Jeudi 9 avril 2009 4 09 /04 /Avr /2009 15:00
Après le véritable choc qu' avait été la lecture de l'Immense obscurité de la mort ( Vengeance à l'italienne ), on ne pouvait pas en rester là avec Massimo Carlotto. Ainsi, on avait décidé de se rendre compte au plus vite si on avait eu la main chanceuse en découvrant le roman d'un écrivain qui n'avait pas réussi à produire un autre ouvrage au moins à moitié aussi bien ou si on avait lu ce qui ne constituait qu'un des éléments d'une oeuvre de premier plan. La deuxième hypothèse s'est trouvée confirmée...

Dans Arrivederci Amore, on suit le parcours de Giorgio Pellegrini, militant d'extrême gauche des années de plomb, qui a dû fuir l'Italie suite à un attentat ayant causé la mort d'un veilleur de nuit. Ayant rejoint les guérilleros d'un pays d'Amérique latine, notre homme en a vite assez: il profite donc de circonstances favorables pour fausser compagnie à ses frères d'armes et se réfugie au Costa Rica, pays où il entend bien profiter de la belle vie. Et, en premier lieu, des femmes, du plaisir qu'elles peuvent lui procurer, physique comme matériel. C'est ainsi qu'il se retrouve dans les bras d'Elsa, italienne immigrée et propriétaire d'un hôtel en bord de plage.
L'ex-révolutionnaire, désormais barman et gigolo, se construit en quelques années une nouvelle vie, faite de faux-semblants, de tromperies, de coucheries jusqu'au jour où il est surpris par Elsa dans les bras d'une autre. Qu'à cela ne tienne: chassé par sa "bienfaitrice", Giogio usurpe l'identité d'un client de l'hôtel et s'envole vers Paris, ville qu'il connaît bien et où d'autres réfugiés italiens qu'il a fréquentés se trouvent. Réactivant son ancien réseau de connaissance, le héros du roman a une idée en tête: il veut retourner en Italie mais, avec la condamnation qui pèse sur lui et risquant la perpétuité, il échafaude un plan diabolique bâti autour d'un chantage à la dénonciation si les "camarades" ne trouvent pas une solution pour lui. Au pied du mur, les réfugiés proposent alors un marché à Pellegrini: un camarade déjà emprisonné endossera le crime du veilleur de nuit et, ainsi, Giorgio n'écopera que d'une peine minimale. Se rendant aux autorités italiennes, ce dernier est interrogé par Anedda, un flic violent et cynique, qui lui fait clairement comprendre que personne n'est dupe et quelqu'un a accepté de payer pour lui. Il faudra donc collaborer, balancer quelques noms. Pas de cas de conscience pour Pellegrini qui se moque complètement de trahir, dénoncer, manipuler si cela peut lui garantir confort, tranquillité et possibilité de vivre sereinement une fois sorti de prison.

Sa peine purgée, mais à la recherche d'une réhabilitation qui lui permettrait d'être vraiment un homme neuf, Giorgio se fait embaucher dans une boîte louche de Milan, perçoit un petit pourcentage sur les "services" des filles de l'endroit jusqu'au jour où le patron s'en aperçoit et lui donne une leçon de loyauté... Seulement, notre homme possède une sacrée carte dans son jeu: il sait que son employeur est fortement impliqué dans le trafic de drogue. Il propose donc à Anedda de coincer le tenancier, un autre gros bonnet de la came et, surtout, de garder l'argent pour eux. S'avérant être un véritable ripoux, le flic accepte.
La collaboration entre ces deux beaux salopards ne s'arrêtera pas là: lorsque Giorgio se voit soumettre un coup qui pourrait être celui de sa vie, il fait encore appel au policier peu scrupuleux qui se montre plus qu'intéressé, surtout quand l'ex-révolutionnaire lui précise qu'ils se débarrasseront des complices. Histoire de partager le butin en deux parts uniques....
Carlotto décrit alors l'organisation du casse avec minutie et le piège que les deux associés de fortune tendent à tous ceux qui, de près ou de loin, y sont impliqués. Le tout avec une distance et une froideur qui paralysent le lecteur, spécialement quand les choses commencent à vraiment devenir sanglantes.

De même, l'auteur transalpin se montre à son avantage dans la dernière partie du roman où on suit un Giorgio en quête de respectabilité lors de l'acquisition d'une vieille auberge qu'il veut transformer en restaurant pour notables, conseillé qu'il est par un drôle de juriste, arriviste, opportuniste et peu regardant sur les moyens légaux.
En outre, on comprend avec ces pages que la barrière entre truands et "gens bien" est plus que ténue, que la corruption est une des choses les mieux partagées mais aussi que les actes répréhensibles ne passent pas tous sous les lames de la justice. L'important étant d'être du bon côté de la ligne...En apparence du moins.
De plus, Carlotto ne nous ménage pas dans ce roman excessivement noir: c'est littéralement l'itinéraire d'un enfant pourri qu'il nous invite à suivre; le chemin d'un homme qui ne recule devant rien, qui utilise tout ce qu'il peut, moyens comme individus, sans se soucier des conséquences de ses actes pour les autres.
Un héros bien affreux, qui ne se pose pas de questions "inutiles", qui élimine tous ceux qui pourraient l'empêcher de se racheter (enfin, de la façon qu'il le conçoit), qui se sert de son succès auprès des femmes comme d'une arme tranchante. Un type qui, et on en a rapidement conscience, a toujours été ainsi: amoral.

Pour terminer, la force de l'écriture réside en ce que l'on vit tout ce parcours de l'intérieur; Giorgio étant le narrateur de sa propre histoire. Si Carlotto laisse vivre son personnage, ne le manipule pas, on ne peut pas dire que cela nous fait éprouver de l'empathie pour lui. Au contraire, on le méprise encore plus par cette narration qui, à aucun moment, ne nous prend à partie, n'insiste, ne nous montre avec ostentation que les "méchants sont les méchants".
Magistral.

