Jeudi 9 avril 2009
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15:00
Après le véritable choc qu' avait été la lecture de l'Immense obscurité de la mort ( Vengeance à l'italienne ), on ne pouvait pas en rester là avec Massimo Carlotto. Ainsi, on avait décidé de se rendre
compte au plus vite si on avait eu la main chanceuse en découvrant le roman d'un écrivain qui n'avait pas réussi à produire un autre ouvrage au moins à moitié aussi bien ou si on avait lu ce qui ne
constituait qu'un des éléments d'une oeuvre de premier plan. La deuxième hypothèse s'est trouvée confirmée...
Dans Arrivederci Amore,
on suit le parcours de Giorgio Pellegrini, militant d'extrême gauche des années de plomb, qui a dû fuir l'Italie suite à un attentat ayant causé la mort d'un veilleur de nuit. Ayant rejoint les
guérilleros d'un pays d'Amérique latine, notre homme en a vite assez: il profite donc de circonstances favorables pour fausser compagnie à ses frères d'armes et se réfugie au Costa Rica, pays où il
entend bien profiter de la belle vie. Et, en premier lieu, des femmes, du plaisir qu'elles peuvent lui procurer, physique comme matériel. C'est ainsi qu'il se retrouve dans les bras d'Elsa,
italienne immigrée et propriétaire d'un hôtel en bord de plage.
L'ex-révolutionnaire, désormais barman et gigolo, se construit en quelques années une nouvelle vie, faite de faux-semblants, de tromperies, de coucheries jusqu'au jour où il est surpris par Elsa dans les bras d'une autre. Qu'à cela ne tienne: chassé par sa "bienfaitrice", Giogio usurpe l'identité d'un client de l'hôtel et s'envole vers Paris, ville qu'il connaît bien et où d'autres réfugiés italiens qu'il a fréquentés se trouvent. Réactivant son ancien réseau de connaissance, le héros du roman a une idée en tête: il veut retourner en Italie mais, avec la condamnation qui pèse sur lui et risquant la perpétuité, il échafaude un plan diabolique bâti autour d'un chantage à la dénonciation si les "camarades" ne trouvent pas une solution pour lui. Au pied du mur, les réfugiés proposent alors un marché à Pellegrini: un camarade déjà emprisonné endossera le crime du veilleur de nuit et, ainsi, Giorgio n'écopera que d'une peine minimale. Se rendant aux autorités italiennes, ce dernier est interrogé par Anedda, un flic violent et cynique, qui lui fait clairement comprendre que personne n'est dupe et quelqu'un a accepté de payer pour lui. Il faudra donc collaborer, balancer quelques noms. Pas de cas de conscience pour Pellegrini qui se moque complètement de trahir, dénoncer, manipuler si cela peut lui garantir confort, tranquillité et possibilité de vivre sereinement une fois sorti de prison.
Sa peine purgée, mais à la recherche d'une réhabilitation qui lui permettrait d'être vraiment un homme neuf, Giorgio se fait embaucher dans une boîte louche de Milan, perçoit un petit pourcentage sur les "services" des filles de l'endroit jusqu'au jour où le patron s'en aperçoit et lui donne une leçon de loyauté... Seulement, notre homme possède une sacrée carte dans son jeu: il sait que son employeur est fortement impliqué dans le trafic de drogue. Il propose donc à Anedda de coincer le tenancier, un autre gros bonnet de la came et, surtout, de garder l'argent pour eux. S'avérant être un véritable ripoux, le flic accepte.
La collaboration entre ces deux beaux salopards ne s'arrêtera pas là: lorsque Giorgio se voit soumettre un coup qui pourrait être celui de sa vie, il fait encore appel au policier peu scrupuleux qui se montre plus qu'intéressé, surtout quand l'ex-révolutionnaire lui précise qu'ils se débarrasseront des complices. Histoire de partager le butin en deux parts uniques....
Carlotto décrit alors l'organisation du casse avec minutie et le piège que les deux associés de fortune tendent à tous ceux qui, de près ou de loin, y sont impliqués. Le tout avec une distance et une froideur qui paralysent le lecteur, spécialement quand les choses commencent à vraiment devenir sanglantes.
