Indridason refait surface

Publié le par cynic63

Suite à un tremblement de terre, le lac de Kleifarvatn se vide peu à peu. Une hydrologue, chargée de mesurer le niveau des eaux, découvre un squelette lesté d'un émetteur soviétique au fond de celui-ci.

Erlendur et son équipe sont chargés d'identifier le mystérieux inconnu. Avec minutie et patience, les policiers vont tenter de percer le secret de celui qui gît au fond du lac....

Leurs investigations les mèneront loin dans le passé, dans une époque révolue mais encore terriblement présente dans la mémoire de certains protagonistes...

 

Erlendur, toujours habité par son obsession pour les disparitions, continue à se chercher autant qu'il essaie d'élucider avec opiniâtreté le mystère. Les lecteurs, habitués du commissaire, le retrouveront cependant moins négatif (mais est-ce si sûr?) que précédemment; les autres découvriront un "héros" humain, pétri de contradictions et parfois incapable de dire, tout simplement, qu'il aime.

Encore une fois, Indridason nous entraîne dans une intrigue où se mêlent présent et passé, contexte historique et social, sentiments passionnés et   exacerbés.

Par une habile narration, on replonge dans la RDA des années 50, en plein début de la Guerre Froide, au milieu d'un groupe d'étudiants islandais idéalistes pour qui le "socialisme réel" signifiait quelque chose.

Mêlant les points de vue narratifs,  l'auteur alterne entre le passé plus ou moins lointain et le présent d'une Islande moderne, pleine d'ambiguïtés, au bord de l'implosion ( l'actualité nous l'a rappelé dernièrement...), à l'image des sociétés libérales occidentales.

Si l'intrigue et son "background" historique ne sont pas sans intérêt, l'essentiel ne réside pas là. Un peu comme d'habitude chez Indridason, serait-on tenté de dire.

On est, tout à la fois, touché par une ancienne histoire d'amour sur fond de stalinisme et révolté par la violence de cette aberration de l'Histoire qui s'est évertuée à broyer les hommes. De même que l'on éprouve une sincère empathie pour cette vieille femme abusée il y a bien longtemps par celui qu'elle aimait et qui ne peut se résoudre à regarder la vérité en face.

C'est aussi cela qui est récurrent chez Indridason: cette fragilité de l'être qui ne saurait sacrifier ses illusions de peur de découvrir une réalité trop repoussante et insupportable.

Le style est toujours aussi limpide et précis chez Indridason. On est conquis par la concision littéraire d'un auteur qui ne répugne pas, quand cela s'avère nécessaire, à quelques développements descriptifs.

Peut-être le meilleur Indridason à ce jour...

Conseil: lisez la série dans l'ordre car les personnages récurrents se construisent tout au long de celle-ci

L'homme du lac, Arnaldur Indridason (trad. Eric Boury), Métailié, 358 p.

Publié dans Noir scandinave

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Nicolas 16/12/2009 22:10


T'es dur avec ce bon Mankell lol. J'avais vraiment adoré La lionne blanche et Les morts de la St-Jean. Mais pour revenir à L'homme du lac, j'ai préféré Saison sèche de Peter Robinson, qui part de
la même idée. C'est un excellent polar, et je suis d'ailleurs assez surpris qu'il ne soit pas plus connu.


Nicolas 16/12/2009 21:19


J'ai été un poil déçu par ce polar: j'ai trouvé assez ennuyeuse l'intrigue du présent, avec la vie d'Erlendur, auquel je ne suis pas spécialement attaché. Du même auteur j'ai préféré La femme en
vert, mais globalement Indridason ne vaut pas Mankell.


cynic63 16/12/2009 21:56


Le côté passé est souvent plus intéressant, c'est vrai. J'ai, comme toi, beaucoup aimé la femme en vert. A mon avis, Indridason est au dessus de Mankell que je trouve souvent complaisant et insupportable


keisha 12/02/2009 08:42

De toute façon, je compte bien le lire, et dans l'ordre !

cynic63 12/02/2009 16:51


Excellente initiative....


dasola 06/02/2009 17:41

Bonjour, ce quatrième volume des enquêtes du commissaire Erlandur n'est pas pour moi son meilleur (j'ai une préférence pour la Cité des jarres et la dame en vert) mais cela reste toujours très bien avec des intrigues qui renvoient au passé de l'Islande. Bonne fin d'après-midi.

cynic63 07/02/2009 02:31


Tout avis se respecte mais je trouve quand même que cet épisode respire la maîtrise: dans la narration, dans l'abord du sujet. Attendaons le mois prochain et le nouveau qui arrive.