Arrivederci amore, de Massimo Carlotto, (trad. Laurent Lombard), Métailié, 169 pages

ps: ce roman vient de sortir en poche en Points Roman Noir
Par cynic63 - Publié dans : Noir italien
Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires
Mardi 7 avril 2009 2 07 /04 /Avr /2009 07:54
Premier film de Na Hong-Ji, The chaser est arrivé dans les salles précédé de nombreux prix, dont un au festival du film asiatique de Deauville. Un premier long-métrage qui tient du thriller ultra-violent mais pas seulement...
Joong-Ho (Kim Yoon-seok) est un ancien flic devenu un proxénète prospère qui doit faire face à une situation qui pourrait plonger sa lucrative petite entreprise dans la crise. Ses « protégées » disparaissent sans explication et, du coup, il se voit menacé par une pénurie de main d'oeuvre très préjudiciable. Obligé de satisfaire à la demande d'un client, il force Mi-Jin (Seo Yeong-Hee) à honorer un rendez-vous avec celui-ci alors que la jeune femme avait bien l'intention de ne pas travailler ce soir-là, clouée au lit par une méchante grippe. Se penchant sur ses agendas, dossiers et autres papiers professionnels, Joong-Hoo réalise que le client anonyme (il ne conserve que les numéros de portable des hommes avec qui il traite pour des raisons évidentes de discrétion) pourrait bien le renseigner sur les disparitions de ses filles: elles se sont toutes volatilisées suite à un rendez-vous avec lui.
Comprenant qu'il a peut-être livré Mi-Jin au loup, l'ex-flic la contacte afin de piéger l'inconnu. Manque de chance: le réseau ne passe pas dans la maison  qui alors ressemble de plus en plus à un piège... S'engage alors une course contre la montre car le spectateur a saisi: Young-Mi Jee ( Ha Jung-Woo) n'est pas un consommateur de sexe tarifé mais bien un pervers dont les intentions sont, horriblement, évidentes....
Ce qui fait la force de ce film, à ce moment-là de l'intrigue, c'est qu'on est tout de suite dans l'action. Le réalisateur n'y va pas par quatre chemins, ne tourne pas autour du pot. Il fait alterner les séquences montrant Joong-Hoo lors de sa recherche nocturne à un rythme effréné dans les quartiers chauds de Séoul et les scènes d'intérieur centrées sur le bourreau et sa victime. Du bruit et de la fureur, en quelque sorte, qui produit une angoisse grandissante dont le paroxysme est atteint lors de la mise en oeuvre du projet de Young-Mi Jee dans la pièce la plus terrifiante de la demeure: une salle de bains glauque et sale.
Le film durant deux heures, on aurait pu craindre une forme de délayage des plus superflues, mais le réalisateur, par une heureuse trouvaille scénaristique nous amène là où on ne pensait pas aller: l'arrestation du tueur par l'ex-flic au bout de trois petits quarts d'heure (de mémoire...). Sentant le vent d'une justice toute personnelle fondre sur lui, le criminel va trouver refuge auprès des forces de l'ordre avouant paradoxalement, à première vue du moins, les meurtres de nombreuses prostituées. Preuve de son cynisme et de sa volonté de manipuler tout le monde, le serial killer va gagner du temps en menant tout le monde en bateau car, si des preuves matérielles ne sont pas réunies dans les 12 heures, la police devra le relâcher. Suspense et tension encore lors de ces scènes de commissariat où les coups et les cris tombent comme la pluie sur la capitale sud-coréenne lors de cette nuit de terreur .

Na Hong-Ji
en choisissant des ruelles étroites lors des scènes de traques, une lumière blafarde et pisseuse dans le commissariat crée un décor de véritable malaise, rendant hommage au genre dans lequel son film s'inscrit tout en l'ancrant dans un univers bien personnel.
Si certains défauts comme des incohérences de situation (on se demande encore comment la jeune femme a pu si longtemps résister à ce qu'elle a subi), des ralentis malvenus ou clichés, une certaine hésitation à conclure (20 minutes de trop à notre goût), on a, néanmoins, apprécié cette façon de filmer, à la fois nerveuse, tendue, sombre et inspirée.
Surtout, et c'est là que l'on peut sans aucun doute affirmer que ce Chaser n'est pas qu'un simple thriller de plus, c'est que les propos du réalisateur vont plus loin.
On sent poindre, par petites touches, une virulente critique d'une société qui repousse toujours ses exclus au delà des limites du visible et du supportable: dans les ruelles lugubres et étroites de quartiers bien éloignés des lumières étincelantes de la ville, bien à l'abri des regards des "gens comme il faut" comme ce maire à qui l'on balance des excréments alors qu'il pérore tout sourire parmi ses gentils et proprets administrés bien qu'il semble avoir oublié qu'il était là pour aussi leur assurer un minimum.
Na Hong-Ji n'oublie pas de taper sur la police, plus préoccupée par les vicissitudes subies par le premier élu que par le sort d'une femme qui n'est, après tout, qu'une pute, comme sur une justice un peu aveugle  qui, malgré certaines évidences, relâche un suspect des plus inquiétants sans pousser plus avant les investigations nécessaires.
Si Joong-Hoo semble faire le chemin à rebours pour revenir vers plus d'humanité, de compassion (notamment lors de scènes avec la petite fille de Mi-Jin dont il doit bien s'occuper pendant le drame), d'autres prennent la direction inverse.
Film noir s'il en est, The Chaser ne retrouve la lumière (au propre comme au figuré) que pour un temps très limité, notamment lorsque Mi-Jin, blessée dans sa chair et son esprit, nimbée d'une beauté toute virginale, court dans les ruelles par un matin chaud et gorgé de rayons de soleil.
Mais au Pays du Matin Calme, on (re)bascule vite dans les ténèbres.
Assurément. Irrémédiablement. Définitivement

The Chaser, de Na Hong-Ji, Corée du Sud, (2008), 2 heures 03

Par cynic63 - Publié dans : Ecran noir - Communauté : Les films : outil de culture
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires
Dimanche 5 avril 2009 7 05 /04 /Avr /2009 08:41
Vacances pour deux semaines....Des copies à corriger mais aussi plus de temps pour faire autre chose: écouter des disques, aller faire l'andouille avec les copains et les copines, tomber les bouquins qu'on n'a pas eu l'occasion d'ouvrir....
En premier lieu, le dernier Dennis Lehane qui, en termes de pavé, se pose là. Il faut du temps pour avaler les près de 800 pages de la chose et, surtout, être disponible dans sa tête pour les digérer.
En termes de chroniques, des papiers sur deux auteurs "engagés" (pas à la Bazar Henry Levy, je vous rassure...): Dominique Manotti et François Muratet.  Deux écrivains qui, dans des styles très personnels, nous donnent à voir la réalité du monde de l'entreprise, cher à notre douce Parisot, du point de vue de ceux qui la subissent. Une femme et un homme qui proposent par leur écriture puissante une vision du monde, en somme. Sans tomber dans la prose militante avec gros sabots. Avec finesse et sans illusion.
Et puis, encore l'une des grandes découvertes pour moi de ce premier trimestre: Massimo Carlotto. Je considère déjà L'immense obscurité de la mort comme un chef d'oeuvre ( Vengeance à l'italienne ). Je persèvère avec cet auteur.
Au rayon déception- ça arrive parfois- on évoquera Bill James. Un auteur certes intéressant, original qui mérite qu'on s'y attarde mais qui ne m'a pas convaincu totalement. La suite dans les jours qui viennent....

Au rayon musique, on signalera l'intervention éclairée de l'une des plumes inspirées du rock d'ici pour plusieurs conférences à la médiathèque Hugo Pratt de Cournon d'Auvergne (link): Patrick "Tad" Foulhoux nous parlera le samedi 11 avril du mouvement punk, de ses origines, de son évolution et, surtout, des perspectives qui, dans le contexte économique que l'on connaît, pourraient s'ouvrir à lui. Au mouvement punk, pas à Patrick!!!!