De même, l'auteur transalpin se montre à son avantage dans la dernière partie du roman où on suit un Giorgio en quête de respectabilité lors de l'acquisition d'une vieille auberge qu'il veut transformer en restaurant pour notables, conseillé qu'il est par un drôle de juriste, arriviste, opportuniste et peu regardant sur les moyens légaux.
En outre, on comprend avec ces pages que la barrière entre truands et "gens bien" est plus que ténue, que la corruption est une des choses les mieux partagées mais aussi que les actes répréhensibles ne passent pas tous sous les lames de la justice. L'important étant d'être du bon côté de la ligne...En apparence du moins.
De plus, Carlotto ne nous ménage pas dans ce roman excessivement noir: c'est littéralement l'itinéraire d'un enfant pourri qu'il nous invite à suivre; le chemin d'un homme qui ne recule devant rien, qui utilise tout ce qu'il peut, moyens comme individus, sans se soucier des conséquences de ses actes pour les autres.
Un héros bien affreux, qui ne se pose pas de questions "inutiles", qui élimine tous ceux qui pourraient l'empêcher de se racheter (enfin, de la façon qu'il le conçoit), qui se sert de son succès auprès des femmes comme d'une arme tranchante. Un type qui, et on en a rapidement conscience, a toujours été ainsi: amoral.
Pour terminer, la force de l'écriture réside en ce que l'on vit tout ce parcours de l'intérieur; Giorgio étant le narrateur de sa propre histoire. Si Carlotto laisse vivre son personnage, ne le manipule pas, on ne peut pas dire que cela nous fait éprouver de l'empathie pour lui. Au contraire, on le méprise encore plus par cette narration qui, à aucun moment, ne nous prend à partie, n'insiste, ne nous montre avec ostentation que les "méchants sont les méchants".
Magistral.
Arrivederci amore, de Massimo Carlotto, (trad. Laurent Lombard), Métailié, 169 pages
ps: ce roman vient de sortir en poche en Points Roman Noir
Dans Arrivederci Amore,
on suit le parcours de Giorgio Pellegrini, militant d'extrême gauche des années de plomb, qui a dû fuir l'Italie suite à un attentat ayant causé la mort d'un veilleur de nuit. Ayant rejoint les
guérilleros d'un pays d'Amérique latine, notre homme en a vite assez: il profite donc de circonstances favorables pour fausser compagnie à ses frères d'armes et se réfugie au Costa Rica, pays où il
entend bien profiter de la belle vie. Et, en premier lieu, des femmes, du plaisir qu'elles peuvent lui procurer, physique comme matériel. C'est ainsi qu'il se retrouve dans les bras d'Elsa,
italienne immigrée et propriétaire d'un hôtel en bord de plage.L'ex-révolutionnaire, désormais barman et gigolo, se construit en quelques années une nouvelle vie, faite de faux-semblants, de tromperies, de coucheries jusqu'au jour où il est surpris par Elsa dans les bras d'une autre. Qu'à cela ne tienne: chassé par sa "bienfaitrice", Giogio usurpe l'identité d'un client de l'hôtel et s'envole vers Paris, ville qu'il connaît bien et où d'autres réfugiés italiens qu'il a fréquentés se trouvent. Réactivant son ancien réseau de connaissance, le héros du roman a une idée en tête: il veut retourner en Italie mais, avec la condamnation qui pèse sur lui et risquant la perpétuité, il échafaude un plan diabolique bâti autour d'un chantage à la dénonciation si les "camarades" ne trouvent pas une solution pour lui. Au pied du mur, les réfugiés proposent alors un marché à Pellegrini: un camarade déjà emprisonné endossera le crime du veilleur de nuit et, ainsi, Giorgio n'écopera que d'une peine minimale. Se rendant aux autorités italiennes, ce dernier est interrogé par Anedda, un flic violent et cynique, qui lui fait clairement comprendre que personne n'est dupe et quelqu'un a accepté de payer pour lui. Il faudra donc collaborer, balancer quelques noms. Pas de cas de conscience pour Pellegrini qui se moque complètement de trahir, dénoncer, manipuler si cela peut lui garantir confort, tranquillité et possibilité de vivre sereinement une fois sorti de prison.
