que sur cet ultime album de 2007 avec ces mêmes Stooges (fruit très dispensable de la reformation du gang d'Ann Harbor, MI).
On se contentera juste de vous conseiller d'écouter à nouveau les deux premiers albums et de vous assurer que vous y prendrez un pied immense.
Rien que pour ça, on salue bien bas la mémoire de Ron Asheton...

Publié dans rock and roll

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Patrick Foulhoux 14/01/2009 20:00

Bravo pour l'épitaphe sur le père Asheton. J'en savais même pas tant.
"Fun House" est mon album préféré du monde de toute la terre dans la galaxie. Rien à rajouter en ce qui le concerne. Tu as tout dit.
Hasta la vista, baby !