De la bombe au Rat Pack (link) : les géniaux Bob et Lisa, du sonique groupe The Bellrays, joueront le jeudi 9 avril en acoustique. Brothers and sisters, it's gonna be a fuckin' night....Full of soul...

Enfin, last but not least, le décidément facétieux Olivier flanqué de notre barman préféré, Billy, nous propose la "quatrième semaine de la moustache"... Cela commence mardi et se poursuit jusqu'au samedi suivant. Évidemment, cela se passe au Bikini, sur le Boulevard Trudaine, la Rue de la Soif clermontoise. On annonce S en concert le vendredi 10 et les géniaux Araban pour la soirée de clôture, le 11 avril. Voilà donc l'occasion de se poiler (sic) un bon coup, de faire n'importe quoi, de dire de grosses conneries et de gagner le trophée de la plus belle moustache; trophée remporté l'an passé par Tom Pope, des Elderberries. Un Anglais qui bat les Auvergnats sur le terrain des bacchantes. Même la statue de Vercingétorix a failli s'écrouler...
De loin l'évènement le moins intelligent de l'année mais certainement le plus marrant... Souriez: c'est la crise!!!!
Par cynic63 - Publié dans : coups de coeur/coups de gueule
Ecrire un commentaire - Voir les 6 commentaires
Mercredi 1 avril 2009 3 01 /04 /Avr /2009 18:32
Un peu de rire et de jubilation entre quelques papiers plus ou moins déprimants...
En effet, si le sujet et certaines scènes de L'escadron guillotine ne prêtent pas forcément à la franche rigolade, le traitement et le ton que leur réserve Arriaga les inscrivent bien dans l'humour.

Feliciano Velasco y Borbolla de la Fuente, grand bourgeois de la capitale diplômé en droit, au physique plus que quelconque, entend bien profiter, grâce à son génie technique, de la grande Révolution qui secoue le Mexique en ce début de 20ème siècle. Opportuniste, prétentieux, très misanthrope, notre homme se présente devant le grand héros qu'est Pancho Villa, au lendemain de sa victoire de Torreon, avec le but avoué de lui vendre un objet , certes copié sur les Français, mais qu'il a franchement amélioré: une guillotine redoutable, solide et inusable.
Devant le scepticisme du Général et de ses fidèles, Velasco propose donc une petite démonstration de sa machine infernale; le tout avec le concours de prisonniers réels qui auraient préféré finir d'une manière plus logique et naturelle. De douze balles dans la peau.
Suite à ces essais plus que concluants, le grand Pancho se montre séduit, épaté, emballé par la gouaille du bonimenteur et la qualité de son invention. Il décide donc d'adopter ce symbole de la Révolution en marche et de faire de Velasco et de ses deux inénarrables aides bourreaux les membres uniques d'un escadron bien spécial: l'escadron guillotine de Torréon.
Surprise, confusion puis impossibilité de refuser pour Velasco qui, persuadé que Villa n'était qu'un vulgaire barbare doublé d'un crétin congénital, espérait simplement une chose toute bête: vendre sa guillotine, empocher l'argent, en reconstruire d'autres, et ainsi faire fortune grâce à ses talents d'artisan très spécial....Surtout que tout en lui -éducation, convictions, moeurs - penche en faveur de Diaz, le dictateur que la Révolution a renversé. Méprisant cette armée de villistes, en qui il ne voit qu'un ramassis de bons à rien, Velasco va devoir "défendre des idéaux engendrés par la bêtise et contraires à la morale et la vertu". Surtout qu'il sera,désormais, LE bras armé de la justice de ce nouveau Mexique en construction...
Obligé lors d'une des premières scènes du roman d'exécuter un ancien camarade d'enfance qui, évidemment, le reconnaît, Velasco, dans un moment hilarant, réussit à ne pas être pris en défaut et s'acquitte de sa mission avec un brio exemplaire et impressionnant.
On suit alors le "villiste malgré lui" dans son irrésistible ascension jusqu'à ce qu'un "terrible" incident ne le renvoie à des tâches moins nobles, lui, ses assistants et la terrible machine: Aux cuisines afin de procéder à l'abattage des animaux...
Une mise à l'écart vécue comme une pénitence insupportable pour le génial inventeur qui sombre dans une profonde mélancolie jusqu'à ce qu'il tombe amoureux fou de Belem, un genre de pétroleuse révolutionnaire, indépendante, très libérée sexuellement, et qui, non seulement aime les soûleries, mais aussi la baston malgré un physique de déesse. Les histoires d'amour finissant mal, en général, celle-ci n'échappera pas à la règle...
Comme il était, néanmoins, écrit qu'un tel génie de la technique et de la modernité ne pouvant rester incompris trop longtemps, Velasco se voit offrir une nouvelle chance de briller. Chance qu'il ne laissera pas passer: il choisira d'inscrire son nom dans les livres d'Histoire pour que son souvenir se perpétue plutôt que de tenter de fuir afin de faire fortune.

Arriaga a dû s'amuser à écrire ce petit conte cruel, certainement autant que nous à sa lecture. On rit - avouons-le: sans honte! - de toutes ces têtes qui tombent lors de scènes à la limite de l'humour absurde, se déroulant dans une ambiance de joyeux chantier plus ou moins organisé. Une écriture qui ne nous laisse reprendre notre sérieux que pour mieux nous asséner un nouvel épisode grotesque plus hilarant que le précédent. Comme si l'auteur s'amusait à nous surprendre par une surenchère de non-sens, de situations burlesques, de réactions imbéciles de ses personnages (et, en premier lieu, du principal).
Mais avec une ironie, un humour tellement décalé, rédigé dans une langue agréable, fleurie, imagée (appeler un personnage Macedonio Cabeza de Vaca...), vivante, que l'on peut dire qu'avec cet  Escadron guillotine, on tient un petit bijou de roman qui fait du bien.
Ainsi, on sourit aux réflexions de Velasco, aux différents portraits du Centaure du Nord (Pancho Villa) et d'autres personnages historiques mexicains, aux scènes à caractère épique, comme cette charge de Saltillo au cours de laquelle le juriste guillotineur doit prouver sa bravoure alors qu'il n'est qu'un couard prétentieux ou encore comme cet exercice de parade des gardes d'honneur dans leurs uniformes rutilants mais trop grands, aux libertés prises avec l'Histoire, telle cette improbable implication d'Ambrose Bierce.

Enfin, il y a quelque chose qui tend vers le roman picaresque dans le livre d'Arriaga, sauf que le héros étant de rang social supérieur, certaines caractéristiques du genre s'en trouvent bousculées.
Décidément, Arriaga ne respecte rien. Tant mieux pour nous!!!!