Sa peine purgée, mais à la recherche d'une réhabilitation qui lui permettrait d'être vraiment un homme neuf, Giorgio se fait embaucher dans une boîte louche de Milan, perçoit un petit pourcentage sur les "services" des filles de l'endroit jusqu'au jour où le patron s'en aperçoit et lui donne une leçon de loyauté... Seulement, notre homme possède une sacrée carte dans son jeu: il sait que son employeur est fortement impliqué dans le trafic de drogue. Il propose donc à Anedda de coincer le tenancier, un autre gros bonnet de la came et, surtout, de garder l'argent pour eux. S'avérant être un véritable ripoux, le flic accepte.
La collaboration entre ces deux beaux salopards ne s'arrêtera pas là: lorsque Giorgio se voit soumettre un coup qui pourrait être celui de sa vie, il fait encore appel au policier peu scrupuleux qui se montre plus qu'intéressé, surtout quand l'ex-révolutionnaire lui précise qu'ils se débarrasseront des complices. Histoire de partager le butin en deux parts uniques....
Carlotto décrit alors l'organisation du casse avec minutie et le piège que les deux associés de fortune tendent à tous ceux qui, de près ou de loin, y sont impliqués. Le tout avec une distance et une froideur qui paralysent le lecteur, spécialement quand les choses commencent à vraiment devenir sanglantes.
De même, l'auteur transalpin se montre à son avantage dans la dernière partie du roman où on suit un Giorgio en quête de respectabilité lors de l'acquisition d'une vieille auberge qu'il veut transformer en restaurant pour notables, conseillé qu'il est par un drôle de juriste, arriviste, opportuniste et peu regardant sur les moyens légaux.
En outre, on comprend avec ces pages que la barrière entre truands et "gens bien" est plus que ténue, que la corruption est une des choses les mieux partagées mais aussi que les actes répréhensibles ne passent pas tous sous les lames de la justice. L'important étant d'être du bon côté de la ligne...En apparence du moins.
De plus, Carlotto ne nous ménage pas dans ce roman excessivement noir: c'est littéralement l'itinéraire d'un enfant pourri qu'il nous invite à suivre; le chemin d'un homme qui ne recule devant rien, qui utilise tout ce qu'il peut, moyens comme individus, sans se soucier des conséquences de ses actes pour les autres.
Un héros bien affreux, qui ne se pose pas de questions "inutiles", qui élimine tous ceux qui pourraient l'empêcher de se racheter (enfin, de la façon qu'il le conçoit), qui se sert de son succès auprès des femmes comme d'une arme tranchante. Un type qui, et on en a rapidement conscience, a toujours été ainsi: amoral.
Pour terminer, la force de l'écriture réside en ce que l'on vit tout ce parcours de l'intérieur; Giorgio étant le narrateur de sa propre histoire. Si Carlotto laisse vivre son personnage, ne le manipule pas, on ne peut pas dire que cela nous fait éprouver de l'empathie pour lui. Au contraire, on le méprise encore plus par cette narration qui, à aucun moment, ne nous prend à partie, n'insiste, ne nous montre avec ostentation que les "méchants sont les méchants".
Magistral.
Arrivederci amore, de Massimo Carlotto, (trad. Laurent Lombard), Métailié, 169 pages
ps: ce roman vient de sortir en poche en Points Roman Noir


Joong-Ho (Kim Yoon-seok) est un ancien flic devenu un proxénète
prospère qui doit faire face à une situation qui pourrait plonger sa lucrative petite entreprise dans la crise. Ses « protégées » disparaissent sans explication et, du coup, il se voit
menacé par une pénurie de main d'oeuvre très préjudiciable. Obligé de satisfaire à la demande d'un client, il force Mi-Jin (Seo Yeong-Hee) à honorer un rendez-vous avec celui-ci alors que la
jeune femme avait bien l'intention de ne pas travailler ce soir-là, clouée au lit par une méchante grippe. Se penchant sur ses agendas, dossiers et autres papiers professionnels, Joong-Hoo réalise
que le client anonyme (il ne conserve que les numéros de portable des hommes avec qui il traite pour des raisons évidentes de discrétion) pourrait bien le renseigner sur les disparitions de ses
filles: elles se sont toutes volatilisées suite à un rendez-vous avec lui.
