Always the Sun

Publié le par cynic63

 

Jonathan Trigell est un nouveau venu. Et, pour un premier roman, on ne peut pas dire qu'il ait choisi la facilité.

S'inspirant d'un fait divers horrible qui a littéralement traumatisé le pays de Sa Gracieuse Majesté, il a composé un roman noir, au sens le plus strict du terme.
Les faits: Deux gamins de neuf ans ont sauvagement assassiné une fillette. Dès lors, ils perdent leur statut d'enfant et deviennent les objets des haines de toute une nation traumatisée, les tabloïds n'hésitant pas à alimenter celles-ci. L'élégant Sun, à côté duquel les pires de nos torchons quotidiens font figure de presse intellectuelle, ne reculera devant aucun appel au lynchage à travers ses gros titres.
Quinze ans plus tard, un jeune homme de 24 ans, prénommé Jack, arrive à Manchester. Il a tout à reconstruire. Ou plutôt à construire puisqu'il n'a connu que l'enfermement depuis le jour où, enfant, il était devenu un criminel rejeté par tous, parents compris. Soutenu par Terry, le travailleur social qui l'a suivi pendant ses longues années de réclusion, Jack va tenter de vivre comme tout le monde, de donner corps à ce personnage qu'on a créé pour lui. Un travail, des copains, une petite amie font partie de sa nouvelle vie.

Cependant, Jack est hanté par des idées fixes: il fait tout pour passer inaperçu, s'inquiète d'être percé à jour et analyse le moindre de ses propres gestes ou mots, de peur qu'ils ne le trahissent. On suit alors son parcours de jeune homme, un peu comme dans un roman d'apprentissage, tout comme on apprend petit à petit, à travers d'habiles flash back, qui il était enfant et, surtout, le crime horrible qu'il a perpétré avec son acolyte.

Dans un style impeccable et déjà affirmé, l'auteur nous amène à nous interroger, également, sur nos capacités à pardonner. Même le pire.

Mais il n'en reste pas là, ce qui somme toute aurait déjà été beaucoup. Les personnages secondaires sont loin d'être négligés.
On appréciera, particulièrement, les chapitres consacrés à Terry, homme tout dévoué à Jack et qui, par une conscience professionnelle démesurée, ira jusqu'à sacrifier sa vie personnelle à la « cause » de celui-ci.

A travers 26 chapitres puissants (un par lettre de l'alphabet), Trigell, se gardant de toute complaisance envers son "héros", nous livre ici un roman de haut niveau où se mêlent les réflexions sur la culpabilité, les questions sur la possibilité pour l'individu de s'amender, de se réinventer, de recommencer, de se retrouver à nouveau parmi les Hommes. En un mot, de vivre après avoir commis la pire des abjections.

Ce magnifique livre, exigeant car terrible par les faits qu'il évoque, mérite une attention qui dépasse celle des habitués du Noir. Une attention de la part de ceux qui aiment les grands et vrais romans qui parlent de l'Humain. De sa lumière comme de ses ténèbres
Jeux d'enfants, de Jonathan Trigell (trad. Isabelle Maillet), Série Noire, 313 pages

Publié dans Noir britannique

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