L'escadron guillotine de Guillermo Arriaga (trad. François Gaudry), Points Roman Noir,169 pages

Par cynic63 - Publié dans : Noir latinos
Ecrire un commentaire - Voir les 5 commentaires
Samedi 28 mars 2009 6 28 /03 /Mars /2009 17:40
Dan Turèll, écrivain danois célèbre dans son pays (un café branché de Copenhague porte son nom), était un peu un touche-à-tout de génie : poésie, romans noirs, "spoken word" en compagnie de groupes de l'underground danois font partie de ses travaux.
Ce Mortels lundis appartient à une série de 13 romans à caractère policiers mettant en scène un journaliste anonyme, le narrateur en fait, confronté à chaque fois à des crimes assez sanglants ou atroces. Bonne idée de la part des éditions de l'Aube de l'avoir ressorti cette année car on a découvert un auteur excellent et un roman qui l'est tout autant.

Copenhague, un lundi de janvier. Il fait froid et il pleut fortement sur la capitale danoise. Au terme d'une déambulation nocturne, le narrateur, journaliste dont on ne connaîtra jamais le nom, se retrouve dans un quartier qu'il connaissait bien puisqu'il y a grandi: Norrebro.
Interrompu dans ses rêveries par un cri de femme, il se précipite alors dans la direction de ce dernier mais ne peut que constater les dégâts: la jeune fille est morte étranglée. Réussissant à entrer immédiatement en relation avec la police malgré deux types qui entendent plutôt le délester de la modique somme qu'il a sur lui et en dépit d'un téléphone public hors-service (nous sommes en 1983: pas de portable), le héros de Turèll retrouve à cette occasion Ehlers, inspecteur qu'il connaît bien, qui rentre juste d'une intervention dans un squat qui lui a laissé une jolie blessure sur le visage.
Examinant le corps de la victime, flics et narrateur ne retrouvent aucune trace de ce qui permettrait de l'identifier: c'est grâce à des photos de la morte qu'ils y parviendront.
Monica Bonheur, la fille en question, était une jeune fille sans histoire, travaillant pour se payer des cours du soir, vivant chez ses parents en attendant de pouvoir louer un appartement avec son fiancé dont elle était enceinte. Les policiers sont donc sans le début de la moindre piste.
Otzen, le rédacteur en chef de La Dépêche de Copenhague, ancienne employeur du journaliste désormais free lance, compte bien faire exploser les ventes de son canard grâce aux relations liant son ex-employé à la police et à l'affaire proprement dites. Tout est bon pour vendre du papier.
L'émotion du pays devant ce crime horrible, et surtout gratuit, est grande mais de courte durée; l'affaire étant chassée rapidement de la Une par d'autres informations. Jusqu'à un autre lundi soir au cours duquel notre malchanceux plumitif se retrouve nez-à-nez avec une autre jeune fille assassinée, par strangulation, également...
Évidemment, on pense qu'il est question d'un serial killer qui agit dans le quartier. La police décide alors de couvrir les endroits stratégiques des lieux, avec discrétion et efficacité, car la peur s'empare de la capitale.
Manque de chance: le tueur remet ça. Encore un lundi soir....

Outre la description du travail minutieux, ingrat et compliqué de la police dont il rend compte parfaitement (l'épisode de la planque dans la gare est superbe), Turèll réussit à nous tenir dans son roman grâce à une écriture limpide, classique certes, mais au fort pouvoir évocateur. Une écriture simple mais travaillée et non dénuée d'un humour cynique ou sarcastique.
Le narrateur-héros porte sur le monde qui l'entoure - le quartier de son enfance en fait - un regard à la fois nostalgique, désabusé mais aussi pétri de tendresse. Un peu perdu dans sa vie, notamment dans ses rapports compliqués avec Gitte Bristol, une avocate qu'il a mise enceinte, il semble rechercher un peu de stabilité dans ses rapports avec Ehlers et, surtout, nous présente une ville à laquelle il est attaché mais qui est confrontée à des problèmes de plus en plus importants: violence nocturne, trafic en tous genres, règlements de comptes entre bandes organisées, problèmes sociaux de plus en plus visibles. Une ville, comme une société, en crise.
Le roman datant déjà d'il y a plus d'un demi-siècle, il est donc intéressant, à plus d'un titre, de s'y pencher: on voit alors que la course au scoop, lors des passages mettant en scène les journalistes, ne date pas d'aujourd'hui, de même que cette propension qu'ont certains médias à se poser en juges ou à faire monter la pression parmi la population en l'apeurant. A cet égard, le "choix" des victimes par l'auteur est loin d'être un hasard. Elles représentent les modèles, les archétypes de certaines tranches de la société de l'époque.
De même, on est touché par ces descriptions des quartiers populaires, par les portraits de ses habitants, par la monotonie d'un lieu renforcé par la pâle et courte lumière de janvier. Pas franchement euphorique mais terriblement évocateur.

Dans un style hérité des grands anciens, tel Chandler, Turèll a su se démarquer et tracer son propre chemin littéraire. C'est donc un roman et un auteur pétri de références mais surtout originaux qu'on a découverts ici. Une rencontre qui ne sera, à coup sûr, pas la seule et unique.

Mortels lundis de Dan Turèll (trad. Sophie Grimal et Frédéric Gervais), L'Aube, 216 pages

*Référence à un titre des Boomtown Rats, évoquant une jeune fille qui avait commis un massacre...
Par cynic63 - Publié dans : Noir scandinave
Ecrire un commentaire - Voir les 6 commentaires
Jeudi 26 mars 2009 4 26 /03 /Mars /2009 12:00
Quelle erreur de ma part...J'avais sous-entendu que Plutôt crever de Caryl Férey constituait peut-être le premier volume consacré au flic borgne Mac Cash ( Boîte à gifles ). Grossière erreur et mea-culpa: la suite existe bien. Et, elle vaut le déplacement...