Au rayon musique, on signalera l'intervention éclairée de l'une des plumes inspirées du rock
d'ici pour plusieurs conférences à la médiathèque Hugo Pratt de Cournon d'Auvergne (
Feliciano Velasco y Borbolla de la Fuente, grand bourgeois de la capitale diplômé en droit,
au physique plus que quelconque, entend bien profiter, grâce à son génie technique, de la grande Révolution qui secoue le Mexique en ce début de 20ème siècle. Opportuniste, prétentieux, très
misanthrope, notre homme se présente devant le grand héros qu'est Pancho Villa, au lendemain de sa victoire de Torreon, avec le but avoué de lui vendre un objet , certes copié sur les Français,
mais qu'il a franchement amélioré: une guillotine redoutable, solide et inusable.

Notre atypique policier d'origine irlandaise a un sacré problème. Ayant négligé de prendre
soin de son oeil de verre, il est atteint d'une terrible affection et risque, tout simplement au train où évoluent les choses, de devenir aveugle. S'en moquant comme du reste, surtout que Strummer,
le leader du Clash vient de casser sa pipe, notre irascible bonhomme décide de laisser faire la nature et d'envoyer tout bouler. Dérangé lors de la mise en oeuvre de son auto-destruction par
le facteur, qui d'habitude ne sonne même pas une fois, surtout que ce dernier a, en plus, une drôle de tronche - "Avec sa gueule de con, on aurait dit Sardou"-, Mac Cash apprend une
nouvelle qui lui fait l'effet d'une tuile atterrissant sur son crâne endurci: le recommandé livré par le préposé des postes l'informe qu'il a une fille de pratiquement 10 ans, fruit de quelques
nuits passées avec une serveuse rennaise. La gamine ignorant l'existence de ce père providentiel (sic), la femme en question lui demande par la présente de veiller sur celle-ci car, en ce
qui la concerne, c'est terminé: quand il lira la lettre, le crabe aura triomphé...
Le spectateur a alors accès à ces événements grâce à de nombreux flash back qui le
transportent dix ans en arrière à l'époque où l'enfant, en compagnie de son frère Salim, vivotait dans le quasi-dépotoir de la mégalopole indienne. Le talent de Boyle prend ici toute sa valeur:
magnifiques plans sur cette réalité d'une Inde miséreuse, caméra portée comme pour rendre compte de toute cette vie grouillante et agitée, séquences pleines d'humour ou de tendresse pour ces gens
qui font tout pour vivre le moins mal possible. On remarquera aussi, qu'à ce stade du film, le casting se révèle impeccable: les enfants interprètent leurs scènes avec une finesse et une justesse
qu'on en oublie qu'ils jouent.
PS: une mention spéciale à tous ces gamins qui apparaissent au début. Ils sont
excellents.
Raffaello Beggiato, truand plutôt minable et cocaïnomane, braque en compagnie d'un complice
une bijouterie en plein après-midi. Mal renseignés sur le système de sécurité de la boutique, ils sont surpris d'entendre retentir l'alarme déclenché par la femme du bijoutier en question.
Paniqués, ils se ruent à l'extérieur, l'épouse du commerçant leur servant de bouclier humain. Arrive alors une voiture conduite par une jeune femme, Clara. Enrico, son fils de huit ans, est à
l'arrière. Une aubaine pour les voleurs qui s'emparent du véhicule et de ses deux occupants. Une course poursuite s'amorce. Pris de panique, complètement défoncé à la coke, Beggiato assassine les
otages alors que son complice parvient à échapper à la police, emportant avec lui les fruits du cambriolage. Animé par un code d'honneur bien particulier chez les truands, Beggiatto refuse de
donner le nom de son complice tout en le chargeant pour les meurtres de Clara et Enrico. Chose qui ne pose pas trop de problèmes car les deux compères ont agi cagoulés.

Au rayon publicité, je ne peux que conseiller aux Nordistes ou Belges qui, d'aventure,
feraient un tour sur ce blog de se rendre dans le Limburg belge samedi 21 mars pour le Blues in Bloom Festival (





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