Notre atypique policier d'origine irlandaise a un sacré problème. Ayant négligé de prendre soin de son oeil de verre, il est atteint d'une terrible affection et risque, tout simplement au train où évoluent les choses, de devenir aveugle. S'en moquant comme du reste, surtout que Strummer, le leader du Clash vient de casser sa pipe, notre irascible bonhomme décide de laisser faire la nature et d'envoyer tout bouler.  Dérangé lors de la mise en oeuvre de son auto-destruction par le facteur, qui d'habitude ne sonne même pas une fois, surtout que ce dernier a, en plus, une drôle de tronche - "Avec sa gueule de con, on aurait dit Sardou"-, Mac Cash apprend une nouvelle qui lui fait l'effet d'une tuile atterrissant sur son crâne endurci: le recommandé livré par le préposé des postes l'informe qu'il a une fille de pratiquement 10 ans, fruit de quelques nuits passées avec une serveuse rennaise. La gamine ignorant l'existence de ce père providentiel (sic), la femme en question lui demande par la présente de veiller sur celle-ci car, en ce qui la concerne, c'est terminé: quand il lira la lettre, le crabe aura triomphé...
Véritablement courroucé par l'annonce de celle qui lui a fait, il faut bien l'avouer, un petit dans le dos, Mac Cash va cependant, puisqu'il n'a rien d'autre à faire, chercher à savoir à quoi ressemble cette môme, cette Alice qui apparaît dans sa vie. Il flanque donc sa démission de manière magistrale, se tire de son appartement brestois sans préavis... Direction: L'Ille-et-Vilaine, Montfort-sur-Meu, déprimante petite bourgade...
L' atrabilaire Irlandais s'installe dans une maison qui tient plus de la bicoque avec pour objectif de s'assurer que la petite Alice est entre de bonnes mains dans la famille d'accueil à qui elle a été confiée. Suivi par un vieux chien errant, qui a adopté l'ex-flic, et non l'inverse, après une "planque" pour surveiller sa progéniture, Mac Cash fait une macabre découverte dans le cours d'eau jouxtant sa minable demeure: une enfant très jeune noyée...
Il contacte alors les gendarmes qui, l'ayant déjà repéré lorsqu'il observait les mômes du Collège d'Alice, commencent à se demander ce que ce borgne vient faire ici et lui annoncent très clairement que son passé de flic ne le dédouane pas des soupçons qu'on pourrait faire peser sur lui. Évidemment, notre énervé ne s'en laisse pas compter, surtout par l'adjudant qui lui paraît avoir la parfaite tête de celui qu'on roule, et se moque des avertissements de la maréchaussée...
Comme par malédiction, Alice se présente chez ce vieux bougon, lui affirme que la petite fille noyée ne lui est pas tout à fait inconnue et qu'elle sait où elle l'a vue: Le Guillou, directeur de la DASS.
A partir de là, on s'en doute: les choses vont déraper, à commencer par le directeur retrouvé refroidi dans sa propriété par Mac Cash qui tombe nez à nez avec les tueurs. Notre ancien activiste de l'IRA commence à distribuer les coups, les balles, énervé qu'il est par le fait que sa récente et tardive paternité soit remise en cause par toute une bande d'affreux qui ont compris qu'Alice était le témoin gênant d'une affaire bien plus compliquée qu'en apparence.
Mais, telle la jambe de Strummer qui battait la mesure lors des virulents concerts du quatuor punk, Mac Cash va se secouer, mettre le nez dans une sacrée embrouille au coeur de laquelle il aura affaire à des partouzeurs, des agents immobiliers, des magouilleurs en tous genres, des trafiquants d'enfants et autres personnages hautement recommandables.
Frappé par de violentes attaques liées à l'infection qui le touche, le natif de Belfast va correctionner à tours de bras et se rendre, puisque l'enquête l'exige, à Marrakech après avoir eu soin de mettre en sécurité SA fille qu'il a confiée à Saholy, une très charmante et libérée assistante sociale....

Caryl Férey, à l'occasion de cette deuxième (més)aventure de son héros, nous sert une intrigue alambiquée avec tout le talent et la fraîcheur de l' écriture qu'on lui connaît. Inscrivant son récit dans le genre polar nerveux, il nous invite à suivre les pérégrinations de son personnage principal tout au long d'un texte dynamisé (dynamité?) et dans un style qu'il maîtrise de mieux en mieux.
Les péripéties sont souvent prétexte, mais pas seulement, à une avalanche de bons mots qui, loin d'alourdir le récit le relance quand celui-ci paraît s'essouffler ou verser dans l'incohérence. C'est donc de l'écriture en bombe portative que le Breton nous balance dans la tronche. On en redemande...
Par rapport au premier volume de la série, on a senti une veine un peu plus impliquée dans le social, notamment lors des différents portraits des notables qui sont plus souvent mus par la recherche de leur propre intérêt ou plaisir que par d'autres valeurs plus altruistes. A cet égard, les pages sur le Maroc sont particulièrement pertinentes: on y voit les "gens bien" s'attaquer à un terrain de chasse encore vierge mais terriblement prometteur quant à l'avenir doré qu'ils pourraient s'y construire et aux sacro-saints bénéfices qu'ils pourraient en tirer.
Enfin, l'attachant Mac Cash - "un homme qui n'aime ni les chiens, ni les enfants ne peut pas être entièrement mauvais", W.C Fields - retrouvant à l'occasion de son nouveau et accidentel statut de père un peu de philanthropie, on assiste à des pages remplies de tendresse exempte de toute niaiserie bien pensante...

On l'aura compris: on aime Caryl Férey car, non content de savoir écrire, il n'oublie jamais l'humour bien méchant ou les lueurs d'espoir même petites. Evidemment, ceux qui cherchent des polars bien cérébraux ou une écriture torturée seront certainement moins enthousiastes (comme pour Ken Bruen, tiens) mais les autres se laisseront séduire par un auteur et une prose qui, de toutes façons, comptent parmi les plus intéressantes de ce que la France du polar peut proposer.


La jambe gauche de Joe Strummer, de Caryl Férey, Folio policier, 243 pages
Par cynic63 - Publié dans : Noir français
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires
Mardi 24 mars 2009 2 24 /03 /Mars /2009 17:00
Le multi oscarisé Slumdog Millionaire, réalisé par le Britannique Danny Boyle et sorti en France mi-janvier, oscille entre la success story, le conte onirique, le cinéma d'action ou encore, par exemple, le mélodrame inspiré par les canons de Bollywood. A l'arrivée, le mélange est plutôt hétérogène et on obtient un film sinon bancal du moins très inégal...
Jamal (Dev Patel), jeune orphelin musulman de 18 ans originaire des bidonvilles de Mumbay, est le candidat du fameux jeu "Qui veut gagner des millions?". A l'issue de la première journée de ce dernier, il est déjà en possession d'un million de roupies, est devenu la star des pauvres du pays et doit revenir le lendemain pour l'ultime question qui peut lui permettre  de doubler sa mise. Malheureusement, balancé (on ne dira pas par qui) à la police pour une tricherie qu'il n'a pas commise, on le voit alors, dès les premières séquences du film, être sérieusement passé à tabac par les flics. On assiste à un interrogatoire des plus musclés dont le point d'orgue est l'utilisation de la fameuse gégène. Mais, les policiers ne sont pas bêtes: ils ne doivent pas trop l'amocher car il y a encore l'émission du lendemain...
Visionnant la vidéo du jeu télévisé, le flic chargé de l'enquête cherche à comprendre comment un "Slumdog" (chien des bidonvilles) a pu répondre à certaines des questions de Prem, le Jean-Pierre Foucault local (l'excellent Anil Kapoor, monstre magnifique de cynisme et de mépris pour ces moins que rien). L'une des bonnes idées du film vient, sur ce point, des choix cinématographiques de Boyle: à chaque question, il y a une référence au passé de Jamal; références qui lui permettent de trouver les bonnes réponses.
Le spectateur a alors accès à ces événements grâce à de nombreux flash back qui le transportent dix ans en arrière à l'époque où l'enfant, en compagnie de son frère Salim, vivotait dans le quasi-dépotoir de la mégalopole indienne. Le talent de Boyle prend ici toute sa valeur: magnifiques plans sur cette réalité d'une Inde miséreuse, caméra portée comme pour rendre compte de toute cette vie grouillante et agitée, séquences pleines d'humour ou de tendresse pour ces gens qui font tout pour vivre le moins mal possible. On remarquera aussi, qu'à ce stade du film, le casting se révèle impeccable: les enfants interprètent leurs scènes avec une finesse et une justesse qu'on en oublie qu'ils jouent.
Petit à petit, on découvre la terrible histoire de ce gamin: sa mère est morte lors d'une descente de fanatiques hindous, bien décidés à massacrer ces "chiens de musulmans". Jamal, toujours accompagné de son frère aîné mais aussi de Latika, gamine et compagne d'infortune, se retrouve à traîner dans les rues, glanant sur les immenses décharges de la ville de quoi survivre jusqu'au jour où Mamane (Ankur Vikal), sorte de mafieux local qui "apprend" aux gosses abandonnés comment faire la manche, les prend "sous sa protection". Scènes terribles que celles du "dressage" auxquels ces enfants sont soumis. Réussissant à fuir, avant que le pire ne se produise, Salim et Jamal, sans Latika qui n'a pu échapper aux monstrueux trafiquants,  vont ensuite errer dans l'immense pays qui est le leur, resquillant les chemins de fer indiens. Le film prend un tour, un peu différent. On voit les deux héros gagner leur vie de petits boulots en petits boulots, dont la plupart sont orientés vers le tourisme...
Quelques années plus tard, Jamal qui n'a toujours pas oublié Latika (la très belle Freida Pinto) va tout faire pour la retrouver et la tirer des griffes des horribles qui la maintiennent en quasi esclavage.

Mais, arrêtons-là le résumé du film car il ne s'agit pas de tout dévoiler et voyons ce qui, à nos yeux, ne fonctionne pas.
C'est justement à partir de l'échappée belle évoquée plus haut que l'ensemble semble déraper. Déjà, on se demande comment deux gamins, qui ne parlaient que l'Hindi, peuvent maîtriser parfaitement l'anglais sans mettre les pieds à l'école depuis la mort de leur mère. Il nous semble bien improbable que la simple proximité de touristes américains, qu'ils arnaquent d'ailleurs joyeusement, y suffise. Soit, on veut bien, à la rigueur, passer outre...
Ensuite, et c'est à nos yeux beaucoup plus grave, comment parviennent-ils, au milieu d'une mégalopole d'environ seize millions d'habitants, à retrouver des anciennes connaissances aussi facilement? Tout cela laisse bien sceptique...
Pour continuer dans ce registre, l'intrigue nous paraît, comme qui dirait, "cousue de fil blanc". Jamal représente la grandeur d'âme, l'arnaqueur gentil qui ne va jamais trop loin, et son frère, l'éminence grise, amoral et prêt à basculer de l'autre côté. C'est tout bonnement manichéen et, par la même, très hollywoodien (cette fois-ci, le 'h" se justifie).
Que d'incohérences au niveau scénaristique, tout de même...

Dans un autre registre, celui des choix de cinéma, on ressent très fortement un changement peu heureux dans la façon de filmer de Boyle. A la très agréable et justifiée façon de se servir de la caméra dans la première partie, il semble donner dans un cinéma des plus académiques par la suite. En un mot: la mayonnaise retombe. Pour ceux qui connaissent le réalisateur britannique et son travail, il paraît nous resservir son novateur travail de Trainspotting en y ajoutant une grosse louche de l'indigeste La plage. Quel style de film Boyle a-t-il donc voulu réaliser? On se perd dans une réalisation qui lorgne vers trop de genres...
Sans dévoiler la fin - mais étant ici question de cinéma calibré pour fonctionner aux Etats-Unis on la devine aisément -, on se dit que tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes et que les gentils, parce que leur seule qualité est justement d'être gentil, s'en sortent bien. Trop facile encore une fois...
Et puis idéologiquement, quelque chose gêne un peu aux entournures: on sous-entend, peut-être inconsciemment, que l'issue à la misère réside dans la chance, la seule volonté individuelle, le fait qu'il soit écrit que les projecteurs se braqueront sur nous le jour venu. Personnellement, ce genre de discours me met mal à l'aise, même si, évidemment, j'admets sans difficulté qu'il est normal qu'un individu se prenne en main. A cet égard, les scènes pendant lesquelles le petit peuple de Mumbay se presse devant la télévision, tels des supporters de foot, pour assister à la victoire de l'un des leurs me semblent d'un caractère tout bonnement "putassier" (désolé pour le mot). Mais, comme il est dit clairement, "c'est le destin"...

Pour conclure, allez-y au moins pour les trois premiers quart d'heure et subissez le reste....Dommage, on aurait préféré aimer ce film pour ses deux heures.

Slumdog Millionaire de Danny Boyle, Grande-Bretagne, 2008, 2 heures

PS: une mention spéciale à tous ces gamins qui apparaissent au début. Ils sont excellents.
Par cynic63 - Publié dans : Ecran noir - Communauté : Les films : outil de culture
Ecrire un commentaire - Voir les 6 commentaires
Dimanche 22 mars 2009 7 22 /03 /Mars /2009 18:20
Massimo Carlotto a obtenu le grand prix du festival de Cognac 2007 pour ce roman paru trois ans auparavant en Italie.
Considéré comme un des auteurs majeurs du Noir dans la péninsule, l'auteur nous propose ici une véritable petite bombe de concision, de méchanceté, de vengeance froide. Le tout en moins de 180 pages...

Raffaello Beggiato, truand plutôt minable et cocaïnomane, braque en compagnie d'un complice une bijouterie en plein après-midi. Mal renseignés sur le système de sécurité de la boutique, ils sont surpris d'entendre retentir l'alarme déclenché par la femme du bijoutier en question. Paniqués, ils se ruent à l'extérieur, l'épouse du commerçant leur servant de bouclier humain. Arrive alors une voiture conduite par une jeune femme, Clara. Enrico, son fils de huit ans, est à l'arrière. Une aubaine pour les voleurs qui s'emparent du véhicule et de ses deux occupants. Une course poursuite s'amorce. Pris de panique, complètement défoncé à la coke, Beggiato assassine les otages alors que son complice parvient à échapper à la police, emportant avec lui les fruits du cambriolage. Animé par un code d'honneur bien particulier chez les truands, Beggiatto refuse de donner le nom de son complice tout en le chargeant pour les meurtres de Clara et Enrico. Chose qui ne pose pas trop de problèmes car les deux compères ont agi cagoulés.
Procès, délibérations. Verdict: perpétuité pour Beggiato.
Quinze ans plus tard... Le criminel apprend qu'il est atteint d'un cancer et qu'il ne lui reste, au mieux, que deux ans à vivre. Il veut demander sa grâce pour pouvoir finir ses jours tranquillement et, surtout, profiter de sa part du butin car il sait avec certitude que son complice la lui a conservée. Code de l'honneur toujours...
D'après la loi, c'est l'avis de la victime qui doit faire pencher la décision. Il charge donc son avocat de remettre à Silvano Contin, le père de famille meurtri, une lettre dans laquelle il demande de lui accorder son pardon. Contin, homme qui survit un peu par réflexe, le lui refuse, animé par une haine inextinguible pour ceux qui l'ont littéralement détruit.
Les choses pourraient en rester là mais Silvano mûrit à cette occasion un plan diabolique: il demandera à l'équivalent italien du juge d'application des peines une suspension de la sentence pour raison de santé. Surtout pas par humanité car Silvano a bien l'intention de faire parler Beggiatto et, en premier lieu, de lui faire avouer le nom de son complice qui, à ses yeux et conformément à ce qui a été dit au procès, est l'assassin des siens. Le reste, ce ne sera que justice selon lui et rien ne saurait l'arrêter...

Carlotto, outre les divers rouages de la justice italienne dont il nous fait part ici, réussit à nous tenir en haleine. Une fois le livre en mains, on est happés par cette histoire de vengeance. En deux chapitres, les éléments de la tragédie sont posés avec précision et clarté. Si le lecteur sait à quoi s'en tenir quant aux enjeux de ce roman, il perçoit vite qu'il est aussi, voire surtout, question d'une chose beaucoup plus importante, de bien plus essentielle. Les interrogations se font nombreuses: Que penser d'une justice qui demande l'avis des victimes? Serions-nous capables, sous l'effet de la douleur, de nous montrer pire que celui qui nous a fait du mal? Pourrions-nous nous montrer magnanime à la place de la victime? La vengeance peut-elle combler l'absence ou, à défaut, l'atténuer?
Et surtout: Existe-t-il une hiérarchie dans la douleur???

L'auteur transalpin se garde de juger ses personnages - même si on comprend que son idéologie est à l'opposé de celle des tenants de la justice dure-  mais leur donne vie en les laissant s'exprimer alternativement: Contin et Beggiato sont les deux narrateurs du roman. On ressent, donc, le machiavélisme et la douleur immense de l'un, comme la roublardise et les angoisses de l'autre. Carlotto, par ce choix narratif qui met le lecteur en position privilégié, laisse donc vivre ses personnages, ne les ménage pas sans toutefois les manipuler.
On appréciera le rôle et la fonction attribués aux personnages secondaires: un curé qui prêche pour le Pardon; une bourgeoise abandonnée par son mari qui oeuvre, on se demande si ce n'est pas par dépit, pour les prisonniers; un flic intelligent , qui a tout compris de ce qui se tramait mais qui, au bout d'une carrière bien remplie, aimerait bien en croquer un peu, histoire d'améliorer le tout-venant d'une retraite qui arrive à grands pas; un journaliste réac' qui entend bien faire vendre un peu plus d'exemplaires de son torchon et diffuser ses idées rétrogrades à l'occasion de la sortie de Beggiato...

La crédibilité du récit réside aussi en ce que le romancier a su adapter son style, sa langue en fonction des pensées, des sensations mais aussi du quotidien de ses deux "héros". D'un côté, un homme de classe moyenne qui décide de changer radicalement de vie après le drame qui l'a frappé, comme pour signifier que tout s'est arrêté, et qui ressasse comme une obsession que les autres ne peuvent comprendre ce que veut dire être touché par "l'immense obscurité de la mort". De l'autre, un criminel qui, au bout de quinze ans, songe encore à rouler son monde pour s'enfuir finir sa vie au Brésil une fois sa part récupéré. On notera aussi la précision, dans un langage cru mais adapté, de la description de la vie de taulard (Carlotto ayant fréquenté les cellules italiennes  sait de quoi il parle)
Sans révéler la fin, on relèvera que la mise en oeuvre du plan de Contin nous fait basculer de l'autre côté; celui du Noir le plus sombre et, qu'à la fin, on éprouve une drôle de sensation. Rarement un livre si rapide, si tranchant, si sec a eu un tel effet. Hautement recommandable car dérangeant...

L'immense obscurité de la mort
de Massimo Carlotto (trad.Laurent Lombard), Points Roman Noir, 179 pages


Par cynic63 - Publié dans : Noir italien
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Mercredi 18 mars 2009 3 18 /03 /Mars /2009 18:45
Ayant entendu beaucoup de bien sur DOA, et notamment à propos de son précédent ouvrage Citoyens Clandestins, je me suis précipité sur ce Serpent aux mille coupures, histoire de ne pas passer à côté d'une nouveauté qui s'annonçait pometteuse. De plus, la quatrième de couverture avait, à la fois, quelque chose d'engageant mais surtout d'original car elle reprenait trois définitions de dictionnaire: chasselas, cocaïne, mondialisation. Intrigant...
Résumer ce roman, ou plutôt le point de départ de son intrigue, relève d'un exercice bien délicat, tant on a affaire à une construction complexe, mais je vais essayer de faire au mieux...

Dès les premières pages, le lecteur est plongé dans le Sud Ouest de la France, plus exactement à Moissac, au milieu des coteaux. Baptiste Latapie, un des viticulteurs du coin, se dirige vers les terres d'Omar Petit, un métis d'origine sénégalaise, qui a eu, selon les habitants de la région, la très mauvaise idée d'épouser Stéphanie, fille d'un vigneron local, dont elle a hérité des terres. Poussés par la jalousie, Baptiste et d'autres "bons Français" mènent la vie dure au couple dans le but de bien leur faire comprendre qu'on ne veut "pas de macaque à Moissac".
Occupé à vandaliser proprement les vignes de Petit, Baptiste aperçoit une voiture en stationnement avec à son bord trois hommes parlant espagnol. L'un deux, pris d'une envie naturelle, s'avance dans le sous-bois et découvre un motard accidenté. Décision de celui qu'ils appellent "Jefe" : achever l'homme. Manque de chance pour nos trois hispanophones: ce dernier se montre plus prompt, les descend en moins de temps qu'il ne faut pour le dire, remonte sur sa moto et file tant bien que mal...
Baptiste, qui s'était fait discret, a bien sûr tout vu. L'envie de donner une bonne leçon au "singe" lui est passée avec une rapidité étonnante. Il part se barricader chez lui, bien décidé à se faire le plus petit possible jusqu'à ce que les choses se tassent.
Notre homme à la moto, dont on ne connaîtra le prénom que dans les ultimes pages, trouve refuge chez les Petit. Bien grand mot, à vrai dire, car celui-ci prend littéralement en otages Emile, Stéphanie et leur fille Zoé. Il va les séquestrer chez eux, dans leur propre ferme en attendant d'être en état de reprendre la route.
Dans le même temps, Neris et Cannavaro, deux individus membres d'une Famille napolitaine, arrivent en retard sur les lieux de leur rendez-vous avec des représentants de Don Alvaro Greo-Perez, dont son fils, grand ponte du trafic de cocaïne colombien. Ils sont venus pour parler affaires, étude de marchés, taux de pénétration du produit. Bref, une certaine routine pour des gens qui touchent au bussiness. Ils ne découvrent que trois corps sans vie et décident de maquiller tout ça, en accident de voiture....
Le lieutenat-colonel de gendarmerie Massé du Réaux, dépêché sur les lieux, examinent les cadavres et se rend bien compte, malgré la supercherie imaginé par les deux Italiens (mettre le feu à la voiture), que seul un véritable professionnel a pu abattre ces hommes. Le véhicule, étant immatriculé en Espagne, on fait donc appel aux collègues de Madrid pour en savoir un peu plus. Les services travaillant rapidement, les Espagnols envoient Barrera, un de leur agent spécialiste des narcos-trafiquants, en France car il s'avère bien que Greo-Perez vise à conquérir le grand marché européen....

On l'aura compris: l'intrigue est une véritable toile d'araignée, une pelote de laine que l'on est invitée à dérouler soigneusement, un canevas où chaque fil doit prendre sa place minutieusement. DOA n'a donc pas choisi la facilité en matière de construction de récit. Ceci étant, le lecteur ne se perd jamais dans ce véritable nid de serpents, et ce, pour différentes raisons. Tout d'abord, parce que l'auteur a construit un récit polyphonique dans lequel, tour à tour, les acteurs de la tragédie prennent la parole; y compris les moins importants. Ensuite, et ceci découle peut-être de ce qui a été dit précédemment, en sachant, peu ou prou, qui est qui (à l'exception notoire du motard) ou encore en connaissant les enjeux du roman assez rapidement, on se concentre sur le suspense dont le livre n'est pas exempt, même si cela ne semble pas être sa matière principale. Loin de là...
En effet, on pénètre dans des univers glauques à des degrès divers: on passe de la petitesse d'une France arriérée intellectuellement, repliée sur elle-même, bornée,  au cynisme d'un système dont le trafic de drogue ne constituerait que l' ultime excès: l'ultra-libéralisme mondialisé et dérégulé. Sur ce point, on ne peut que citer Barrera qui, lors d'un dîner chez Massé du Réaux, se livre à un démontage en règle du dit-système: "Les narcos arrivent déjà ici. Maintenant. Il y a la place, les clients, la facilité. Ils suivent les affaires, l'argent. Là où ils sont. La globalizacion, ils ont compris"...
Si certaines scènes se révèlent être d'une extrême violence, notamment celles où le tueur de Greo-Perez, envoyé en France par son patron afin de faire payer celui qui a tué son fils, entre en action, cela se justifie par la froideur, le cynisme d'un univers qui broie tout sur son passage.
DOA n'oublie, néanmoins, pas de régler leur compte aux affreux. A tous les affreux...

Un roman bien construit, rédigé dans un style concis, proche parfois de la langue orale, en mélangeant avec bonheur dialogues et récit ou encore , par exemple, en utilisant les onomatopées. Un style imparable et bien marqué. Et, surtout, un dénouement magistral dans sa narration: le même événement est raconté plusieurs fois mais par des personnages différents à travers de courts paragraphes nerveux qui accélèrent le récit. Superbe...
Pour finir, si on est parfois soulagé ou rassuré par la capacité de certains à se révolter ou, tout simplement, à rester digne, on ressort de ce roman noir plus secoué qu'on ne pouvait le penser en y entrant...

Le serpent aux mille coupures, de DOA, Série Noire, 212 pages (plus post-scriptum)
Par cynic63 - Publié dans : Noir français
Ecrire un commentaire - Voir les 5 commentaires
Mardi 17 mars 2009 2 17 /03 /Mars /2009 09:21
Après la bien mauvaise, mais malheureusement prévisible, nouvelle de ce samedi, quelques petites écoutes de notre élégant rocker se sont imposées. Au hasard des lectures, glanées ici ou là, on s'aperçoit que Bashung fait l'unanimité.
Etrange pour un artiste qui a connu de sacrées traversées du désert, le mépris de la "profession" qui l'a souvent snobé ou encore considéré comme un "chanteur mineur".
Ceci étant, malgré cette débauche d'hommages, trop élogieux pour être toujours honnêtes, on réalisera bientôt le vide laissé mais aussi l'immense oeuvre que le dandy nous lègue. Ecoutons-le à nouveau une fois que la peine laissera la place à des sentiments plus joyeux....On n'est pas près de l'oublier. C'est une certitude.

Au rayon publicité, je ne peux que conseiller aux Nordistes ou Belges qui, d'aventure, feraient un tour sur ce blog de se rendre dans le Limburg belge samedi 21 mars pour le Blues in Bloom Festival (http://www.bluesinbloom.be/). Je me fais donc le relai de cet événement, d'abord,  parce que ce sont des amis qui l'organisent, ensuite, parce que c'est l'assurance de passer une bonne soirée dans une ambiance des plus sympathiques. Le festival en est à sa treizième édition et s'est construit une très bonne réputation parmi les festivals blues de Belgique. Les infos pratiques (itinéraires, groupes à l'affiche, etc...) sont visibles sur le site de l'organisation (en néerlandais uniquement). Prévoir quand même de ne pas reprendre la route à l'issue des concerts: ça risque de finir tard et, au prix de la bière en Belgique, il vaut mieux être prudent....

Au rayon littérature, quelques informations. Le Salon du Livre ayant pour pays vedette le Mexique, vous pouvez écouter en ligne sur le site de France Inter un entretien avec Paco Ignacio Taibo II enregistré dans le cadre de l'émission Cosmopolitaine. Une bonne occasion d'entendre l'une des voix  les plus importantes de la littérature, et pas seulement Noire, de ces dernières années.

Autre lien intéressant, et fourni par Jean-Jean de Moisson Noire (link,) une interview d'Enrique Serna, autre grand auteur mexicain, dont le dernier titre paru en français est chroniqué plus bas (link). Ouvrage que j'ai particulièrement apprécié
Deux belles occasions d'en savoir plus sur ces écrivains et sur leur pays.
Par cynic63 - Publié dans : coups de coeur/coups de gueule - Communauté : Parlons Zic !
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires

Présentation

a lil'bit of music

Découvrez la playlist more garage avec Lyres

Syndication

  • Flux RSS des articles

Derniers Commentaires

Calendrier

Mai 2012
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
<< < > >>

Recherche

On aime

Map bis et référencement

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés